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Pour ce frère qui ne peut pas marcher.
par zphyr le 2 Juillet 2012 dans Ta vie / Expériences vécues
18 commentaires


Qu'y-a-t-il de plus triste qu'un frère privé de sa famille ? Pour Isaac.

Salut à toi, Isaac, mon frère, mon petit frère si loin.

Hier était une très belle journée. Hier j’ai longuement marché avec des centaines de milliers de gens comme nous, des gens qui ne veulent autre chose que de pouvoir vivre librement ce qu’ils sont.

Hier, c’était la Gay-Pride de Paris.

Une journée, un évènement, une aventure que tu ne verras pas au fond de ton Burkina Faso pourtant plein de vie et de soleil. Aussi, hier j’ai pensé à toi, j’ai voulu te convoquer, parce qu’hier, il y avait un trou, un vide, une place pour toi, or tu n’étais pas là. Tu n’es pas de cette liberté-là !

Soudain attristé par ton absence, j’ai emprunté tes yeux et j’ai regardé défiler les chars comme tu les aurais contemplés, je me suis amusé de leurs personnages pour toi, j’en ai admiré les mannequins que tu n’aurais pas manqué de trouver sublimes. Je l’ai fait pour tenter de mettre des mots dessus maintenant que je t’écris, des mots que nous partagerons puisqu’il n’y a plus que ça, le reste t’est interdit.

Oh ! Comme tu aurais été ému de voir tant de personnes célébrer la différence, cette si minime différence motif du rejet et de la souffrance que leur semblable parfois leur assène quand eux ne veulent qu’aimer en paix. Ce jour, cette paix était enfin retrouvée pour tous ceux présents dans le cortège ; et aussi cet élan enthousiaste : celui que le coureur impulse avant de franchir la ligne, qui en France, devrait enfin nous mettre tous à égalité de droits, comme il est dit dans un texte dont l’universalité s’arrête aux portes de ton continent et de tant d’autres pays. Farce sinistre et meurtrière.

Et puis tu aurais admiré tous ces beaux garçons en souriant, et ils t’auraient contemplé à leur tour, la joie rendant ton visage et ton corps magnifiques. Et moi, j’aurais été émerveillé et fier d’avoir un petit frère si radieux, si splendide. Peut-être aurais-tu parlé à l’un d’eux, ou te serais-tu contenté de t’enivrer de tous ces corps, de tous ces marcheurs de tant de couleurs et de tous les âges. Oh ! Comme tu aurais aimé et rendu ces sourires avenants.

Je te sentais presque à mes côtés quand des pantins se balançant au bout de cordes puis de potences glacèrent la fête pour rappeler que dans trop de pays, être homosexuel, c’est être criminel. On nait donc criminel dans ces pays-là ?
Oh, ce n’est pas au Burkina, ce beau pays « des hommes intègres », non, dans ton pays on ne réprime pas, on ne condamne pas l’homosexualité, aucune loi de ce genre. Non parce que dans ton beau pays, l’homosexualité, ça n’existe pas ! C’est tellement simple : si tu es attiré par les hommes, si le rire de ton beau camarade te fait vibrer et trembler, c’est un coup des mauvais génies.

Mais tu n’es pas inquiété, tes mains ne s’accrochent pas à des barreaux. Ta prison à toi est plus intime, belle voire chaleureuse. Ta prison, c’est ta famille ! N’est-ce pas formidable ? Ta mère, cette personne qui t’a créé, porté, et tes sœurs, sont les geôliers redoutables qui t’interdisent d’être Isaac, homme d’amour empêché, toi qui en a tellement à offrir.

C’est là que les yeux brouillés de larmes de rage, j’ai crié ton nom.

Isaac !

Pour que tu sois-là, avec moi, avec nous, ce jour d’immense liberté, quand l’air qui passe de gorge en gorge devient à chaque échange tellement léger. Mais la musique trop forte des chars et les confettis multicolores ont couverts mon cri, ont noyé ton nom et je t’ai perdu. Pour te retrouver, j’ai pensé que tu aurais dansé, d’abord légèrement, puis comme un fou, porté par ta jubilation et forçant l’admiration. Et j’ai dansé aussi, dansé pour toi mais toujours à mes côtés, malgré la densité de la foule, un espace, une place manquante qui me collait m’a accompagné durant tout le défilé. Bien sûr, j’étais heureux, comme tous les hommes réunis ce jour dans ces rues, mais ce morceau de bitume vide, m’a pesé de toute ton absence, parce que moi, je voulais mon petit frère, là, à côté de moi, au milieu de la grande famille des LGTB.

Un jour, je t’y conduirai, un jour, tu les verras danser, chanter autour de toi. Ce jour, nous pleurerons en marchant, des larmes de joies. Et tu sentiras, ce que c’est d’être fier, fier d’être ce que tu es, de pouvoir le vivre sans plus craindre rien ni personne. Alors tu comprendras combien tu es fort et mon petit frère burkinabé me prendra par la main et je cesserai de te guider, te voyant entrer dans la vie comme dans la lumière.




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