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Mon chemin vers l'homosexualité
par floridjan le 11 Juin 2011 dans Ta vie / Expériences vécues
50 commentaires


Dur dur d'être un homo. Avant de l'avouer aux autres, faut déjà se l'avouer soi même. Pour moi, l'acceptation a été longue. 27 ans de déni, pas évident. Mais j'y suis arrivé. Donc c'est possible !^^

[Bon, il m’aura fallu presque 3 ans pour me décider à écrire un article sur ce site. Qui plus est un article sur ma vie privé, que je n’aime pas étaler en public généralement. Mais de récents sujets sur le forum m’ont incité à penser que mon témoignage sur ma très longue « non acceptation » de mon homosexualité pourrait peut-être aider des jeunes qui ressentent en ce moment ce que j’ai pu ressentir adolescent et dans mes premières années de jeune adulte (où internet n’existait pas en France), les aider à se sentir moins seul, moins nul, moins honteux. Donc je me lance…]


Quand j’étais petit garçon, je voulais être une fille

Quand j’étais petit garçon, je voulais être une fille. Je me faisais des couettes et j’adorais me déguiser en princesse, enfiler des robes dorées et argentées. Une fois, à un après-midi costumé, je m’étais déguisé en blanche-neige. Un mec a cru que j’étais une fille : j’étais aux anges. Ma meilleure amie, Angélique, voulait être un garçon. Elle mettait une branlée à tous les mecs du cours de judo. Nous étions plus ou moins amoureux l’un de l’autre, c’était charmant. On devait poser pour le catalogue des déguisements de la ludothèque. On n’a pas voulu que je me costume en princesse, on m’a imposé d’être un indien. En revanche, il n’y a rien eu à faire pour inciter Angélique à mettre une robe : elle figure dans le catalogue en costume de prince^^.

Mes parents toléraient mes petites manies mais quand même, entre eux, ils se disaient que c’était pas normal que leur garçon se déguise en princesse et mettent des couettes. Ils m’ont donc envoyé chez une psy. Exit les robes de princesse et les couettes, l’envie m’en a définitivement passé. Il ne reste de cette période qu’une vidéo me montrant en train de chanter « un jour mon prince viendra » d’une voix très aigüe.


(Blanche-neige, celle à qui je voulais ressembler quand j'étais enfant... Ne vous moquez pas, please, j'avais 7 ans !^^)


Pédé : la pire des humiliations

Un gosse qui chez lui se déguise en princesse et se fait des couettes, vous supposez que je n’étais pas le caïd de l’école… à juste titre ! J’étais le gamin plutôt solitaire qui de temps à autre se faisait apostropher par un mec d’un pas très sympathique : « tu es un garçon ou tu es une fille ? » auquel super intimidé et gêné je répondais en bougonnant et en baissant la tête : « un garçon », me sentant un peu indigne d’en être un. Par la suite, on m’a traité de « garçon manqué » puis de « fille manquée ».

On m’a balancé au collège, j’étais un vrai bébé. La 6ème a été horrible : aucun ami, des mauvaises notes en pagaille, une prof de français perverse qui me haïssait, une prof d’EPS qui me haïssait aussi (en 4e, elle s’est mise à m’adorer : c’était une folle), un prof de math qui disait à mes parents que j’étais débile… Je n’ai jamais été aussi mal que cette année là. Puis il m’est arrivé un truc formidable : j’ai redoublé ! A partir de là, j’ai eu des bonnes notes, des amis, un regain de confiance en moi. En 4e et 3e, j’étais redevenu un élève moyen, avec une seule trouille au ventre : me faire traiter de pédé par des connards qui aimaient se moquer de moi. Je faisais mon possible pour ne pas avoir l’air d’en être un. Une fois, j’ai entendu un mec dire à mon sujet : « c’est un pédé ». Et son pote de répondre : « C’est vrai ? Il en a pas l’air ! » ça m’a presque fait plaisir.

A cette époque, je ne me posais pas la question de savoir si j’étais homo car j’étais très ignare en matière de sexualité. Un pédé, c’était un mec qui se prenait pour une fille, la honte totale, la pire insulte qui soit, l’humiliation suprême. Je ne voulais surtout pas en être un ou qu’on puisse penser ou dire que j’en étais un.


(Jason Priestley, alias Brandon Walsh dans Beverly hills, celui à qui je voulais ressembler quand j'étais ado... Ne vous moquez pas, please, j'avais 15 ans !^^)


Trop timide pour draguer les filles

Au lycée, j’avais guère d’amis, j’ai pris l’habitude de rentrer directement chez moi après les cours et de m’enfermer dans ma chambre pour lire (des romans) ou regarder des films. Ce qui faisait dire sans arrêt à mes parents et à mon frère : « Floridjan vit enfermé dans sa chambre ». L’autre grande phrase à mon sujet étant : « il est trop timide pour draguer les filles ». Parce qu’à 18 ans, je n’avais jamais eu de copine. Heureusement que mon frère était véritablement timide avec les nanas et qu’il ne ramenait personne non plus. Mes parents se désolaient : nos fils n’ont pas de copines…


"J'y pense et puis j'oublie..."

Sortir avec une fille n'était pas ma priorité, je visais l'invisibilité. Surtout ne pas avoir l'air d'une tapette, effacer au maximum mes attitudes un peu maniérées. Je finissais par croire que j'y étais arrivé et puis survenait une réflexion qui me faisait prendre conscience que j'étais le seul dupe là-dedans, j'étais bouleversé, pas question d'être ce que je ne voulais pas être. Une fois, on nous a filmé en classe puis on a diffusé le film, tout le monde m'a trouvé très bien à l'écran... J'ai été mortifié : je detestais ma voix, mes gestes, mes expressions de visage. Tout en moi me disait que j'avais l'air d'une tapette et c'était insupportable à concevoir. Je ne voulais pas être ce mec là !


