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La Renarde et le Petit Prince.
par ExMembre10 le 14 Juin 2008 dans Ta vie / Expériences vécues
60 commentaires


Je vous avais promis d'expliquer mon histoire bizarre: la voici.

Il y a parfois des rencontres qui vous changent totalement. De celles les plus improbables, les plus étranges. Rares sont les moments où l'on peut dire avoir « rencontré quelqu'un ». Où l'on ne croise pas un autre masque, bien caché derrière son propre déguisement, mais où on se retrouve face à face avec une autre humanité. Cette rencontre, je l'ai faite, contre mon gré.

Tout a commencé à une soirée. Il y' a longtemps déjà. Je servais derrière le bar de mon association étudiante, bondissant au rythme de la musique. Un homme s'est installé au comptoir. On parlait un peu. Je ne me rappelle même plus ce que nous avons pu dire, durant les deux heures où il est resté là. Je me rappelle juste l'avoir trouvé étrange. Certains de mes amis sont allé le saluer, lui disant « monsieur ». C'était leur enseignant. Puis, j'ai pensé à autre chose. Il n'est plus venu pendant longtemps, et quand il est revenu, pour moi, c'était le prof bizarre, rien de plus.
Moi, de mon côté, je dérivais tranquillement. Je pleurais d'avoir été si blessée par une remarque de mon maitre de stage, je pleurais d'avoir été ivre au point de coucher avec mon meilleur ami alors que j'étais lesbienne, d'en avoir eu mal, d'avoir eu peur, et d'entendre ensuite ce gamin m'affirmer que si saoul je m'étais laissé faire, c'est que je n'étais pas lesbienne, qu'il m'avait rendue bi ou hétéro, qu'il n'y avait pas de mal, puisqu'on s'était fait plaisir. Alors que je n'avais eu aucun plaisir, juste de la douleur et du dégout. Et juste le gout amer de la trahison, lorsque celui qui est censé t’empêcher de faire des bêtises lorsque tu es en faiblesse est celui qui au contraire en profite. Je m’enfonçais donc dans une errance bien sympathique, dans une errance où j'avais décidé que la vie ne comportait que des chasseurs, et des éleveurs de poule. Et où moi, Renarde, je devais éviter les chasseurs et duper les éleveurs, mais surtout, surtout, ne jamais accorder ma confiance à quiconque. Et je buvais, et je fumais, et j'allais seule parfois dans des bars la nuit, passer un peu de Gin sur mes douleurs comme on passe un baume, un baume qui brule et qui aliène.

Et puis... et puis je ne sais trop ce qui a fait ressurgir cet homme dans ma vie. Il allait souvent dans cette cafet’ où je servais. Il voulait m'empêcher de fumer, et me faisait des prises pour voler et détruire mes cigarettes. C'est vite devenu une habitude. Dès qu'il était là, on commençait à se battre, il me bloquait contre lui, et prenait mes cigarettes. Puis on allait se moquer ensemble des mauvais joueurs de billards. À midi, j'avais prit l'habitude de le chercher des yeux, et j'étais moins heureuse lorsque je ne le trouvais pas. Mais je n'ai pas pris garde. Je pensais à cette étudiante en art qui me plaisait tant. Je pensais à ces femmes qui me font vibrer aux petites rousses pour qui je me damnerais, aux charmantes brunes qui attirent mon regard, aux petites blondes qui me donnent envie de les embrasser, au yeux des jolies asiatiques, aux minces, aux plantureuses.
Esthétiquement, je savais enfin ce qui me plaisait – je l'avais enfin accepté, malgré mon entourage qui ne comprenait pas toujours, malgré les codes, les normes que j'avais du combattre. Ce qui suscite chez moi du désir, ce sont les femmes, même si cela ne se fait pas. Ce sont sur elles sur qui se posent mes yeux . Et je suis incapable de désirer un homme. Oh, des petits amis, j'en ai eu. Pas forcement laid, qui plus est. Mais je ne les désirais pas, leurs baisers me lassaient, leurs étreintes m'agaçaient.
Lesbienne. Combien d'années m'avait il fallut pour oser prononcer ce mot, sans honte, sans fierté, me l'attribuer? Combien d'années?

Cet homme étrange, de 8 ans mon ainé, qui ne m'attirait pas, que j'étais la seule à tutoyer, ne l'ayant jamais eu en cours et ne pouvant jamais l’avoir en tant qu’enseignant. C'était un ami, avec qui je me battais pour rire, avec qui je riais, et que je cherchais des yeux lorsqu'il n'était pas là.




