Homo, bi, trans, hétéro,


Une autre vision du monde LGBT.
Moins de préjugés, plus d'information.
  Articles

Ta vie
  Coming-out
  Expériences vécues

Infos, conseils
  Coming-out
  Réflexions, Conseils
  Homoparentalité
  Santé et prévention
  Dépression, suicide

News
  Général
  Et-alors
  Edito et-aloriens

Sorties
  mEAtings
  Boites
  Bars
  Assos
  Gay Pride

Art et Culture
  Ciné, DVD
  Livres
  Musique
  Cuisine
  Divers

Humour
  Electrolook
  Guide du tchat gay
  Guide de la Vie Gay
  Divers

Compte-rendu d'un meeting "polyamour" à Lyon.
par Juuune le 11 Octobre 2011 dans Ta vie / Expériences vécues
14 commentaires


Ayant participé récemment à un meeting dans un café sur le thème du polyamour, je me suis dit qu'un petit compte-rendu, sous la forme d'un article, pourrait intéresser quelques et-aloriens.

Bonjour les gens ! Après en avoir parlé avec certains d'entre vous qui m'ont posé des questions sur ce mode de vie un peu alternatif, il m'est venu à l'esprit d'écrire un compte-rendu, un peu comme on le fait pour les mEAtings, de manière à partager cette expérience avec vous.



Mais tout d'abord, qu'est-ce que le polyamour (appelé également "lutinage" ou "amours plurielles") ? Il s'agit d'un mode de vie consistant à pouvoir mener simultanément plusieurs relations amoureuses, avec l'acceptation et le consentement des partenaires impliqués.
Il se fonde donc sur une certaine éthique requérant la communication sincère et la confiance au sein du / des couples.
Ainsi défini, le polyamour se distingue des "trous d'air de la monogamie" et des histoires simultanées que peuvent mener des personnes mentant à leurs partenaires respectifs au sujet du nombre de relations qu'elles ont. Contrairement à la monogamie, par ailleurs, le polyamour ne prétend pas être "systématique" : un-e polyamoureux/-se (ou amoureux/-se pluriel-le, ou lutin-e) peut très bien vivre de longues périodes avec une seule relation amoureuse. Alors que dans la monogamie, les phases polyamoureuses sont exclues par définition, rien n'empêche de vivre un polyamour parsemé de phases exclusives, quand on en ressent le besoin.

Le polyamour se distingue du libertinage parce qu'il ne s'agit pas avant tout de liberté sexuelle, mais plutôt de liberté sentimentale, bien que les relations sexuelles ne soient pas exclues. Le sexe n'est pas le but final du polyamoureux ou d'une polyamoureuse, qui est plus à la recherche d'une dimension affective au sein de chaque relation qu'il établit.

Cette définition (large) une fois établie, venons-en à la soirée de samedi.

Les présents, en quelques mots :

Aurèl est un monogame fatigué de la monogamie, dans une phase un peu désabusée, en quête de modes de vie alternatifs.
Un homme féministe avec deux mamans, aussi. Sa fréquentation des groupes féministes lui a donné une bonne connaissance de ce milieu qui, nous dit-il, est assez ouvert au polyamour.

Mano, ayant cherché un temps à rentrer dans la case "relation stable, mariage, enfants", selon ses propres termes, se rend compte qu'il ne peut pas y parvenir et qu'il ne... souhaite plus y parvenir. Il noue donc plusieurs relations sur un mode plus libre, avec moins de définitions.

Alej a une relation stable (10 ans) avec une femme avec qui il partage juste de la tendresse, sans sexualité. Parallèlement, mais sans le dire ouvertement à sa première compagne, il a une autre relation stable avec une ancienne copine de lycée.
(C'est là que ce n'est plus du polyamour, le polyamour se définissant par la transparence sur les grandes lignes de notre vie relationnelle, avec nos partenaires. Néanmoins, Alej se perçoit comme un polyamoureux, et dit-il, comme un "polysensuel", intéressé par le tantra et la sexualité de groupe. De par son style de vie, on aurait plutôt tendance à considérer Alej comme un libertin monogame "adultérin"^^ que comme un polyamoureux...). La première compagne de Alej a récemment adopté, seule, un petit Haïtien. Alej est allé le chercher avec elle mais n'a pas souhaité s'associer à elle dans la démarche d'adoption. Néanmoins, tout le monde, le petit y compris, s'est mis à désigner Alej comme le "papa". Il a accepté cette dénomination qui, somme toute, ne lui déplaît pas, et il vient tous les quinze jours environ rendre visite à sa compagne et à cet enfant, et puis il s'occupe beaucoup du petit, joue avec lui, etc.

