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Dire je t’aime à un homme (quand on en est un soi-même).
par zphyr le 18 Décembre 2011 dans Ta vie / Expériences vécues
11 commentaires


Dire je t’aime à un homme (quand on en est un soi-même) : la chose la plus difficile mais la plus essentielle ; rendre concret un amour en dehors de tout chemin balisé.

La situation est convenue. Le choix d’un champ en attente de fauchage, la nature déserte… L’herbe est couchée, les plis en sont épars, comme sous l’effet d’une micro- tempête tout autour de nous. Par une petite vengeance, elle urtique çà et là la peau, mais la douce chaleur et la brise qui nous frôle confèrent à l’instant une quiétude qu’on jurerait éternelle. Une sorte de félicité, le moment que je préfère où les membres sont encore sous les sensations de l’union mais quand nous devenons si calmes, détendus, accomplis. Ma tête sur sa poitrine, la main dans une ultime caresse sur ses puissantes cuisses… Comme j’ai aimé son corps, une fois de plus, une fois encore, les épis défaits en sont témoins.

Évidemment nous sommes charnels, fidèles à notre réputation d’homosexuels , satisfaisant sans limites les désirs de nos membres exacerbés, trop prompts juge-t-on à se livrer au plaisir des sens. Je ne vais pas le nier, mes étreintes sont le moteur vif et délicieux de mon existence : je suis un jouisseur. Mais cette jouissance, je ne la désire que d’un seul homme. Il n’a qu’à poser sa main sur ma nuque, ce n’est pas grand-chose, sa main sur ma nuque pour que tout soit bien, pour que je sois de ce monde, complètement ici, pour que ma vie prenne tout son sens. Juste sa main sur ma nuque et le sentiment amoureux fait battre joyeusement ma poitrine.

Mais j’aime son corps, à m’y perdre. Son corps non réduit à son sexe mais ce corps imparfait, sa chaleur, son odeur, la douceur de la peau, la douceur de ses gestes, jusqu’à la silhouette dès qu’elle est aperçue qui me conforte, me contente. Alors le tenir dans mes bras, le serrer le relâcher pour le serrer davantage jusqu’à ce que mon corps à moi soit rassasié, rassuré même. Me faire envahir par sa présence, m’enivrer de lui. Oui ! Il y a abus, mais pas celui qu’imaginent les âmes frustrées : il me faut beaucoup de sa personne, encore et encore de son être pour que je m’établisse, en parfait équilibre sur le fil de mon existence.

Or je sens qu’il va falloir lui dire… Non que ce soit la première fois, mais parce que ces mots ne sont pas anodins. J’écoute sa respiration devenue tranquille, j’épie une éventuelle tension de la peau ou un trop grand relâchement et, puisque tout semble optimum, je plonge en moi y trouvant la force étrangement nécessaire pour prononcer trois mots. Dire « Je t’aime » à un homme me demande toujours tellement d’efforts. Mais il est impossible de m’y soustraire ou de reporter. Non ! C’est maintenant, c’est la vie, le monde qui en dépend ! Alors avec toujours le même petit tremblement dans la voix, la même hésitation qui retarde d’une incommensurable seconde la fatidique phrase, je laisse enfin sortir de moi les trois mots qui ne cessent de me tourmenter : « Je t’aime ». Et comme un effet boomerang l’émotion qu’il a fallut combattre pour enfin délivrer ce verbe magique, aussi primordial que le Om des mantras indiens, ce trouble gagne maintenant tout son corps à lui. Son corps qui s’agite, se débat ne sachant comment recevoir autant d’un seul coup, comment réussir à faire rentrer en lui une telle vérité. Et, délicieusement, les balbutiements ont changé de côté, puis, avec un courage dont je le sais parfois incapable, il lâche un murmure que l’oreille habituée décrypte comme « Moi aussi ».

Alors je le noie de caresses, de baisers comme pour le féliciter d’avoir réussi, cette fois encore ! Oui, nous avons réussi à nous le dire et nous contemplons la marche de l’univers relancée grâce à notre échange essentiel. Dire « je t’aime » à cet homme, est la chose la plus difficile que j’ai jamais eu à faire, mais elle est tellement indispensable que chaque jour l’épreuve se reconduit. Maintenant j’embrasse la terre, puis me laissant porter par elle, je lance mes yeux au ciel, remerciant le bleu maculé de nuages de me permettre d’être en même temps qu’eux, indispensable au monde. Dire « Je t’aime » à cet homme, c’est, comme sa main sur ma nuque, le moment de l’amour le plus intense, le même que nos corps enlacés se communiquent quand ils ont besoin tant de l’autre qu’ils l’engloutissent et s’y répandent. Et l’échange devient aussi important par les mots et par les corps : « je t’aime. Moi aussi ».

Il m’a été donné de dire « Je t’aime » à une femme et si les enjeux émotionnels étaient identiques, il y avait le schéma sociétal à grand renfort de contes et de romans, qui engageait de dire ces mots comme un aboutissement d’un parcours amoureux balisé. Or maintenant, marchant hors norme et donc dans une vertigineuse liberté des sentiments, me voilà à exprimer mon amour à un homme de la même manière ; et l’absence de modèle renforce la crudité de la vérité de cet amour : aucun mur susceptible de m’épauler, à qui se raccrocher : je suis nu ! Et si je lui dis, c’est que c’est fondamentalement, infiniment juste. Pas pour correspondre à ce que la société des hommes attend de moi. Ce petit plus fait la difficulté plus grande, mais aussi la sensation plus forte. Comme un pied de nez aux moralistes de tous ordres, je mets dans ma relation amoureuse encore plus d’intensité et d’honnêteté que si je ressentais comme la majorité des hommes, un désir prévisible pour une femme.

Parce qu’alors, la norme préétablie par une peur incompréhensible, serait que je me comporte en pervers, en consommateur du sexe facile et sans lendemain : quitte à s’inscrire contre une morale dogmatique, autant verser dans la caricature des contraires : jouir pour jouir et c’est tout. Mais alors que je ne vois pas en quoi un tel comportement serait condamnable, je suis au contraire et parce que c’est ma nature, l’engagement sans négociation, et j’aime cet homme à m’en damner certes, (de toutes façon c’est déjà fait !) mais dans une simple volonté d’être pour lui, par lui, quelqu’un de plus sincère, tant avec lui qu’avec moi-même. Il devient donc primordial que cet amour que j’ai pour lui, s’épanouisse et vive de lui-même et sans autres concessions, sans contexte préalable. Il en va de la sorte pour les choses simples et essentielles. Ici, cette énergie mystérieuse qui nécessite qu’il soit là pour moi et moi pour lui, nous permet de nous dépasser, d’aller au-delà de nos corps et de nos êtres : une union sublimée avec les sens accordés. De quoi faire trembloter une voix qui tente d’exposer cette belle évidence : « Je t’aime ».




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