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La peur
par spécimen le 17 Janvier 2009 dans Ta vie / Expériences vécues
14 commentaires


ou comment s’empêcher de vivre sur la base de sentiments et/ou réactions, pour la plupart, totalement irrationnels.

Je n’avais pas prévu de rédiger un article sur ce thème précis au sein de la « trilogie » que j’avais imaginée pour "Et Alors" dans le déchiffrage du cheminement que je poursuis depuis plus d’un an. Cet aspect de ma personnalité revient pourtant régulièrement à la charge dans mon esprit. En effet, il s’agit d’une donnée importante de ma vie la peur. Et c’est à la suite d’une longue discussion avec un ami au téléphone ce soir, qui m’a décidé de formaliser tout ce que j’ai en tête sur ce terme générique depuis quelque semaines déjà.

La peur c’est un sentiment que tout être humain a connu, ressenti, traversé, subi au moins une fois dans sa vie. C’est un concept certainement très anthropomorphique la peur. Mais je suis persuadé que tout être vivant sur Terre connaît ou a connu cet état. Il revêt sans doute différente forme selon le degré d’intelligence, ou plutôt de complexité de l’être vivant qui y est soumis. On parlera alors d’instinct de survie, de stress. Mais le dénominateur commun restera toujours la réponse à une agression externe. Il s’agit d’une sorte de réflexe de défense, une réponse à un stimulus externe qui induira une modification de la physiologie de la créature vivante qui en est victime.

Je ne vais pas tourner autour du pot comme je vous ai donné l’habitude jusqu’à maintenant. J’ai peur de tout en fait. J’ai peur de l’eau froide, j’ai peur d’une lumière trop vive, j’ai peur de la foule, j’ai peur du bruit, j’ai peur de l’autre, j’ai peur de l’imprévisibilité, j’ai peur de la chaleur, j’ai peur du contact physique, j’ai peur de certaines odeurs, j’ai peur du café, j’ai peur du caramel, j’ai peur du latex, j’ai peur de certains shampoings ou de certains savons, j’ai peur du poivre, j’ai peur du sel, j’ai peur du coca cola, j’ai peur de la pauvreté, j’ai peur de l’agression, j’ai peur de la vieillesse, j’ai peur des abeilles, j’ai peur de l’abandon, j’ai peur de mes réactions, j’ai peur du crépis qui blesse, j’ai peur du tabac, j’ai peur d’un refus, j’ai peur d’un échec, j’ai peur d’une mauvais décision, j’ai peur d’une séparation, j’ai peur d’être triste, j’ai peur de souffrir, j’ai peur d’avoir peur même ! Un comble !

Encore une fois, je suis persuadé que vous qui me lisez à présent, avez déjà eu peur de quelque chose, d’un danger, d’une araignée, de quelque chose de factuel et/ou objectif etc… ou même (je le sais pour avoir échangé avec certains d’entre vous) vous connaissez les mêmes peurs dont je viens de dresser une liste loin d’être exhaustive. En revanche, je n’ai pas peur de la vitesse, je n’ai pas peur du verglas, je n’ai pas peur d’une pente à ski de plus de 45°, je n’ai pas peur d’un couloir à escalader de plus de 50°, je n’ai pas peur des avalanches etc... Alors que pourtant le danger est réel, et que certains d’entre vous n’oseraient même pas imaginer par vertige ou par méconnaissance !

