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Se reconstruire Homo
par zphyr le 22 Février 2009 dans Ta vie / Expériences vécues
23 commentaires


Tentative d'identification d'un phénomène étrange auquel je suis confronté depuis bientôt cinq ans : la reconstruction de mon identité. Après presque quarante années d'hétéronorme, la voilà "homo" et sans norme, une belle aventure.

Il est un phénomène étrange, quand on découvre son homosexualité tardivement. On pourra m’objecter que se découvrir homosexuel à presque 40 ans est en soi un phénomène étrange.
Comment la force du social de cette hétéronormalisation est-elle aussi puissante? Comment peut-elle presser l’individu jusqu’à rentrer au plus profond de lui une part si essentielle, si importante de sa personnalité qu’est sa sexualité? Pourquoi la société occidentale (comme tant d’autres sociétés « modernes ») a-t-elle bloqué l’altérité des orientations sexuelles et affectives quand ces dernières ne menaçaient en rien la construction familiale dominante?
Mais quel brûlot est-ce donc qu’être homosexuel, bisexuel, transsexuel?

La voie ouverte vers le refus d’obéir aux dogmes quels qu’ils soient, peut-être…

Toujours est-il que je me retrouve avec ce parcours étrange : pas loin de quarante ans de vie « hétérosexuelle » puis depuis bientôt cinq ans, une vie « homosexuelle » qui semble mieux me convenir. Cela pourrait s’expliquer aussi par une sexualité hésitante ou cumularde, qui même tronquée, étouffée à moitié a pu me satisfaire toutes ces années. En approchant du demi-siècle, j’ai fait le bilan en tant qu’homme de mon vécu, de mes aventures, de mes amours et de mes manques dans les relations hétérosexuels, et la barrière est tombée d’elle-même : J’ai une forte attirance pour les hommes. J’aime être dans les bras d’un homme, je m’y sens parfaitement bien, entre connivence, chaleur, refuge et énergie. La certitude de s’épanouir dans une relation avec celui qui est fait comme moi. Identique et différent.
Les verrous du tabou ont sauté et je me sens libéré ; libre de répondre à la séduction, l’attirance ou la pulsion amoureuse que je ressens au plus profond de moi, libre de vivre des émotions plus fortes encore que celles d’avant, celles issues du monde hétéronormé.

Les premières années, on s’en tient là, absorbé par l’exploration de sa sexualité « homo » restée adolescente et activé à la faire grandir. Le nez dans le guidon, si l’on peut dire, on ne prête pas attention à d’autres métamorphoses plus discrètes qui opèrent également plus lentement.

Et je reviens au phénomène posé au début : nouvellement homo, on rencontre tout un tas de changements et d’épreuves parce qu’on n’est plus dans le flot dominant, la mouvance d’évènements relationnels connus, identifiés et prévisibles. Tout à coup, on avance sans garde-fou, et en affrontant le regard des autres, on se sent différent. Différents, nous le sommes tous (chaque être est unique), mais cette différence-là concerne tout notre être puisque à l’intérieur d’un des clivages essentiels du fonctionnement humain, on se retrouve à marcher à contre-courant ! Sans le vouloir le moins du monde, nous existons contre une logique préétablie depuis des siècles. Alors, on s’expose à la désapprobation, au mieux à l’incompréhension, et le regard des autres, des « normaux », devient un enjeu existentiel. Le désormais inévitable coming-out taraude chacun de nous comme une épreuve nécessaire à la réintégration dans la société des hommes.

C’est ainsi que mon image de papa tranquille et sympathique, puis divorcé s’est effondrée par le simple fait d’aimer et de vivre avec un homme. Dans cette chute, tout un tas de morceaux de moi s’est précipité parterre et je me suis retrouvé comme nu, devant ce mur lentement assemblé autour d’une fissure et tout à coup écroulé, éparpillé, à reconstruire.
J’avais assemblé mon existence sur des bases erronées et il me faut me reconstruire, me reconstruire « homo ». Ce faisant je me rends compte que pas un seul élément n’est resté intact, que tout est à recomposer autrement, mieux sans doute, de façon plus évidente.
Le vertige éprouvé ne vient pas de ce nouvel effort de tout reprendre, car il s’avère beaucoup plus simple de se construire à partir de ce qu’on est vraiment, mais plutôt le grand vide (mais également l’incroyable et parfois inquiétante liberté) dans lequel j’évolue : Plus de chemin tracé, plus de positionnement avec ou contre ce qu’il se pratique puisque ma vie ne se pratique plus, n’est plus dans le faisceau immense des gens, elle a pris une voie non affectée et avance sans plus de guide ni d’autre obligation que d’être juste. Juste avec moi, juste avec les autres. Quel intérêt y aurait-il à faire semblant désormais, puisque jamais je ne serai considéré comme faisant parti du tout. Ça ne m’effleure même pas l’esprit, j’avance, comme je sens qu’il faut que j’avance, cela me rend fort et aventureux, c’est parfois délicieux, sur la petite route qui borde l’autoroute. Et les usagers me regardent parfois, étonnés ou amusés sans trop comprendre que je ne peux plus participer à certaines de leurs peurs, de leurs tribulations ; et quand nous nous rencontrons enfin sur des valeurs humaines (et pas doctrinales) nous échangeons avec encore plus de gourmandise et de passion.

Je me reconstruis Homo, je ne pensais pas cette aventure aussi radicale, mais aussi troublante soit-elle, elle me transcende et m’oriente vers le meilleur de moi, mon essentiel.




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