Homo, bi, trans, hétéro,


Une autre vision du monde LGBT.
Moins de préjugés, plus d'information.
  Articles

Ta vie
  Coming-out
  Expériences vécues

Infos, conseils
  Coming-out
  Réflexions, Conseils
  Homoparentalité
  Santé et prévention
  Dépression, suicide

News
  Général
  Et-alors
  Edito et-aloriens

Sorties
  mEAtings
  Boites
  Bars
  Assos
  Gay Pride

Art et Culture
  Ciné, DVD
  Livres
  Musique
  Cuisine
  Divers

Humour
  Electrolook
  Guide du tchat gay
  Guide de la Vie Gay
  Divers

S'embrasser sur un quai de gare...
par floridjan le 24 Avril 2012 dans Ta vie / Expériences vécues
35 commentaires


Vivre caché pour vivre heureux ou s’afficher en public : la loi nous l’autorise mais la peur du regard des autres est souvent un frein. Embrasser mon mec sur un quai de gare, le rêve est possible mais la crainte l’emporte…

Je suis allé voir Week end, le joli film du britannique Andrew Haigh. L’histoire très simple de deux hommes qui se rencontrent, qui s’aiment puis qui se disent adieu. Le film a le mérite d’aborder les problématiques les plus récurrentes du monde LGBT : l’homophobie, le coming out, s’accepter, s’assumer et notamment s’afficher ou non en public. L’un des deux hommes n’a pas de complexe, l’autre y est réticent, se contentant de lui serrer la main dans le couloir de son immeuble au lieu de l’embrasser.
Puis, quand même, au moment de la séparation définitive, sur le quai de la gare, les deux hommes s’embrassent une fois puis deux puis une troisième, ils tiennent bon face aux quolibets et aux insultes qui fusent de loin, lancés par des voix anonymes, des visages que l’on ne verra pas. L’émotion et l’élan amoureux l’emportent brièvement sur la peur du regard des autres, du mépris et du rejet.

Je connais bien cette problématique des retrouvailles et des adieux. Je vis à Paris, mon chéri à Lille. Nous nous voyons toutes les deux semaines, tantôt chez moi, tantôt chez lui. Un vendredi sur deux, on se retrouve à Paris gare du Nord ou sur le quai de la gare de Lille Flandres. On guette fébrile l’arrivée du train, on se hisse sur la pointe des pieds pour apercevoir le visage connu dans la foule qui s'illumine d'un sourire lorsque nos yeux se croisent.
Selon l’humeur du moment, on s’adresse de loin un salut affectueux, on se fait une accolade discrète ou on se prend furtivement dans les bras. De baisers, jamais, pas même sur la joue. On a le temps, nous sommes riche : le week end entier s’étale devant nous. Bientôt arrivera le moment des câlins, des caresses, des mots doux et des embrassades.

Ce n’est plus la même chose lorsque le dimanche soir venu, sur ce même quai, il faut déjà nous dire au revoir. Ce sont deux semaines d’absence qui se profilent à l’horizon. Le cœur est un peu gros, un peu lourd. Et chaque dimanche sur deux, je ressens cette même envie opprimée : nous étreindre vraiment, nous embrasser en amoureux, nous dire au revoir à la façon des amants, ne plus agir comme deux camarades qui se séparent, supprimer cette distance déchirante.

Ce samedi, sur la baie de Somme, j’ai eu envie de le prendre dans mes bras, de le serrer contre moi, de l’embrasser sur la bouche. Parce que j’étais bien, parce que j’étais heureux, parce que c’était doux de découvrir ce bel endroit avec lui, le vent du large dans les cheveux, l’odeur de la mer dans les narines, le cri des mouettes dans les oreilles. Je me suis retourné. Les gens étaient loin, c’est à peine si l’on pouvait voir s’ils étaient des hommes ou des femmes. J’ai passé ma main dans son cou, je lui ai caressé le dos, c’est tout ce que j’ai osé faire pour lui montrer mon affection. Nous avons souvent ces petits gestes en public, lorsque l’on marche dans la rue, que l’on se promène en forêt. Ils signifient : je me sens bien, je suis content d’être avec toi, j’ai envie de te prendre dans mes bras, de te tenir la main, de t’embrasser, tout ce que je n’ose pas faire de peur d’être vu, d’être jugé, de te mettre mal à l’aise, de sentir un regard désapprobateur posé sur nous, ou pire encore…

Ma meilleure amie pense que c’est notre devoir de nous afficher. Des gens ont lutté pour que nous ayons ce droit, certains en sont morts. Harvey Milk par exemple. Pour eux, pour nous, pour ceux qui suivent, nous nous devons d’user de ce droit arraché : nous tenir la main en public, nous rouler une galoche dans la rue, dans le métro, partout où cela nous chante. La loi nous l’autorise. Pourtant, la plupart d’entre nous préfèrent rester discrets. Par peur de l’homophobie, qu’elle soit muette, verbale ou physique, alors même que celle-ci est condamnée par les textes. Le fameux « vivons cachés pour vivre heureux » reste bien tenace. Et pourtant, comment faire évoluer les mentalités si nous nous stigmatisons nous même en refrénant des envies que nous n’aurions pas peur d’exprimer si nous étions hétérosexuels ?

Je suis timide, je suis pudique, je n’aime pas me faire remarquer, je n’aime pas être jugé, je préfère rester invisible. C’est un peu lâche. Un jour, peut-être, j’aurai ce courage d’embrasser mon mec sur un quai de gare. Pas par provocation ni par militantisme mais pour dire adieu à celui que j’aime, simplement, naturellement.





Articles lis

Un combat contre la honte...
Le parcours vers l’acceptation n’est pas facile, on passe par différents états, et surtout par la honte, la honte d’être différent. Est-il possible un jour de gagner ce combat ?
par Xeric le 19 Février 2007 dans Ta vie / Expériences vécues
(2 mots cls identiques)
 Creative Commons License Ce/tte cration est mis/e disposition sous un contrat Creative Commons.
Photos principales: stock.xchng et iStockphoto. CNIL n1104460. Contact: .