Cette peur qui est liée au danger, je dirais ; pardon j’écrirais ; qu’elle est saine. Elle est saine puisque c’est elle qui assure la survie de la personne qui est soumise à cette peur. C’est elle qui empêchera de se confronter au danger potentiellement mortel. D’ailleurs une majorité de la population ne fait pas ce que font une poignée de sportifs extrêmes comme traverser la Manche à la nage, l’Arctique à pied, la traversée du monde en solitaire à la voile etc… (moi non plus rassurez-vous) Et pourtant, cette peur là, cette peur qui prévient de la mort, cette peur est largement domptable par la maîtrise de son propre corps, par la connaissance parfaite et précise de ses propres limites organiques. Cette peur est surmontable par l’entrainement, par l’expérience, par l’échec. Cette peur est domptable parce qu’elle peut aussi de compenser un vide, une détresse, un manque, un déchirement incommensurable que la vie de tous les jours rappelle trop cruellement à l’esprit. Cela peut être une passion également tout simplement. Le fait de se surpasser, d’aller toujours plus loin, plus haut, plus fort, plus extrême, anesthésie considérablement le drame et/ou une fêlure quotidiens qui nous assaillent. Un peu comme une drogue, un mauvais joint, d’alcool délétère, se lancer dans des choses impossibles, impensables, inimaginables pour le commun des mortels permet d’oublier. Et à l’instar d’une drogue, d’un mauvais joint, d’alcool délétère, l’atterrissage, la gueule de bois, le cuvage en sont d’autant plus pénibles et douloureux à supporter. Et l’on en devient dépendant. Cela devient vital. Bref, c’est une façon d’oublier, de décompresser, de désamorcer, de mieux supporter et/ou résister aux assauts négatifs qui nous poursuivent. A titre personnel, si pendant presque 5 ans, j’ai vécu et pratiqué un sport aussi dangereux, c’était clairement pour surmonter mon hypersensibilité et surmonter ces grosses crises d’angoisses et suicidaires liées à l’homosexualité. Un peu comme ce montagnard extraordinaire qu’est M. BATARD, incroyable alpiniste atypique dont je recommande la lecture de son 2ème livre « la sortie des cimes » aux passionnés de montagnes. Je n’ai pas la prétention d’être à son niveau, loin de là. Mais je me reconnais dans son cheminement pour avoir suivi le même à une bien plus infime échelle par rapport aux exploits qu’il a relevés et réalisés pendant 40 ans. Bref on fuit.

Mais en parallèle, je vis toutes ces petites peurs quotidiennes qui, mises bout à bout, rendent la vie insupportable, difficile, pesante, usante, fatigante, stressante, monopolisante, voire impossible même ! Ce n’est pas pour rien qu’à l’âge de 34 ans je suis toujours vierge, je suis incapable d’avoir une relation humaine « normale », je n’ai jamais fait de câlin même à mes propres parents, personne, j’écris bien personne ne m’a encore touché en dehors de la poignée de mains standard, je n’ai jamais embrassé quelqu’un sur la bouche etc…
Mises bout à bout, je réalise en fin de compte que ces peurs constituent un frein considérable au déroulement normal, habituel et classique de tout être vivant que je peux être amené à côtoyer dans ma vie de tous les jours ! Pour vous c’est anodin tout cela, c’est classique, c’est banal !

Il faut bien réaliser que ce sont des peurs qui me tordent les viscères, qui m’empêchent de manger, qui me font somatiser quand elles sont poussées à l’extrême (déformation de la voix, eczéma, stress), qui me font avoir des sueurs froides, qui me font paniquer. Il s’agit d’un réflexe, d’une réaction purement incoercibles (le fameux instinct de survie cité en introduction), purement immaîtrisable. Ou alors au prix d’un effort impitoyable ou d’un exercice de relaxation comme la respiration. Il s’agit de peurs qui me font perdre totalement pied, qui me font perdre toute raison gardée, qui me font perdre toute rationalité, toute objectivité. Pour raccourcir, ce sont des peurs qui déstabilisent, qui rendent instables, qui sapent toute construction mentale cohérente. Ce sont des peurs, que je réalise à présent totalement et purement irrationnelles, nulles, incompréhensibles. Ce sont des peurs handicapantes, traumatisantes, insolentes ! Ce sont des peurs que je considère maintenant intolérables pour tout ce qu’elles m’ont empêché, pour tout ce qu’elles m’ont privé de faire, de commettre ou de concrétiser dans cette vie de merde que j’ai !

