Homo, bi, trans, hétéro,


Une autre vision du monde LGBT.
Moins de préjugés, plus d'information.
  Articles

Ta vie
  Coming-out
  Expériences vécues

Infos, conseils
  Coming-out
  Réflexions, Conseils
  Homoparentalité
  Santé et prévention
  Dépression, suicide

News
  Général
  Et-alors
  Edito et-aloriens

Sorties
  mEAtings
  Boites
  Bars
  Assos
  Gay Pride

Art et Culture
  Ciné, DVD
  Livres
  Musique
  Cuisine
  Divers

Humour
  Electrolook
  Guide du tchat gay
  Guide de la Vie Gay
  Divers

De la pastèque, sans oublier les mûres.
par zphyr le 2 Octobre 2008 dans Ta vie / Expériences vécues
14 commentaires


Comment de bêtes fruits nous renvoient une bien bonne leçon de savoir-vivre.

[img][/img]
Une pastèque c’est bête! Sur l’étal, on dirait un gros œuf de pâques même pas mûr.
Le vert est criard ou wagon suivant le hasard, et cette peau trop dure et trop tendue qui empêche d’apercevoir la moindre chair.
C’est trop gros, et on est loin de la sensualité duveteuse de la pêche, ou la promesse juteuse de la poire.
Pendant des années, je suis passé à côté de ces gros fruits fades en les méprisant du regard. Mais qu’est-ce qu’on leur trouve de si intéressant pour les importer des pays chauds jusque dans mon quotidien. ?

Et puis un jour, après un bon déjeuner, mon ami peintre me sort comme tout dessert une énorme pastèque. Pour deux. Et c’est tout.
Devant mon effarement il me dit : « toi, tu n’a jamais entendu craquer une pastèque » !
Quand mon ami qui lit au fond des gens sort ce genre de phrase, je sais qu’un pan de l’existence va m’être révélé.
Il coupe la musique que nous écoutions distraitement et attrape le fruit.
« Regarde, cette surface lisse et dure. Quelle protection pour qui ne fait que passer ! Vert comme pas mûre, dure comme pas mangeable… mais écoute… »
Et il soulève doucement la masse, et la laisse retomber sur la table. Le son est très surprenant : cela résonne, comme dans une grotte mystérieuse…
« Maintenant fais bien attention ! » il sort son couteau de sa poche, vérifie l’affutage par acquis de conscience, puis attrape le fruit. Il le tourne lentement, cherchant l’endroit le plus tendu de cette peau sans aspérité. D’un geste précis, il entre son couteau jusqu’au cœur, et pivote autour du centre en coupant en deux morceaux le ballon. Il prend un temps infini, pour bien faire sonner la chair, en me regardant, comme le ferait un violoniste en train de jouer.
Ce bruit est unique. Comme une libération de la pulpe, cette cassure sèche, enrobée de minuscules claquement de flaque.
Et le rouge qui se dévoile, lentement aussi.
La pastèque si guindée une seconde avant, s’abandonne à nous dans une abondance soudaine.
Une invitation à la chair comme je n’en ai jamais vécue ! Tout à coup, mes papilles s’affolent à l’idée de ce jus enfin libéré, de ce sucre si bien gardé qui s’offre généreusement.

Ce jour là, je crois que j’ai effleuré la structure du monde.

J’avais oublié cet épisode important, bien rangé dans ma mémoire, jusqu’à ce jour de cueillette de mûres, il y a une semaine.

La mûre est un fruit engageant, pulpeux, gorgé de jus qui va nous teinter les doigts d’une encre de sucre. Perdu dans une perspective de confiture, on tend la main et scratch !! Une épine nous lacère la main. Car voilà, la mûre pousse sur la ronce. Cette plante envahissante et agressive, c’est elle qui produit cette perle de douceur juteuse. Alors on serpente entre les milles dangers des branches épineuses et on obtient enfin la petite grappe où chaque grain en claquant sur la langue libère ce parfum douceâtre, excité ça et là par une pointe d’acidité.

Lisse et plate, ou qui nous déchire et nous fait saigner : le parallèle s’impose en ces temps compliqués où on se goure de priorité. La vie est pastèque et mûre. Si l’on prend le temps de la considérer, d’éviter ou de passer outre les souffrances qu’elle nous occasionne, la vie devient une pulpe qui éclate sur les papilles et nous offre un univers de jouissance.
Oui, mais faut pas croire : je ne regarde pas la vie de mon cocon de bisounours. La souffrance, je connais, comme tout le monde, je pense. La mort, je l’ai contemplée. Dans ma famille et chez des inconnus. Je connais son parfum âcre et tenace qui vous poursuit jusque dans votre lit.
Et le plus dur : la perte de dignité, d’humanité. Le pire de l’horreur où il n’y a plus de mots pour ça.

Toutes ces expériences, des épines qui restent parfois définitivement dans la chair meurtrie, m’ont toujours inciter à aller cueillir des mûres encore plus loin, à faire craquer des pastèques encore plus dure, plus verte.

Mes amis, profitez, jouissez, faites jouir la vie !! Ne la laisser pas lisse et dure, ouvrez-la malgré les épines… Tout peut contenir le nectar divin : un rayon de soleil, un sourire dans la rue, ou le câlin de notre amour…
Et quand on parvient à faire tinter les harmonies cachées, on se retrouve ébloui et porté par un élan de vie d’une puissance prodigieuse. Aimez la vie, jouez avec elle, caressez-là, elle vous révélera ! Vous serez heureux, à cet instant précis et précieux.

Et s’il vous arrive de trébucher ou de plonger, raccrochez-vous à la moindre particule de pulpe qui se cache juste devant vous et qui ne manquera pas de vous remonter. Juste un petit peu, mais en progressant de grain en grain, la même vie qui vous a terrassé, vous berce alors de jus sucré gorgé de vitamine. Oui, la vie, c’est assez bien foutue, quand j’y pense…




 Creative Commons License Ce/tte cration est mis/e disposition sous un contrat Creative Commons.
Photos principales: stock.xchng et iStockphoto. CNIL n1104460. Contact: .