Monosexuel puis bisexuel, jamais homosexuel

J’ai passé les années suivantes à me convaincre que je n’étais pas homosexuel. De n’avoir jamais eu aucune aventure avec un mec me confortait dans cette idée que j’étais pas homosexuel. Je cherchai des signes de mon hétérosexualité partout, j’essayai de me convaincre que j’étais attiré par un certain genre de filles mais difficile dans mes choix. J’ai entendu un gars dire une fois à la télé : « je suis monosexuel. Je n’ai d’attirance ni pour les filles ni pour les mecs, je me satisfais à moi-même ». Une révélation : j’étais pas homosexuel, j’étais monosexuel. Carrément moins problématique et honteux, ça me paraissait une option satisfaisante. Toutefois, si je me suis affirmé ça souvent dans ma tête, je n’ai jamais osé sortir cette connerie à quelqu’un.

Une amie m’a un jour demandé franchement si j’étais homo. La question qui tue, celle qui généralement me faisait perdre tous mes moyens, que je redoutais qu’on me pose car je ne pouvais pas y répondre. Je ne pouvais pas dire « oui » car je ne me m’assumais pas comme tel. Et répondre « non » me semblait un mensonge qui me faisait rougir. Je ne pouvais que ne rien répondre, ce qui constituait un double aveu : je suis un homo et je ne l’assume pas. Double humiliation.

Cette fois là, je m’en suis sorti par un vague « je suis attiré par les deux ». Mon amie a tout de suite été intéressée : « ah, tu es bisexuel ! » Et j’ai sauté sur ce « moindre mal », tellement branché et à la page : je suis bisexuel, je peux aussi bien aller du côté des filles que du côté des mecs, total rebelle !


Pas de bonheur possible pour moi dans l’homosexualité

La vérité, c’est qu’à 27 ans, je n’étais jamais sorti avec ni avec une fille (j’y arrivais pas) ni avec un mec (c’était inconcevable) et que je me voyais finir solitaire. L’homosexualité n’était pas « une option » possible : rien que de m’imaginer draguer ou me faire draguer par un mec ou embrasser un mec ou coucher avec un mec, ça me rendait malade, ça me donnait des sueurs froides. Je me disais : si je couche avec un mec un jour, ma santé mentale n’y survivra pas, je deviendrai fou de dégoût pour moi !

Ma meilleure amie, dotée d’un véritable gaydar, m’a tendu de nombreuses perches pour me faire avouer mon homosexualité. Sans succès. C’était un sujet tabou. Je n’osai jamais prononcer le mot « homosexuel » en public, de peur qu’on puisse faire le rapprochement avec moi. C’était le sujet à éviter à tous prix. J’ai réussi l’exploit à la fac de défendre le PACS auprès de mes condisciples réticents sans jamais parler de l’homosexualité. Quand je devais en parler, je passais sur le sujet très vite. En fait, j’étais véritablement ignorant de ce qu’était être un homosexuel. J’étais resté sur ma hantise de prime jeunesse que l’on puisse penser que j’étais un pédé. Je ne voulais pas avoir cette image de moi ni donner cette image de moi. Je ne trouvais pas ça honteux pour les autres, je trouvais ça honteux pour moi.

Un jour ma meilleure amie a finit par me dire qu’elle pensait que j’étais homo. J’ai été paniqué de devoir en parler, elle m’a poussé dans mes retranchements, j’ai fini par dire ce que je pensais réellement au fond de moi : je suis peut-être homosexuel mais je ne peux pas me le permettre, il n’y a pas de bonheur possible pour moi dans cette vie là, je sais que je ne serai jamais heureux en étant homo !

Elle a compris que rien ne pourrait me faire changer d’avis et le débat a été clôt.


"Devant mon miroir, j’ai rêvé d’être une star, j’ai rêvé d’être immortellement belle"

Donc voilà. 27 ans de déni. Des occasions perdues, sans doute. Comme avec Antoine, mon partenaire de théâtre. La prof trouvait qu’on était un duo formidable ! On fonctionnait tellement bien sur la scène, on la faisait rire. Et j’ai appris des années plus tard qu’Antoine est homo aussi. Voilà, on aurait peut-être pu tomber amoureux l’un de l’autre si, à cette époque, lui et moi n’avions pas été dans un tel déni de nous même. J’ai continué un temps à essayer de me persuader que je pouvais tomber amoureux d’une fille. Je suis sorti avec une fille dont une amie m’avait laissé entendre que je ne lui étais pas indifférent. Je me suis forcé à la draguer mais elle a bien senti que je n’étais pas vraiment attiré. Et j’ai fini par comprendre que je devais commencer à envisager sérieusement de regarder du côté de ma véritable attirance si je ne voulais pas finir seul et puceau toute ma vie. Faut croire que doucement, sans m’en apercevoir, j’avais fini par évoluer sur la question car, à 27 ans, l’homosexualité m’est apparu comme un « moindre mal » comparé à la solitude amoureuse. J’étais malheureux et j’ai compris que je ne serai heureux que si je m’acceptai enfin comme l’homosexuel que je suis, que j’ai toujours été.

Aujourd’hui, je suis toujours en panique si on me traite de pédé (mais ça ne m’arrive quasiment jamais). La différence, c’est qu’avant, j’en avais honte. Aujourd’hui, je n’ai plus honte. Je m'accepte et je m'aime bien comme ça.

Merci d’avoir pris la peine de me lire.^^





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