Bonnie & .Clyde sont un couple de quinquagénaires qui s'est toujours senti un peu hors normes, bien qu'ayant eu le parcours "classique" : "relation stable + 3 enfants". Ayant toujours refusé le mariage, ils commencent par devenir un couple libre, puis s'aperçoivent que le polyamour leur convient mieux. Récemment, Bonnie a même consolé Clyde d'un de ses chagrins d'amour... Ils sont allés consulter un psy pour comprendre, selon leurs propres termes, "pourquoi, malgré cette situation perverse, le couple allait si bien" (ils en rient en le disant). Aujourd'hui, ils ont ensemble ou séparément, de temps en temps, des relations sentimentales et / ou sexuelles avec des amis à eux. Mais Bonnie, elle, se rend compte qu'elle est plutôt "rêveuse que faiseuse" et profite de la liberté qu'elle se découvre grâce au polyamour pour aller dans des musées, prendre du temps pour elle, réfléchir, plutôt que d'avoir plusieurs amours. Elle semble vivre sereinement le fait que son compagnon, lui, soit polyamoureux en acte. Elle parle de jalousies passées et aujourd'hui, de la sérénité qu'elle a trouvée. Bonnie & Clyde s'accordent à dire que le polyamour a sauvé leur couple et qu'ils sont, grâce à ce style de vie, très complices et proches, aujourd'hui, sans plus avoir besoin de se mentir sur les grandes lignes. (Et ça se voit, ils semblent très à l'écoute l'un de l'autre.) Ils lisent aussi beaucoup sur le sujet et parlent de Françoise Simpère, entre autres.

Harmonie, elle, est venue juste "pour écouter, pour observer". Elle a environ vingt-cinq ans et, bien que monogame jusqu'à présent tombée amoureuse d'autres personnes en dehors de son couple, elle ne s'est jamais permis la moindre incartade, car, dit-elle, "le poids des normes" pesait trop lourd sur ses épaules. Ouverte à l'écologie, aux luttes sociales, et à beaucoup d'autres choses, elle a décidé de venir voir comment se passait un meeting entre polyamoureux, "pour rencontrer des gens qui parvenaient plus facilement qu'elle à se défaire des normes sans culpabilité".

Mimi, le personnage le plus atypique de la soirée, un peu hippie, ancien vagabond initié à des rites amérindiens, qui n'est pas sûr de son âge mais qui semble avoir une trentaine d'années, polyamoureux depuis le début de sa vie, raconte un itinéraire inverse de celui des autres : un beau jour, après des années et des années de polyamour, il a découvert avec émotion l'exclusivité amoureuse, avec une copine. Au bout de cinq ans de monogamie, cette copine, pour laquelle il avait arrêté (avec bonheur) sa vie polyamoureuse, parce qu'elle n'en supportait pas l'idée, tombe elle-même amoureuse d'un autre homme et demande à Mimi s'ils peuvent mettre un terme à leur exclusivité. Le choc est un peu dur pour Mimi, mais finalement, il rebondit à merveille et se relance dans le polyamour de manière plus réfléchie qu'avant, non plus, dit-il, par incapacité de s'engager ou peur d'être abandonné... mais comme un vrai choix. Il a depuis trois ans une petite fille avec sa copine et semble très heureux avec elle. Il est très à l'écoute de l'histoire de chacun et semble avoir acquis, au fil de sa vie, une certaine forme de sagesse et de sérénité.
(Mimi fait gentiment remarquer à Alej, au cours de la soirée, qu'en taisant à la première compagne qu'il en a une deuxième, en décidant lui-même qu'elle n'est pas "prête" à entendre la vérité, il prend le contrôle de manière un peu indue en enlevant à cette première compagne le pouvoir de choisir si oui ou non, elle continue cette relation avec lui sur le mode polyamoureux ou non, si elle souhaite arrêter ou être polyamoureuse elle aussi... Il lui enlève le pouvoir de voir ce qu'elle ferait avec cette information qui, somme toute, la concerne. Je suis d'accord avec Mimi, mais Alej ne l'entend pas de cette manière. En fait, c'est... lui, plutôt que la compagne, qui ne semble pas prêt.)

