Homo, bi, trans, hétéro,


Une autre vision du monde LGBT.
Moins de préjugés, plus d'information.
  Articles

Ta vie
  Coming-out
  Expériences vécues

Infos, conseils
  Coming-out
  Réflexions, Conseils
  Homoparentalité
  Santé et prévention
  Dépression, suicide

News
  Général
  Et-alors
  Edito et-aloriens

Sorties
  mEAtings
  Boites
  Bars
  Assos
  Gay Pride

Art et Culture
  Ciné, DVD
  Livres
  Musique
  Cuisine
  Divers

Humour
  Electrolook
  Guide du tchat gay
  Guide de la Vie Gay
  Divers

Handicap et homosexualité : récit d’une double acceptation et réflexions sur un double tabou
par Pirlouit le 18 Mars 2007 dans Ta vie / Expériences vécues
24 commentaires


Flash back et monologue : de l’a découverte à l’acceptation de mon homosexualité, retour sur mon parcours, sur mes interrogations et sur mes craintes avec en arrière plan la présence d’un handicap

Remarques liminaires

J’ai longtemps hésité avant de rédiger ce texte. Etait-ce le bon moment? Mes réflexions étaient-elles pertinentes? Serais-je capable d’énoncer clairement ce que je ressens?
A vrai dire, je n’ai de réponse certaine à aucune de ces questions aujourd’hui.
Mais j’ai quand même envie de tenter de retracer le cheminement (le terme est décidément à la mode) qui a été le mien sur la voie de l’acceptation. Acceptation de quoi? Je ne le précise pas encore à dessein.
Jusqu’à présent, j’ai toujours repoussé le moment de cette introspection salutaire en arguant de mon manque d’expérience et donc, par conséquent, de recul. Comment pourrais-je parler de l’acceptation de mon homosexualité alors que j’ai le sentiment de n’être pas au bout du chemin? Ou de n’être qu’au milieu du gué si vous préférez. Puis-je parler de mon homosexualité alors que je n’ai jamais vécu d’histoire d’amour avec un garçon?
Depuis que j’ai commencé à me poser des questions sur mon orientation sexuelle, un autre trait constitutif de mon identité à savoir mon handicap visuel (ma cécité pour être précis) n’a cessé d’être présent à mon esprit pesant fortement sur mes réflexions, mes doutes et mes craintes. Je ne conçois pas pouvoir retracer les étapes de mon cheminement en faisant abstraction du handicap car il a participé et participe encore à la construction de mon identité au même titre que mon homosexualité. Ce sont pourtant deux éléments qui a priori n’ont aucun lien. Par conséquent, l’acceptation de l’un ne devrait pas venir « parasiter » l’acceptation de l’autre. Et pourtant... Pourtant je ne peux me défaire de cette sournoise et probablement irrationnelle conviction que ce serait moins dur si je n’avais que ou l’un ou l’autre. Ce n’est qu’une conviction et donc une construction psychologique personnelle (une peur infondée peut-être). Ceci explique mes doutes sur la pertinence d’une telle réflexion. Etablir des liens, des parallèles entre ces deux thèmes n’est-ce pas finalement symptomatique d’un manque d’acceptation personnel qui n’a rien à voir avec ma condition réelle d’aveugle ou d’homosexuel? Insérer la question du handicap dans le processus d’acceptation de mon homosexualité, n’est-ce pas un moyen un peu facile pour expliquer mes difficultés à vivre ma vie d’homo?
Par ailleurs, cette démarche qui consiste à mettre de l’avant mon expérience d’homosexuel aveugle (ou d’aveugle homosexuel si vous préférez) revêt une dimension paradoxale. Je suis à titre personnel un farouche partisan de l’intégration, du droit à l’indifférence (appelez ça comme vous voulez) que ce soit en matière de handicap ou d’homosexualité. Or, il y a quand même un risque à trop vouloir souligner les spécificités du parcours d’« un petit pédé bigleux ». N’est-ce pas vouloir affirmer une différence au sein d’un groupe qui est déjà différent ? Dit plus crûment, n’est-ce pas vouloir faire son intéressant ?