Sont venues les vacances. Deux semaines. La première semaine, la cafétéria était fermée. La seconde, je n'avais pas cours, mais j'avais décidé de retourner dans la ville où j'étudie pour y passer du temps. Et la première semaine de vacances, chez mon père... rarement j'ai passé de semaines plus éprouvantes. Je pensais à lui. Il me manquait. Comme un vide dans ma chair. Et pourtant... pas de désir. Non. Mais son absence me rendait malade. Je n'avais aucun moyen de le contacter: nous nous voyions chaque jour, à la même heure, à la cafet', mais je n'avais aucun moyen de le contacter. Cette semaine fut interminable. J'avais l'espoir de le revoir le lundi suivant.
Combien de temps ai-je passé à me torturer l'esprit cette semaine là! Comment pouvais-je faire? Qu'allai-je faire? Tenter de le séduire, alors que je ne pouvais le désirer? L'oublier? était-ce de l'amour, platonique? Comment peut on être platonique à vingt ans?
J'ai fêté mes vingt ans le dernier jour de l'attente. Je suis retournée le lendemain dans cette ville, sans solution, espérant qu'en le revoyant je saurais quoi faire. Promettant à ceux à qui j'avais demandé conseil de lui parler. Alors que je ne savais même pas ce que j'étais pour lui. Alors que je ne savais même pas si lui même était attiré par les hommes ou les femmes... car oui, pour couronner le tout, personnes ne réussissait à savoir, des rumeurs et des paris courraient, des amies au Gaydar sûr le disaient gay... et m'en avaient persuadé. C'était sûr: Dieu existait, et Il se moquait de moi, Il me punissait de trop de blasphèmes, de trop de Cartésianisme, de prêcher Son inexistence...


Lundi est venu. Je l'ai attendu toute la journée. Il n'est pas venu. Mes amis me regardaient, mais ne voyaient pas mon malaise, ils ne se rendaient pas compte que quelque chose clochait, que j'étais comme absente. Comme ces jours où rien ne va, et qu'un ami vient vous demander des nouvelles, et fait semblant de croire nos mensonge quand on dit que tout va bien. Ce même sentiment d'insoluble solitude me prenait alors. Et mes amis m'ont offert à boire. Et m'ont offert de les rejoindre au soir, baiser. Déjà saoule, les larmes sur le point de poindre, je suis allé chez d'autres amis. Et j'ai pleuré. Je ne savais pas quoi faire. Chez eux, j'ai cherché sur Internet son numéro. Je l'ai trouvé, envoyé un message anodin, auquel il n'a pas répondu.
Cette semaine là, j'ai bu. J'ai fumé. J'ai baisé. J'ai attendu. Et il n'est pas venu. Et vendredi, un message. Il me disait ne pas être cette semaine dans cette ville, et s'en excusait. Il ne s'étonnait pas du fait que j'ai eu son numéro.

Et le lundi suivant est arrivé. Et il était là. Et nous avons commencé à parler de tout et de rien. On a parlé de nos ex. Il n'était donc pas gay. Et jamais une hétérosexualité ne m'a autant réjouis. Et nous avons mangé ensemble. Et nous avons parlé. Nous voyions le monde de la même manière, avec la même logique. Avions eu les mêmes lectures, la même « formation de l'esprit ». C'est étrange de parler avec quelqu'un qui raisonne de la même manière que soi. Les phrases n'ont pas toujours besoin d'être finies, les regards suffisent souvent... je n'avais jamais vécu cela avant.

Bien entendu, enthousiasmée et ébahie de cette rencontre, je ne lui ai pas parlé du trouble que j'éprouvais avec lui.
Nous nous sommes vus de plus en plus en dehors de cette cafétéria. Nous sommes devenus de plus en plus complices – élaborant des plans que la morale réprouverait pour rendre les gens de ce lieu plus ouvert, moins normatif. Entre autre, il devait séduire et coucher avec un des garçons de ce lieu, que nous pensions homo refoulé.
Complices...

