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Petite mise au point sur ma vie
par maitika le 3 Décembre 2012 dans Ta vie / Expériences vécues
7 commentaires


La (re)découverte de ma bisexualité, où comment mettre des mots clairs et précis sur quelque chose que j’ai toujours su au fond de moi sans jamais pouvoir l’expliquer.

J’ai toujours eu des rapports particuliers avec les autres.
Enfant j’étais la plus petite de la classe, et en plus je portais des lunettes. Je vous laisse imaginer le tableau !! Personne ne voulait jouer avec moi. Et comme je me vexais facilement c’était encore pire.

Je me sentais plus à l’aise au milieu des garçons que des filles que je trouvais nunuches et pimbêches. J’étais un peu garçon manqué, préférant les salopettes aux robes, les cheveux courts aux cheveux longs et les legos aux barbies. Ayant beaucoup de garçons dans mon entourage familial ça n’a jamais paru bizarre à personne.

Malgré tout j’aurais fait n’importe quoi pour être accepté pleinement par mes « copines » de classe. Je n’ai pratiquement jamais été invité à un anniversaire.
Je ne comprenais pas pourquoi on ne m’acceptait pas telle que j’étais avec mes différences. Ma confiance en moi n’étant déjà pas très haute, elle en prenait un coup chaque fois que l’on me balançait une remarque désobligeante.
Étant une solitaire forcée je m’inventais des histoires. Ma tête fourmillait de personnages hauts en couleurs ayant toujours des « différences » mais sans être rejetés par les autres : untel était sourd, untel dans un fauteuil, un autre était homo etc. La différence m’a toujours attirée/fascinée sans jamais me gêner. Peut-être qu’à mon petit niveau je me sentais comme tout ces gens. Bien sur je ne parlais à personne de tout ça, c’était mon jardin secret.

Bon-an mal-an me voilà arrivée au collège. Nouvelle vie, nouvelles perspectives d’avenir. Ma famille ayant déménagé dans une petite ville (je vivais jusqu’alors dans un petit village), je découvrais un espace de liberté plus grand, n’étant plus tributaire de papa et maman pour chaque déplacement. Je suis la seule de ma famille à avoir vraiment apprécié ces quatre années. Je m’y suis fait des amis. J’étais toujours plus à l’aise au milieu des garçons. Mes hormones commençant à me travailler je commençais à voir les autres avec des yeux différents. Certains garçons me plaisaient mais certaines filles ne me laissaient pas indifférente non plus. Je ne parlerai pas de sentiments mais plutôt de fascination, d’admiration.
Je savais que l’homosexualité existait (ne me demandez pas comment, je ne saurais le dire, surtout que ce ne sont pas des choses dont on parlait à la maison) mais que ce n’était pas mon cas vu que j’étais attirée par les garçons.

Me voilà au lycée maintenant. Ma famille et moi sommes retournés dans la maison de mon enfance et je retrouve mes anciens camarades d’école. Je fréquente un lycée de Montpellier et m’y fais de nouveaux amis. Bon ce n’est pas encore ça, ma confiance en moi étant toujours aussi basse. J’entame (il était temps !!) une période rebelle : seulement par la voix et un peu l’attitude, je n’ai jamais osé aller plus loin. Je me demande plusieurs fois pourquoi je suis venue au monde et pense plusieurs fois à mettre fin à mes jours mais sans oser passer à l’acte. Heureusement !!!

Je rencontre plusieurs filles avec qui je « traine » beaucoup dans et en dehors du lycée. J’en ai retrouvé une sur Copains d’avant qui est lesbienne, chose qui ne m’avait pas effleuré l’esprit à l’époque.
Certains garçons de mon entourage m’attirent mais manque de chance pour moi la plupart sont homo !! Combien de fois j’aurais entendu « : « laisse tomber il n’est pas pour toi celui-là, il aime les mecs ». Bon ben tant pis pour moi. Je continue mon petit bonhomme de chemin alors.

Mes notes de terminale étant si peu hautes (ce n’est pas faute de travailler) mes parents décident de m’envoyer en stage prépa bac en avril. Ce stage m’a fait beaucoup de bien dans le sens ou j’ai retrouvé un peu de confiance en moi (ça ne m’a pas empêché de rater mon bac). J’y ai fait une belle rencontre, que j’appellerais F. Un garçon très bavard, un peu fou fou avec qui je m’entendais très bien. Nous n’étions pas attiré l’un par l’autre mais étions toujours ensemble. Je l’ai revu ensuite et j’ai même partagé son quotidien plusieurs fois. Pour une fille n’ayant jamais ramené quelqu’un à la maison je me dis avec le recul « mais comment mes parents ont fait pour me laisser partir avec lui !! Ils devaient vraiment avoir confiance ». Bref. Avec F. j’ai découvert la fête, l’alcool et les boites homo. Il s’habillait en fluo, moulant pour sortir. Il allait dans les milieux gays mais me faisait passer pour sa petite amie auprès des autres. Etais-je sa barrière ? Sa protection ? Avec le recul je me dis que c’était peut-être ça.
Dans l’intimité il n’y a jamais rien eu entre lui et moi. Ça m’a fait souffrir parce qu’évidemment j’avais fini par tomber amoureuse de lui. Un garçon qui s’intéressait à moi !!! Je ne pouvais qu’en tomber amoureuse !!! Nous nous sommes perdus de vue aujourd’hui et il me manque.
C’est avec lui que j’ai vraiment découvert le milieu gay. Et pour une hétéro convaincu je n’ai jamais été mal à l’aise. Ce milieu me plaisait, je m’y sentais bien.