Premiers soupçons

Je trouve qu’il est difficile de décrire, plusieurs années après, quels étaient mes questionnements et mes réflexions de jeune ado.
Je crains, mais je pense qu’il est presque impossible d’échapper à ce travers, de réinterpréter mes pensées d’alors voire de les inventer au regard de ma situation actuelle. Je cherche peut-être à me rassurer, à rechercher dans mon enfance et dans mon adolescence des signes montrant que mon homosexualité était déjà là et qu’elle n’est donc pas une hallucination.
Une fois cette précaution énoncée, je vais quand même tenter de chercher quand et comment j’ai pris conscience de mon homosexualité.
Autant que je me souvienne, c’est vers la fin de l’école primaire que j’ai commencé à éprouver des trucs « louches » pour des camarades de classe. En écrivant ceci, j’ai en tête l’image d’un camarade de classe qui me plaisait bien à l’époque. Bien entendu, ce n’est que maintenant que j’arrive à poser des mots sur cette affinité, cette attirance.
En ce temps-là, bien longtemps avant de me découvrir homo (jadis, donc), je pense pouvoir dire que je rejetais en bloc tout ce qui avait trait de près ou de loin à la sexualité. Comme n’importe quel ado bien sûr, je commençais à éprouver des désirs, je ressentais des attirances mais tout ceci je le cachais aux autres d’une part mais aussi à moi-même d’autre part. Je ne laissais s’exprimer ces attirances qu’à certains moments (ai-je besoin d’être plus explicite) et le reste du temps je me niais toute capacité à ressentir une attirance ou un sentiment. Je ne me projetais pas par exemple dans des songes sans fin où j’aurais pu m’inventer des histoires d’amour et ainsi me faire une représentation de ce qu’étaient mes souhaits les plus chers. Pendant ces années-là, je me sentais attirés par certaines personnes mais je n’analysais pas plus que ça. Je crois même qu’à l’époque il m’ait arrivé d’être troublé par des amiEs de collège. Je ne me suis jamais demandé pendant mes années collège si c’était les filles ou les garçons qui m’attiraient. Je me sentais attiré par des individus, pas par un genre. Avant de me découvrir homo, je ne me considérais pas comme hétéro. Comme rien du tout alors ? Comme zérosexuel ? Comme néantsexuel ?
Mon manque de communication avec autrui, mon repli sur moi-même associé à ma gêne envers la sexualité d’alors m’interdisait d’envisager tout type de relation humaine. Et du même coup, ça m’empêchait de me poser des questions en terme d’orientation sexuelle. Avec le recul, je constate que se combattaient en moi un ado qui commençait à éprouver des « trucs bizarres » et un être plus ou moins asexuel qui refoulait tout ce qui pouvait ne serait-ce qu’effleurer la question de la sexualité.
Est ensuite arrivé le lycée. Je n’ai pas le souvenir que ma situation ait particulièrement changé au cours des deux premières années. En revanche, la terminale a marqué un tournant : un début de prémices de commencement de prise de conscience. Je ne pouvais désormais plus me cacher que mes désirs étaient strictement orientés vers des individus masculins.. Ce n’était pas vraiment une nouveauté mais ce qui a changé à l’époque c’est que je me suis mis à envisager plus que le côté sexuel. Je me suis mis à me demander si je ne pourrais pas me rapprocher de tel garçon pour m’en faire un ami (pour le séduire en fait) et si de son côté il accepterait une telle proximité. J’emploie volontairement les termes d’«amitié », de « proximité » même si ce ne sont pas les plus appropriés car justement à l’époque j’étais parfaitement incapable d’apposer les bons mots sur ces situation.
Passent les jours, sonne l’heure du bac.
Rentré suivante : je suis en prépa. Cette année-là a marqué pour moi le véritable aboutissement de la phase de prise de conscience de mon homosexualité et le début de mon acceptation. Bien sûr intérieurement je poursuivais ma réflexion. Je m’apercevais que non seulement j’étais attirés physiquement par des garçons mais que je souhaitais aussi vivre une histoire d’amour avec un garçon.
En prépa, je côtoyais des gens très ouverts et sympas. Je découvrais qu’un de mes camarades était homosexuel et qu’il l’assumait parfaitement. Un soir en attendant de passer en khôlle j’assistais à une conversation entre camarades sur le thème du coming-out. Je mourrais d’envie de participer, de dire que je pensais être homo mais mon vieux blocage m’empêchant de parler de sexualité refaisait surface.
C’est aussi cette année là que j’ai fait mon coming-out à mes frères ainsi qu’à d’autres amis et que je me suis mis à surfer frénétiquement sur le web à la recherche d’information. Merci Monchoix.
En clair, je considère que la prise de conscience de mon homosexualité s’est déroulée en 3 étapes : 1/ s’apercevoir que ces individus qui m’attiraient était tous des garçons et que je pouvais être attiré par des garçons alors même que je les connaissais à peine (auparavant, je pouvais me dire, c’est parce qu’on est pote qu’on éprouve ce désir physique, à présent je découvrais que les garçons m’attiraient tout court ), 2/ comprendre que j’aspirais à quelque chose d’autre, que le désir physique n’était pas seul en cause, 3/ présence dans mon entourage d’un homosexuel assumé (ah c’est donc ça un homosexuel ? C’est ça que je veux faire quand je serai plus grand !).