Sam est arrivé avec une envie de parler "livres" et sort de son sac celui qu'il est en train de découvrir, Des harmonies polygames en amour, de Charles Fourier. Il milite dans le milieu libertaire et semble engagé dans différentes luttes sociales. Il confirme que le polyamour se retrouve beaucoup dans ce milieu "militant". En effet, le polyamour n'est pas réductible à un style relationnel. Il incarne un choix de vie un peu plus global, une remise en question de l'idée de propriété et de capital (l'autre ne nous appartient pas, il n'est plus notre possession personnelle, il n'est plus un "bien"). Il nous parle de sa difficulté à vivre avec sa copine, qu'il aime profondément et qui souhaite rester en régime monogame, tandis que lui a l'impression de se "sacrifier", car il ne se sent pas du tout adapté à la monogamie. Il dit que c'est un peu comparable à la sensation de vivre en relation hétérosexuelle alors qu'on se sait homosexuel : c'est beaucoup de souffrance et de renoncement à soi, même quand on aime son partenaire.

Lutine, une amie de Alej, vit "en colocation" avec son mari, sans plus avoir de relations (sentimentales ou physiques) avec lui. Ils s'entendent bien et vivent ensemble avec leurs deux filles, étant tous les deux polyamoureux par ailleurs.
Lutine a trois relations stables avec des hommes différents (dont aucun, donc, n'est son mari), tandis que son mari, lui aussi, a plusieurs relations amoureuses. L'une des deux filles du couple a eu un peu peur au début, lorsque sa mère lui a parlé de leur style de vie à mots plus ouverts, mais petit à petit, elle a accepté la situation, en se rendant compte qu'elle était toujours aussi importante pour ses parents et qu'elle continuait à recevoir de l'amour et de l'attention indépendamment des situations amoureuses de ses parents. Lutine est aussi astrologue et donne des cours de tantra et de sexualité de groupe. Elle raconte que beaucoup de gens viennent lui faire des confidences sur leur vie intime, et que dans ce cadre, il lui arrive de "militer" pour le polyamour, non pas, évidemment, en cherchant à l'imposer, mais en en parlant comme d'un choix de vie comme un autre, comme d'un style de vie possible.

Puis il y a moi, Juuune, qui parle un peu des relations que j'ai avec mes deux amoureux (et qui sont très différentes l'une de l'autre). Mais là je ne vais pas développer, car j'ai déjà posté à ce sujet.


L'atmosphère générale est bon enfant, sympathique. Je ressens dès le début beaucoup d'écoute et d'attention à l'autre au sein de notre petit groupe. Une impression d'authenticité assez forte, aussi, chacun parlant de ses expériences ou de sa situation actuelle sans étalage ni fausse pudeur. Je sens des gens qui sont habitués à beaucoup communiquer, à écouter les autres, à être réceptifs et à réfléchir. Des gens peut-être plus ouverts au changement ou à la possibilité de changer d'avis, de changer de style de vie. Harmonie parle peu, mais les autres lui demandent régulièrement ce qu'elle pense de telle ou telle chose. L'atmosphère n'est pas non plus à la "prise de tête intello", on blague, on parle assez simplement. On s'arrête quand la serveuse arrive avec les bières... gros silence qui fait rire tout le monde. On explique à la serveuse, sur le ton de la confidence, qu'on fait partie d'une société mystérieuse travaillant pour le gouvernement et que nos conversations sont top secrètes^^

Je ressors de cette soirée avec un grand sentiment d'enrichissement, et heureuse d'avoir trouvé, même l'espace de quelques heures seulement, une dimension "communautaire" au polyamour. J'ai déjà envie qu'on refasse une soirée discussion, et c'est peut-être bien moi qui vais organiser la prochaine, dans un autre café.

Ce qui m'a marquée, aussi, c'est la parenté entre certains questionnements LGBT et puis les styles polyamoureux.
Il m'a semblé, en en discutant avec les autres, que le polyamour relève d'une "orientation" sexuelle dont on "prend conscience" à un moment x ou y, soit depuis toujours (cas de Mimi), soit progressivement (cas de la plupart d'entre nous, malheureux dans les histoires monogames si jolies soient-elles). C'est un mode de vie qui, une fois assumé, peut apporter un certain soulagement à des personnes qui, longtemps, ont essayé d'entrer dans les "cases" monogames et/ou libertines prévues par la société sans y parvenir.
On a aussi parlé de "coming-out" à la famille, aux amis. Il s'avère que le plus souvent, les personnes auxquelles on annonce qu'on est polyamoureux ont un moment de choc et ont parfois besoin de temps pour digérer l'information.
J'ai senti la tablée plutôt ouverte par ailleurs aux questions LGBT, et je pense que ce n'est pas un hasard.




 Creative Commons License Ce/tte cration est mis/e disposition sous un contrat Creative Commons.
Photos principales: stock.xchng et iStockphoto. CNIL n1104460. Contact: .