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And suddenly everything falls out into place
par 4minutes33 le 22 Juin 2012 dans Ta vie / Expériences vécues
12 commentaires


Arrivée à la croisée des chemins (oui comme le livre), il faut choisir de monter ou pas dans le train (oui comme le film)...

J'aime les gares. Les gares et les aéroports. C'est sans doute le fait d'entrer dans une gare, au milieu de fer et d'acier, et d'en ressortir dans une autre ville. Il y a ce côté magique lorsque l'on descend du train: que vais-je découvrir? Tiens, il fait plus froid. Pardon, je me pousse oui, allez-y passez! Même lorsque l'on pose le pied sur un quai vu mille fois, c'est à chaque fois un nouveau départ, un commencement. Et parfois on part pour rentrer chez soi. On arrive dans une gare que l'on connaît par coeur, tiens ils ont refait les peintures! Le Relay est toujours là! Même les gens autour ont l'air d'être ceux qu'on a laissés quelques années auparavant.

Avant il y a aussi le voyage en lui-même. Le bruit des conversations derrière la musique dans les écouteurs. Le léger balancement du train qui berce. L'irrépressible somnolence qui nous prend, nous dépose la tête contre la vitre, les kilomètres qui défilent derrière la vitre. Réfléchir à ce que l'on laisse, ce qu'on va trouver. Mais surtout s'interroger sur ce que l'on va chercher. A un moment où on a envie de tout ce qu'on ne peut pas avoir, et où rien de ce que l'on a ne fait envie. Oui, ma fac est très bien, oui j'apprécie mes profs, non je n'attends pas septembre avec impatience. L'étau qui sert le ventre quand on pense à tous ces mois qui s'annoncent, qui s'accumulent, forment une montagne infranchissable. Le découragement avant de commencer. L'ennui avant de le vivre. Et rien qui ne nous attend le soir. Les mois passés ont défait tout ce qui avait été fait, plus rien n'est stable, et rien de ce qui s'annonce ne paraît mieux. Avec le temps. La chanson. Tout s'en va, oui, avec le temps. La femme qui occupait la place à côté dans le lit, la main dans sa main, la moitié d'une vie. Partie. Envolée. Et s'apercevoir qu'on n'en est pas malheureux. La vie s'allège, on se débarrasse de ce qui ne compte plus, on devient si léger que rien ne semble nous retenir là où l'on se trouve. Mais tout nous attire ailleurs. Chez soi. Rentrer chez soi. Prendre un train et revenir dans sa ville.

Poser le pied sur un quai donc, entouré de gens pressés. Tout le monde a une destination et cherche à donner l'illusion qu'il sait où il va. Moi? Je suis perdue. Mais suivre le mouvement. Le métro, le RER. Bonjour Monsieur, bonjour Madame! Oui je descends d'un train en provenance de Bordeaux, mais je reviens dans ma ville! Je suis chez moi! Je peux vous embrasser? J'ai envie d'embrasser tous les parisiens. Surtout ceux à la mine renfrognée. Et tout d'un coup, toutes les questions, tout ce qui paraissait insoluble, tous les murs impossibles à franchir disparaissent. On est chez soi. Ce n'est pas uniquement du goudron, des métros, des immeubles qui s'élèvent. Ce n'est même pas Notre-Dame, la Seine ou Beaubourg. C'est une sensation, calquer ses pas sur ceux des parisiens en se disant: moi aussi je suis parisienne! Je suis partie, mais me revoilà!! Vous m'avez manqué, tous! Les pas qui vous entraînent dans les rues arpentées des centaines de fois, dans des lieux qui sont à vous. J'ai vécu ici vous savez? Oui, j'ai ouvert cette porte que vous venez de refermer, j'ai pesté qu'elle était trop lourde, lâché mes sacs de course, maudit ces immeubles parisiens avec ces portes si épaisses, décrété que je partirai dans un quartier tout neuf avec des portes automatiques. A quel étage vivez-vous? Moi j'étais juste au dessus! Quand il faisait beau, l'été vers 18h, le soleil rentrait à l'horizontale par nos fenêtres et on ne pouvait plus voir aucun écran dans l'appartement. On était déconnecté pendant une heure. Je ne pestais pas contre le soleil. La grand mère du 3ème est toujours là? Elle regarde toujours la télé fort le soir?