Le plus insupportable dans cette histoire, c’est que les peurs dont je vous parle depuis le début, sont des peurs que la plupart d’entre vous ne connaissez pas ! Pour vous c’est tellement anodin de demander à quelqu’un l’heure, de demander un service à quelqu’un, de dire bonjour, de vous présenter, de sourire à quelqu’un, d’affronter le froid, d’affronter le soleil, de vous doucher, d’aller en concert, d’aller dans la foule, dans un grand magasin pour les soldes, de séduire quelqu’un, de reconnaître qu’untel ou untel vous plaît, d’avoir envie d’aller vers quelqu’un, de lui parler spontanément, de manger ou boire n’importe quoi, d’acheter n’importe quel dentifrice etc…

Alors, je dois être tout de même honnête avec vous. Certaines de ces peurs sont tout de même sensées, car liées à de trop nombreuses allergies et/ou sensibilités. Mais il y a des peurs qui sont complètement folles.

Avec la nouvelle année, j’ai entrepris de lister les peurs fondées et les peurs qui m’empêchent concrètement de vivre dans la vraie vie. En séparant ainsi le grain de l’ivraie, je veux, à dose homéopathique au départ, essayer de vivre comme les autres. Je souhaite m’affranchir de ces peurs. J’ai envie d’essayer, de tenter ce que j’ai toujours refusé de faire ou d’entreprendre par peur. J’ai envie de lâcher prise sur mon environnement, j’ai envie d’essayer l’inconnu, le néant (enfin ce que je considère comme l’inconnu et le néant…), j’ai envie de réellement m’écorcher, même si je sais pertinemment que si je me plante, que si je me trompe, que si je me vautre, cela va faire mal, très mal. Mais c’est vrai, je dois reconnaître aujourd’hui que je n’ai jamais essayé, je n’ai jamais rien fait, pour aujourd’hui en arriver là, où j’en suis !
J’ai envie d’éprouver, de ressentir à partir d’éléments autres qu’une musique vibrante, qu’un son émouvant, qu’une vision saisissante, qu’une odeur enivrante. Bref, j’ai envie de profiter de mes sens exacerbés, mais autrement que par des stimuli inertes/impersonnels. Oui, je souhaite ressentir des choses humaines comme l’affection, comme le contact. Un câlin, bordel depuis le temps que j’en rêve, cela en devient même un fantasme ! Je ne sais pas comment ça fait, mais j’ai envie moi aussi d’y goûter. Toucher la surface cirée d’une feuille de buis ou d’un troène c’est quelque chose d’irrésistible. Mais se faire toucher, se faire caresser comme je caresse du creux de la main une touffe d’herbes, je crois, je devine, cela doit être trop bon.
Enfin à vous lire, à moins que vous ne mentiez de façon éhontée, j’ai le sentiment qu’il doit s’agir de quelque chose d’indescriptible. L’effleurement d’un cil sur la surface fine de la lèvre inférieure est une expérience qui me transporte. J’ose à peine imaginer ce que pourrait procurer le même type de contact avec une autre surface fine d’une autre lèvre ! Aujourd’hui, c’est de l’ordre de l’imaginaire ce que je tente de vous décrire, de traduire à la rédaction de ces quelques lignes. Mais il faut bien penser d’où je viens ! Il y a encore une semaine, cela m’aurait donné des frissons de torpeur, d’effroi ce que je suis en train d’écrire, de penser, d’imaginer, de fantasmer là !

Voilà j’ai envie. Je ne sais pas si pour autant je vais pouvoir le faire, pouvoir le réaliser. Car l’envie n’a jamais donné des ailes. Et pour être honnête avec vous (ceux qui ont eu le courage de lire jusqu’à ces lignes), j’ai peur (sic !) de me laisser aller, j’ai peur de faire confiance à l’autre pour entreprendre, pour tenter, pour essayer ce que je viens de vous exposer. Pour au moins faire le premier pas, pour au moins faire la démarche.
Parce qu’en conclusion, il s’agit bien de confiance finalement. Suis-je réellement prêt à faire confiance à quelqu’un pour pouvoir me prêter à ces envie, alors que je ne fais même pas confiance à moi-même ?!
Raaagh, que la vie est compliquée en fait !




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