Homo, bi, trans, hétéro,


Une autre vision du monde LGBT.
Moins de préjugés, plus d'information.
  Articles

Ta vie
  Coming-out
  Expériences vécues

Infos, conseils
  Coming-out
  Réflexions, Conseils
  Homoparentalité
  Santé et prévention
  Dépression, suicide

News
  Général
  Et-alors
  Edito et-aloriens

Sorties
  mEAtings
  Boites
  Bars
  Assos
  Gay Pride

Art et Culture
  Ciné, DVD
  Livres
  Musique
  Cuisine
  Divers

Humour
  Electrolook
  Guide du tchat gay
  Guide de la Vie Gay
  Divers

Mon père veut me tuer
par Dryss le 11 Septembre 2009 dans Ta vie / Expériences vécues
26 commentaires


Prise de conscience d'un jeune homme de 17 ans de la difficulté d'être homosexuel au sein de sa famille...

Bon, c'est quelque chose que j'ai écrit il y maintenant près de 5 ans, cette histoire est révolue, bien que la situation n'ait pas vraiment changé avec mon père (il n'est toujours pas au courant, ou plutôt il se voile toujours la face). Mais à l'époque, c'est une situation qui m'a fait vraiment mal, le franchissement du chemin de croix, avec toutes ces diffiultés, avant la totale acceptation par moi meme de mon homosexualité.

Excusez par contre le titre provocateur, mais à l'époque c'était voulu :

[b]Mon père veut me tuer…[/b]

[i]Il est 21h22. Et je pleure. Seul. Dans ma chambre. Dans mon refuge. Dans ma prison. J'y suis et j'y reste, je ne veux pas sortir. Il est 21h23, et j'y pense. "Il faudrait tous les tuer". Une phrase. Juste une phrase. Avec des mots. Blessants. Qui restent ancrés dans mon esprit. Comme un poignard dans le dos… Le pire est qu'il ne le sait même pas. Il ne sait rien. Il ne saura jamais qu'il faut tuer son fils.

Il est 21h25. J'y repense encore. Pourquoi ? Pourquoi ai-je ouvert ma porte à ce moment là ? Pourquoi ma famille à l'habitude de hurler pour discuter à table ? Car oui, ils discutaient. Mes parents. Mon frère. Mes grands parents. Tous à table. Sauf moi. Je ne me sentais pas bien. Et ils parlaient d'Eux. Des Autres. Les Presqu'choses. Les Presqu'rien. Des Trucs Dont Ils Ne Faut Pas Prononcer Le Nom. Au cas où on le deviendrait soi même, si on le disait. Alors, derrière ma porte entrouverte, j'écoutais. Fasciné. Horrifié. Détruit par les propos tenus. Une première larme a perlé sur ma joue. Puis une deuxième. Et le discours continuait. "Ca devrait être interdit", "C'est dégueulasse", "Comment c'est possible ?", "Tous des…" et j'ai claqué ma porte. Marre.

Il est 21h32, et le temps reste trop long, comme s'il voulait faire s'éterniser ma douleur. Comment est ce qu'ils peuvent se permettre de juger ? Comment peut-on faire des reproches à ce qu'on ne connaît pas ? Car oui, c'est facile de dire n'importe quoi sur Ca. Très facile. Trop peut-être. Si jamais quelqu'un lis ce texte, je mettrai ma main à couper qu'il a déjà fait au moins une réflexion la dessus. Si ce n'est plus.

Il est 21h34 et je me demande comment je dois réagir. Combattre ? Je n'en ai jamais eu la force. Vivre… ou mourir pour un père qui ne vous aime que parce qu'il est dans l'ignorance ? Peu importe… Quoique non, ça ferait plaisir à trop de gens. Alors, rester la tête droite et haute. Sécher mes larmes (pas encore, c'est trop dur), et quand ma mère viendra me dire comme chaque soir qu'il faut dormir car il est 23h54, sourire. Comme d'habitude. Puis refermer la porte de ma chambre car elle aura oublié. Comme d'habitude. Ne pas changer. Rester différent.

Il es 21h39 et ma mémoire ce remet en marche… Je ne suis pas seul, et les ennemis non plus. Il n'y a pas que mon père qui veut me tuer… Il n'y a pas que moi qu'il faut tuer. Au lycée, plein de gens critique quelqu'un sans le connaître, en lui attribuant des mimiques et des fantasmes immondes. Qu'a-t-il fait ? Rien. Ou bien nous sommes tous deux coupable du même crime. Sans en avoir conscience. Même l'un de mes amis a voulu nous couper les c…lles dans une de ses phrases à méchancetés gratuites. Pourquoi tant de haine et de violence ? Ca n'en vaut pas la peine…

Il est 21h46 et je réfléchis, au travers de mon brouillard lacrymal. Mais… C'est vrai. Je suis bête et utopiste (pléonasme). Comment arrive-t-on à parvenir dans cet état ? Pourquoi d'ailleurs ? Est-ce que c'est mieux ? Impossible, ça ne peut être que pire vu ce qu'en disent les bonnes gens bien pensant… Et si c'est pire, alors pourquoi ? Peut-on en déduire que ce n'est pas un choix, mais une obligation ? Comme si on essayait de dire pourquoi on préfère les épinards aux pâtes. Comme si on expliquait pourquoi on préfère le rose au bleu. C'est impossible…

Il est 21h54 et je commence à ne plus aller bien du tout. Je commence à philosopher. Est-ce que je suis normal ? Non, mieux… Mais où est la normalité ? Qui peut oser faire croire qu'il détient la solution sur ce qu'on doit penser là-dessus ? Pourquoi est ce autant réprimandé par la société, alors que les statistiques de Kinsey et de Hite indiquent qu'environ 10% des hommes sont comme moi ?

Il est 21h58 et je me rends compte d'une chose. Capitale. Importante. J'ai oublié de dire ce quoi on m'accuse. J'aurais pu être noir, mais ma famille n'aurait rien dit. Serais je alors… handicapé ? Non, on ne veut pas les couper à un handicapé, il est déjà assez mal en point comme ça. Alors vous ne trouvez pas ?

Homosexuel. Juste homosexuel.[/i]





Articles lis

Mes pas dans ceux de mon père
Le temps qu'il faut parfois pour construire une relation père-fils.
par Levitz le 31 Mars 2012 dans Ta vie / Expériences vécues
(2 mots cls identiques)

Je sais qu'ils savent
Je me décide enfin à poster l'histoire de mon coming-out quelque peu original. En effet, mes parents ne l'ont pas su de moi, et ils m'ont caché le fait qu'ils savent. Mais quand j'ai su qu`ils savaient, j'ai caché le fait que je savais qu'ils savaient...
par Rakanishu le 14 Août 2006 dans Ta vie / Coming-out
(2 mots cls identiques)
 Creative Commons License Ce/tte cration est mis/e disposition sous un contrat Creative Commons.
Photos principales: stock.xchng et iStockphoto. CNIL n1104460. Contact: .