Paris, je t'aime! Je t'aime et je ne te quitterai plus. Si tu me reprends, je serai la plus heureuse des parisiennes! Il n'y a que dans les couloirs de tes métros qu'on tombe sur des pubs pour un site de rencontre exra-conjugale pensé par des femmes seules: être fidèle à deux hommes, c'est être deux fois plus fidèle! Je te serai fidèle si tu me reprends, je ne dirai plus jamais de mal de tes caprices de RER, des loyers exorbitants ou du temps. J'aime les parisiens, j'aime les RER même quand ils sont en retard ou bondés, j'aime la pluie qui rentre jusque dans les chaussures, ces chaussures qu'on m'écrase dans le métro. J'aime monter 5 étages pour arriver chez moi, j'aime le toit qui descend et m'oblige à vivre penchée. Paris, je t'aime. Et tu m'as manqué.

Rentrer chez soi c'est aussi retrouver les lieux qu'on a connus, aimés, et s'apercevoir qu'ils ont changé, ont évolué sans nous et qu'il faut à nouveau les apprivoiser. Comme les gens. Papa je t'aime. Je suis désolée d'être partie comme on part soulagée de laisser derrière soi quelqu'un qui nous embarrasse. Je suis désolée de ne pas venir plus souvent. Je suis désolée d'oublier de regarder mon compte et d'être à découvert. Et Papa, je te pardonne pour tout ce dont tu ne t'es jamais excusé. Papa je t'aime! Et depuis que tu rends possible mon retour dans ma ville, j'ai des ailes qui me poussent aux poignets et aux chevilles! Tu seras plus fier encore. Tu sais, j'aime tes silences, j'aime que tu ne dises pas que tu m'aimes ou que tu es fier. Mais je te rendrai fier quand même! Tu verras, ici je serai une princesse, une reine, une impératrice!! J'apprendrai et apprendrai encore. C'est ma ville Papa, ici tout est possible!

J'ai des affaires à clore, je dois reprendre le train dans le sens inverse, demande à Paris de m'attendre encore deux mois, deux petits mois à peine. Et la ville me manque déjà. Mais on ne rentre pas chez soi sans prévenir les gens qu'on laisse derrière soi. Parce qu'on a grandi, qu'on a appris la valeur des au revoir dignes. On ne claque plus la porte comme lorsqu'on avait 17 ans, on parle, on explique. Mais on ne s'excuse pas. Tu as dit les mots qui ont habillé notre rupture, j'étais d'accord mais je t'ai laissé parler toi. Tu voulais voir ailleurs, plus loin, sans moi. Séparées. Plus de brosse à dent dans le pot, plus tes affaires qui traînent partout, plus toi dans le lit. Aller voir ailleurs. Mon ailleurs c'est Paris. Pourquoi tu t'énerves? Je voudrais que tu sois heureuse pour moi. Je me sépare tu vois. Je ne vais pas te tenir la main dans cette ville que j'exècre. Je vais voir ailleurs, plus loin que toi. Quitter définitivement l'appartement, et ta main que tu ne tends que quand tu n'as personne d'autre. Je t'aime, mais je ne t'aime plus. Sois heureuse, visite tes ailleurs, pars ou rentre chez toi. Mais sépare toi. Et ne pleure pas. Ris avec moi: je rentre chez moi!

Oui au milieu des parisiens pressés, oui avec les grèves des transports, les studios minuscules. Et puis ils ne sont pas pressés, ils sont actifs, j'aime cette effervescence. Avoir toujours quelque chose à faire, voir, vivre. Je n'en peux plus d'attendre ici que quelque chose se passe. Que tu décides si tu pars ou tu restes. Si tu te sépares ou si on recolle les morceaux. C'est trop cassé désormais. Je n'aime plus ce que je vois en toi. Je n'aime plus ta main dans la mienne. Je n'ai plus assez de place pour toi dans mon coeur et tu envahis tout mon appartement. Je prends de l'air mon amour tu vois, je suis. Je revis. Mais je t'aime, ne sois pas triste. Je te raconterais mes envies, mes cours, les musées. On sera confidentes de loin, avant de redevenir amies un jour.

Pourquoi Paris? Parce que. Parce que sur les quais du métro j'ai croisé une mère et son enfant: un petit garçon qui ressemblait à une fille, ou une petite fille qui ressemblait à un garçon. Et c'était normal. Parce que les femmes mariées peuvent se connecter sur internet pour trouver un amant (deux fois plus de fidélité!). Parce que quand je croise l'homme qui fait les vitres derrière le pont de l'Alma, il me sourit, descend de son échelle, et vient me parler. Parce que rue de Montreuil, des gamins jouaient au foot au dessus d'une rambarde. Parce qu'au dessus d'eux, deux vers de terre, l'un vert, l'autre rouge, s'embrassaient sur le mur d'un immeuble. Parce que les touristes sont perdus. Les gens bloqués par des pannes RER. Parce que le secrétaire derrière son bureau, maquillé, avec les cheveux long, une barbe et une robe. Parce que.

Parce que un pied dans ma ville et une pensée me vient à l'esprit: and suddenly everything falls out into place.




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