Je trouvais trop mignon deux garçons en train de s’embrasser. J’avais un peu plus de mal avec les filles, peut-être parce que j’en étais une moi-même. Je me suis même fait dragué une fois et j’avoue avoir été flattée, mais je n’aurais jamais osé aller au-delà d’un simple regard.
Parallèlement j’étais pleine d’admiration pour celle que je considère comme ma meilleure amie, je me sentais très proche d’elle et il m’est arrivé plus d’une fois d’avoir envie de l’embrasser.

Et puis comme je trainais aussi beaucoup sur internet j’ai rencontré quelqu’un. Un garçon avec qui nous avions plein de points communs. Nous nous entendions très bien et après plusieurs mois dans l’anonymat nous nous sommes rencontrés en vrai. Il était non voyant (mais comme vous l’avez compris maintenant la différence n’a jamais été un problème pour moi) et après un petit moment d’hésitation il a très bien été accueilli dans ma famille.

A l’époque je ne m’entendais pas bien avec mes parents, surtout avec mon père, si bien qu’un jour j’ai décidé de tout plaquer et d’aller habiter chez lui ; à 600 kms de chez moi. N’arrivant pas à concrétiser mon projet professionnel pour ratage systématique d’examens oraux dû à ma piètre assurance devant un jury, je ne faisais rien de particulier à l’époque.

Une nouvelle vie venait de naitre : j’avais enfin trouvé chaussure à mon pied, je n’avais plus mes parents sur le dos, j’étais heureuse !! J’ai enfin réussi à rentrer dans le milieu de la petite enfance par un autre biais et quelques années après j’ai concrétisé un autre rêve, celui de devenir maman. Tout était rose mais petit à petit la routine m’a rattrapé. Je commençais à trouver plus de défauts que de qualités à mon compagnon. Je suis tombée enceinte une deuxième fois et ai passé une grossesse affreuse car ma fille ainée avait beaucoup de mal à l’accepter. Mais je n’ai jamais trouvé soutien ni réconfort auprès de mon compagnon. Son handicap fait qu’il est très centré sur lui-même finalement et ne s’occupe pas beaucoup des autres. Bref.

Après des années de mise de côté j’ai recommencé à me faire mes petites histoires dans ma tête pour m’évader d’un quotidien devenu trop pesant. C’étaient toujours les même histoires, les même personnages mais que j’ai approfondis.
Étant une grande lectrice je suis tombée un jour sur la trilogie de Katherine Pancol qui raconte le quotidien d’une femme et de son entourage. Et je me suis dis « pourquoi pas moi !!! ». Une histoire en particulier me tenait à cœur, celle d’un jeune homo devenu aveugle suite à une agression homophobe. Alors pour ne pas écrire trop de conneries sur le sujet j’ai commencé a faire des recherches sur internet. Un jour j’ai tapé « homosexuel aveugle » sur google et je suis tombée sur le très joli texte de Pirlouit, et c’est comme ça que j’ai découvert Et Alors.
Après plusieurs mois de lecture quotidienne j’ai décidé de m’y inscrire.
J’y ai fais une très belle rencontre qui malheureusement ne dure plus aujourd’hui. Au passage si tu lis ce texte, fais-moi signe s’il te plait, ça me fera plaisir.

Je me suis rendu compte que ce n’était pas aussi simple ni aussi fun que d’être homosexuel, et que pour certains ça pouvait être difficile à vivre et engendrer beaucoup de souffrance.
Pourtant je ne me sentais pas vraiment concernée, je n’étais pas lesbienne, mais quand même il y avait quelque chose qui me travaillais. Parallèlement à ma fréquentation sur le forum je me suis mise à regarder certaines femmes (rue, télé, magasine) avec les même yeux que j’aurais pu le faire envers certains hommes. Etais-je en train de devenir lesbienne !!! J’imagine certaines personnes de mon entourage me dire « c’est parce que tu les fréquentes que tu deviens comme eux !! » Comme si on se levait un matin en ce disant « tiens je vais être homo maintenant !! ».
Évidemment que non je ne deviens pas lesbienne !!! Je suis tout simplement en train de me rendre compte, à bientôt 33 ans, que j’ai toujours été attirée par les hommes mais que je peux l’être aussi par les femmes. Je suis en train de prendre conscience que ce qui m’a toujours fait me sentir différente des autres c’est ma bisexualité.

Je sais aujourd’hui que je n’aime plus l’homme avec qui je vis. Je sais que certaines filles m’attirent et que même si je n’ai jamais vécu de relation homosexuelle j’en ai besoin aujourd’hui. Ma bisexualité cachée/refoulée/ignorée est en train de sortir. C’est très clair aujourd’hui dans ma tête.
Il ne me reste plus qu’a faire tout le cheminement que la plupart d’entre vous ont réussi à faire aujourd’hui. Le dire ? Je ne sais pas encore, je ne me sens pas vraiment prête mais je sais que j’ai envie de passer à autre chose. J’ai envie de rencontrer une nana avec qui faire un petit et pourquoi pas grand bout de chemin.
Comment m’y prendre pour faire des rencontres quand on est en couple, avec des enfants, dans une petite ville ? Je ne sais pas mais je compte bien sur vous pour m’y aider.

Tout ce pavé pour vous remercier, Et Aloriens et Et Aloriennes de m’avoir permies, par vos témoignages et vos histoires de vies, de me faire prendre conscience de qui je suis vraiment. Grâce à vous j’ai pu mettre enfin des mots sur ce que j’ai, dans le fond, toujours su.


Maitika




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