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Femme battue : témoignage d'un monstre
par Yume le 26 Avril 2011 dans Ta vie / Expériences vécues
commentaire


Qui n'a jamais entendu parler de ces femmes violentées, qui ne s'en sera jamais révolté ? Je fais partie de ces gens qui ne peuvent accepter ce genre d'actes. Et pourtant... Témoignage.

Qui n'a jamais entendu parler de ces femmes violentées ?

Qui ne se serait pas révolté face à ces violences gratuites ?

Tout comme la plupart des gens, je fais partie de ces personnes qui ne peuvent admettre ce genre d'actes.

Et pourtant. Sans m'en rendre compte j'ai fini par me retrouver de l'autre côté, de celui de ces personnes non pas qui subissent, mais bien de celles qui infligent : le 14 septembre 2010 je suis devenue un monstre.

Témoignage.


Je me présente, Yume, 15 ans, pas loin de mes 16, gamine excentrique, je suis considérée par mon entourage comme "niaise", "non violente", qu'on se le dise, je suis loin du stéréotype de la butch, vêtue à l'époque 364 jours sur 365 en jupe, un de mes surnoms est Barbie (mais non, je ne suis pas blonde ! Et encore moins superficielle, ne pas se fier aux apparences, bref). Je suis interne en lycée général.

À cette époque, je suis en couple avec Clara*, elle, elle est un peu plus banale, jeans/vans, ayant arrêté la boxe pour y préférer le basket, ce qui l'énerve : lorsqu'elle est tout en bleu et moi tout en rose, marre de "faire le garçon" (ironie).
Elle avait su me sortir de ma dépression, me relever, et aujourd'hui je ne vois plus qu'elle, elle est tout pour moi. Pourtant on ne peut pas dire que tout est parfait entre nous, depuis le deuxième mois tout est instable, des disputes quotidiennes, beaucoup d'éléments perturbateurs : son ex, sa mère, les regards extérieurs... Mes journées sont souvent ponctuées de larmes, mais je n'en retire que le côté positif, tout ce qu'elle arrive à m'apporter au quotidien : de l'amour, du soutien, sa présence.

Mardi 14 septembre :
Cela fait quelques semaines que la nouvelle année scolaire a repris, rentrée très attendue par nous deux car cette année nous sommes dans la même classe.
Nous avions porté beaucoup d'attente sur cette situation. Qui au final ne se révèle pas aussi formidable que ça. La pression des cours rajoutant du stress dans notre couple et faisant accroître les disputes.
Et depuis ce week-end Clara est bizarre, nous l'avons passé à nous disputer, du jour au lendemain elle se dit pleine de doutes, et depuis le début de la semaine se montre froide et plus blessante que d'habitude. Ce genre de comportement lui est déjà arrivé, alors je subis en attendant que ça passe, priant pour que ça se fasse rapidement.
Mais la journée s'avère encore difficile, et à 18h -fin de la journée- je suis éreintée.
À cette heure-ci, nous avons pour habitude de passer un peu de temps ensemble avant qu'elle ne rentre chez elle et que je n'aille manger. La journée ayant été difficile, c'est important pour moi.
Pour une fois, je lui demande de monter elle à l'internat, histoire de m'éviter des détours, et d'avoir un peu plus d'intimité. Elle ne veut pas, ce n'est pas ce qu'elle a prévu, je la fais chier, soit je la suis, soit je me casse. Une dispute banale, comme on a l'habitude d'en avoir.
Sauf que cette fois-ci, je ne réagis pas comme d'habitude, je ne me plie pas à ses ordres, je ne veux pas céder, et tente donc de la convaincre, tout en essayant de l'arrêter dans les escaliers. Mais elle reste butée, et arrivées en bas elle n'a toujours pas changé d'avis. Je me retrouve comme une idiote, moi au rez-de-chaussée, elle deux marches au dessus de moi. Elle me regarde avec son air méprisant, sachant très bien que ces quelques minutes avec elle me sont trop précieuses et que comme toujours je vais la suivre.
À cet instant, je ressens un grand vide en moi, un sentiment d'infériorité en travers de la gorge, le sentiment d'être prise dans son petit piège comme à chaque fois, pour une histoire encore futile mais encore une de plus. Elle me parle, je ne pourrais pas retranscrire ici ce qu'elle m'a dit car je l'ai tout simplement oublié. Tout ce que je sais c'est que cette parole fut celle de trop, celle qui me fit perdre pied, et sortir de moi.
Ne me reviennent que des images : moi qui me jette sur elle pour la baffer. Une autre image : celle de son visage étonné mais surtout d'un sourire, en tout cas c'est ce que je crois voir, ce dont je me souviens, et à ce moment là je pense "elle se fout encore de moi, elle se croit encore supérieure à moi, mais je ne suis pas faible". Résultat je commets les gestes de trop, mon poing part, droit dans sa figure, peur de ne pas avoir assez frappé, besoin de faire ressortir tout ce qui était contenu, mon deuxième poing décolle lui aussi, et tout comme le premier y trouve sa cible. Je me débats et je crois bien que j'aurais continué si je n'avais pas vu son visage, qui cette fois-ci ne présentait plus de sourire, son visage horrifié, horreur qui très vite vient m'envahir.
J'ai frappé de mes poings la personne que j'aime. Je lui ai fait du mal, volontairement, physiquement, au point de, je le verrai plus tard, lui laisser des marques.

La suite, elle présente beaucoup moins d'importance à mes yeux. La suppliant comme une idiote, elle finit par me pardonner. 4 jours plus tard, elle me fête mon anniversaire, 4 mois plus tard nous fêtons nos un an. Mais un mois après notre date anniversaire, je la quitte, ne supportant plus cette violence qui ne cesse de grandir en moi, qu'elle soit envers moi ou envers elle. Car même si j'ai su me contrôler par la suite, l'envie de recommencer ne me manquait pas, et quelques jours avant la rupture je l'ai à nouveau giflée.

Clara, je ne l'aurai battue qu'une fois, et les marques que je lui ai faites ne seront pas si importantes que ça, il ne faut pas oublier comment je suis, je n'ai pas réellement de force. Mais peu importe le résultat, ce qui compte c'est ce que j'ai fait, j'ai levé la main sur la personne que j'aimais, et si j'avais été bâtie différemment le résultat aurait pu être plus grave...

Aujourd'hui j'ai beaucoup de mal lorsqu'on aborde le sujet des femmes battues, me sentant constamment concernée, je n'ose plus donner mon avis, me sentant des plus mal placées.

Je sais que ce n'est pas dans ma nature première, qu'il faut y rajouter les circonstances, et pourtant je ne peux pas m'empêcher d'éprouver des peurs à ce sujet, je ne peux m'empêcher de me dire que "ça commence comme ça".

J'ose espérer, croire que cet évènement m'aura assez révulsée pour que jamais je ne le reproduise, j'ose espérer aussi qu'il saura me donner une plus juste vision des choses, savoir ce que c'est que "d'être de l'autre côté".



*nom modifié pour l'article




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