Un jour, après une soirée, un ami saoul nous a demandé si nous étions ensemble. Et, sous son initiative, le jeu a prit une tournure encore plus complexe: nos attitudes étaient déjà extrêmement ambigües, mais il voulait pousser le trait: leur faire croire que nous étions ensemble, puis, une fois qu'ils en seraient tous persuadé, venir lui aux bras d'un homme, moi d'une femme, pour semer le trouble, briser les cases. J'ai accepté. L'ambigüité est devenue extrême dans ce jeu.
Mais le jeu a déteint. Nous nous voyions chaque soir. Nous marchions et parlions des heures durant. Et, toujours, vers la fin de la soirée, alors qu'il n'était pas nécessaire d'avoir ces gestes, alors que personne n'était là pour nous voir, cette fois, nous finissions tête contre tête, ou moi dans ses bras, lui me caressant les cheveux, parfois les mains se joignaient, souvent les yeux se souriaient. Et chaque soir, nous nous voyions. Le jour, dans la cafétéria, d'aucun s'étaient rendu compte que j'étais chatouilleuse, et me martyrisaient. Lui aussi jouait, sauf que ses mains à lui prodiguaient des caresses, l'air de rien.
Je ne savais toujours pas quoi faire. Chaque week end, il repartait, et c’était un déchirement. Je ne le désirais pas. Pourtant, ses caresses déguisées m'excitaient d'une façon intenable. Pourtant, je devais bien l'admettre, je l'aimais.
La Renarde s'était faite apprivoisée sans le vouloir par un petit prince plus proche des nobles de Machiavel que de ceux de St Exupéry.

La Renarde est lesbienne, si on suit les cases. Par défaut, elle désire les corps de femmes. Mais la Renarde sait maintenant que cela ne compte pas. Qu’on n’aime pas un corps. Qu'on aime un regard, des gestes, des rires, qu'on aime l'humain étrange et complexe qui se cache derrière. Et qui parfois ne se cache pas, qui parfois nous déniche dans notre coquille, brise nos protections, brise nos croyances, nous débusque, et qui au moment où nous sommes à nu, sans armure, sans aucune protection, au lieu de porter un coup porte une caresse. La Renarde aime un homme. Elle ne se questionne plus sur ses désir: elle ne désire pas son corps, mais elle n'aura aucun dégout, aucune répugnance, à faire l'amour avec l'Humain. Elle désirera lui offrir du plaisir, elle en tirera elle même du plaisir. Et après tout, qui a dit qu'un couple devait être exclusif? Si le corps d'une femme lui manque trop, elle pourra très bien faire un encart, avec ou sans lui.

Et la Renarde est jalouse. Jalouse de voir le « défi » lancé se transformer à ses dépends. De voir qu'il a déniché derrière le garçon qui devait être sa victime un être humain de valeur, jalouse qu'il ait fait une autre rencontre humaine. Jalouse quand il lui a dit qu'il est hétéro, mais que si ce garçon le draguait vraiment il finirait sérieusement avec lui. Elle n'a pas peur qu'il lui fasse l'amour – qu'importent les corps – elle a peur qu'il l'aime. Comme si c'était deux ou rien, alors que non, ce n'est pas deux ou rien, le cœur, et elle le sait.
Pourtant elle ne devrait pas avoir peur, elle a réussi à tisser des liens qu'elle n'aurait jamais pensé possible. Elle a déjà fait une des plus belles rencontres possibles. Elle en est déjà devenue plus forte, plus sage, elle sait vers où avancer, il a révélé en elle qui elle était, qui elle voulait être, lui a montré qu'elle a la force de le devenir. Elle sait maintenant que dès qu'elle marchera dans sa ville, chaque rue lui rappellera un moment passé, la nuit, à parler avec lui, en se sentant plus humaine, plus complète que jamais. Elle n'oubliera jamais ce soir où en se disant au revoir, ils sont resté une longue minute, devant une porte de bar, alors que les gens de la cafétéria étaient juste à côté, visage contre visage, à un centimètre du baiser. Que tout ça a été et ne lui sera jamais volé, qu'on ne revient pas en arrière. Mais l'animal ne raisonne pas, et chaque lundi soir, alors qu'il est avec lui, elle a mal, et attend le lendemain, lorsque se sera à son tour.

Je ne sais pas comment se finira cette histoire. Mais je sais que je vis: que je connais de nouveau l'intensité d'être là, humain, respirant et vibrant, et de rencontrer un autre être humain. Je sais ce que veux dire rencontrer quelqu'un, offrir sa confiance.
Ouvrir son cœur à un gars bizarre, posé de l'autre côté du bar.





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