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Je suis si cruel?
par Benoitilt le 12 Février 2008 dans Ta vie / Expériences vécues
8 commentaires


Comment avoir peur - très jeune - de ne même pas croire en l'amour....

Si vous lisez ceci, je vous prie d'être indulgent. Le tout peut sembler un peu confus ou sans importance mais je tenais à m'exprimer....

Je crois que j'ai un problème. Un sérieux problème qui me taraude depuis plusieurs semaines mais me trotte dans la tête depuis dès mois. Il n'ira pas jusqu'à me pourrir la vie, mais à se présenter de plus en plus fréquemment, il commence réellement à m'agacer.

Je vais commencer par dire que je suis gay, ce qui n'est un secret pour personne qui me connaît.

Mon histoire commence il y a bientôt trois ans, lorsque je décide de parler de mon homosexualité à un ami proche. L'acceptation de mon entourage m'a propulsé dans un état d'euphorie sans précédent. Cette période grisante est déjà assez commune pour ces situations, alors quand on a quinze ans, on est d'autant moins sérieux.
En quelques mois je change totalement sur tous les plans. Passant d'un état de collégien de campagne abruti par les ordinateurs, peu soigneux et renfermé, à celui de jeune extraverti propre sur lui et toujours désireux de plus de sortie et de sociabilité, je me surprends moi-même.

L'arrivée au lycée se fait dans la continuité de cet été. La rencontre de mon premier petit ami quelques mois plus tard n'arrange évidemment rien à tout cela.

Pour peindre une description de moi-même à l'époque, je dirais que j'étais ni plus ni moins qu'un jeune homo pubère stupide et inconscient. Imbu de moi-même, croyant avoir des amis ici et là, je multiplie les comportements excentriques. Sans même me rendre compte de l'image que je dois faire paraître, je parle de tout et de rien, mais surtout de moi, et d'homosexualité. Une camarade à l'époque me sort qu'elle se fiche de savoir si je suis gay ou pas, de savoir si j'ai vu telle ou telle série gay, qu'elle a une amie lesbienne qui, elle, n'en fait pas tout un plat. Blessé, j'essaye de vite oublier sa remarque, et continue comme si de rien n'était. Le sentiment devait pourtant être commun autour de toi, et je ne m'en étonne pas du tout aujourd'hui.

Du côté des « amours », tout va apparemment bien. Julien est un garçon a qui je tiens énormément et avec qui je multiplie également les comportements ridicules. La niaiserie atteint souvent des sommets et nous n'hésitons pas à nous embrasser ou à nous tenir la main en pleine rue, dans le simple but -et c'est la toute la stupidité- de voir la tête des gens autour de nous, de choquer et d'embarrasser.
Dans le même temps, je ris de lui avec ma meilleure amie. Prendre la position dans ce couple de « dominant » qui utilise à son gré le « dominé » m'offre un plaisir pervers et un sentiment de supériorité réconfortant. J'ai beau être le plus niais et le plus « amoureux » des garçons quand il est là, je me moque dès qu'il a le dos tourné.

Quelques mois plus tard je me résout à quitter Julien; tant pis si cela sonne cruel mais je ne vois plus l'intérêt de ce couple dans lequel tout est acquis. J'ai dans l'esprit à la fois la culpabilité de mon comportement et l'envie de neuf, d'un autre à conquérir.

D'un côté, ceci me permet de me détacher de cette « communauté gay » que j'avais si assidûment fréquenté avec lui, et de me rendre compte qu'il s'agit avant tout d'une vaste blague, quoique moins sordide que je l'ai si souvent décrite. De ce fait, j'arrête ces attitudes ostentatoires et je ne crie plus mon homosexualité sur tous les toits.
D'un autre côté, mes relations amoureuses se confirment dans le sens où elles avaient commencées avec Julien. Prenant toujours le rôle de « dominant », je ne me satisfait que du challenge et des hommes dont je peux ouvertement rire. Encore avec mon amie, nous nous payons leur tête. Je roule des yeux à chaque SMS niais et les répliques cyniques sur l'ennui qu'ils me font vivre deviennent affaire courante.

Je dédaigne de plus en plus les situations de couples amoureux et les « conter fleurette. » Par honte ou par simple prétention, je joue à celui qui est intouchable. De surcroît, plus je me rends compte de mon comportement de « gay de service » avant la rupture avec Julien, et plus je cherche à me remettre en question et à avoir un esprit critique sur moi-même. Je me mets à systématiquement désapprouver le quelconque sentiment qui pourrait m'affaiblir, et je cherche la rationalité en tout.

Aujourd'hui je ne pense pas que cette démarche ait été une entière perte de temps. Être rationnel a beaucoup d'avantages : on sait plus facilement se remettre en cause et remettre les autres en cause quand on en a besoin. Ceci m'a permis de saisir la mesure des superstitions et des croyances répandues. Je ne vois ainsi plus les sentiments que comme de simples déclenchements d'hormones par ci et de phéromones par là. Je crois en la science et en le détachement de toute passion avant toutes choses.

Cela a néanmoins un énorme désavantage, et c'est tout ce qui m'amène à écrire ces lignes. Je ne vois plus de poésie. Je cache mes sentiments, j'ose rarement en parler et à force de rire de l'amour, je ne crois simplement plus en l'amour. Je me suis trop barricadé pour trop de sécurité, pour être infaillible, mais maintenant je ne sens plus assez d'affection, plus assez d'amour pour quiconque pourrait briguer mon coeur.

Alors je me retrouve avec cet état d'esprit schizophrène : la vie est belle, je m'en réjouis et je peux être un peu foufou, souriant et adorable avec quelqu'un une minute, puis me retrouver sérieux, triste et renfermé la seconde suivante. Ceci atteint son paroxysme quand je rencontre une personne pour la première fois. Je me cache derrière un comportement bizarre mais joyeux qui ne laisse rien filtrer : de cette manière j'appréhende l'inconnu sans avoir à me dévoiler. Et puis d'un coup je peux me retrouver en état de crise, culpabilisant pour mon attitude excentrique et épuisé par cette tension.

J'aimerai retrouver le chemin des sentiments sincères et avoués. Pouvoir me voir juste comme n'importe qui, mais j'ai peur du regard des autres. Plus que tout j'ai peur du regard de ma meilleure amie, même si ça paraît bête. Je l'aime, elle, et la connais depuis maintenant assez longtemps, elle voit mon évolution et c'est ce qui m'intimide.

A bientôt dix-huit ans, être trop sérieux, serait peut-être, certes, atteindre beaucoup de raison, mais se passer de toute passion. Je tente de m'arranger et ce texte est un premier pas vers peut-être plus de transparence. Certes, « si tu es intouchable personne ne te touchera jamais », mais je me soigne.




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