Et tu doutes, doutes doutes jusqu’au bout de la nuit

Ca fait donc deux ans que j’ai réussi à mettre un mot sur ce que je ressens : l’homosexualité.
En deux ans, j’ai eu le temps de réfléchir, de me plonger dans les méandres tortueux de mon esprit, de me prendre la tête, de me livrer à de grandes remises en question et ce à de multiples reprises.
J’ai finalement acquis la quasi certitude d’être homo parce que au fil du temps j’ai constaté que mes désirs étaient exclusivement orientés vers les garçons. J’ai aussi pris conscience que je ne m’imaginais vivre en couple qu’avec un garçon (dans un hypothétique futur). Pourtant, cette conviction ne repose que sur des désirs, des attirances, des fantasmes, des rêves guimauves et non sur des expériences sentimentales et / ou sexuelles. Et c’est pourquoi je parle de quasi certitude. Tout ceci en somme ne repose que sur des constructions psychologiques.
Une crainte sournoise demeure en moi. Et si je cherchais à étayer cette homosexualité pour me rassurer ? Et si le véritable problème était ma capacité -ou plutôt en l’occurrence mon incapacité- à aimer quelqu’un, à tomber / être amoureux ?
Je ressens encore, malgré l’accumulation d’attirances qui vont toutes dans le même sens le besoin d’attendre d’avoir vécu une histoire d’amour pour être à l’aise avec mon homosexualité. Certains n’ont pas besoin de cela pour se sentir pleinement homosexuel, personnellement j’en éprouve la cruelle nécessité. Mais peut-être que ce besoin relève plus de l’envie de se prouver qu’on peut aimer / être aimé que de celle de se sentir homo.
Une autre crainte m’a longtemps habité et, même si à présent j’ai dépassé ce stade, elle revient parfois : et si mon handicap biaisait ma perception de la sexualité ? En l’absence d’« expériences plus poussées », si je ne peux m’appuyer sur le regard comment puis-je être certain que je préfère les garçons aux filles ? Lorsque j’y réfléchis je trouve cette inquiétude tout à fait irrationnelle dans la mesure où la cécité n’ a aucun lien avec les sentiments ou les attirances. Me poserais-je cette question si j’étais hétéro ? Probablement pas. Je la mentionne cependant car à un moment je me suis effectivement demandé si je douterais moins de mon homosexualité dans la situation où je pourrais voir filles et garçons. C’est stupide je le reconnais.

Blocages

Prendre conscience de son homosexualité reste somme toute la partie la plus facile du chemin. Celle-ci n’implique que soi. A ce stade, lorsque j’examine avec lucidité ce que je ressens, je peux sans trop m’avancer dire que je suis homosexuel. Mes doutes et mes craintes ne peuvent effacer tous ces indices qui, je pense, ne trompent pas. Construction psychologique ou pas, tout ceci est en moi donc tout ceci est moi. (oh comme c’est beau !)
L’acceptation en elle-même ne me pose pas problème. L’éducation que j’ai reçue ne m’a en rien prédisposé à mépriser l’homosexualité. Je n’ai pas à craindre de rejet ou même seulement des critiques au sein de ma famille et de mon entourage. Tout devrait donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Eh bien non.
Non car s’accepter soi-même n’est que la première étape. Restent ensuite des inquiétudes sur la manière dont on va pouvoir vivre sa vie, assumer son homosexualité dans la société, bref, avoir une existence dans laquelle on s’épanouisse.
J’établis ici une distinction entre acceptation et « assumage » -j’emploie ce néologisme parce que je ne trouve pas de nom correspondant au fait de s’assumer-. Ce distinguo n’existe peut-être que dans mon esprit et c’est pourquoi je préfère le justifier afin d’éviter toute incompréhension. Accepter son homosexualité, c’est pour moi un processus individuel et intérieur. On s’accepte d’abord soi-même. A l’inverse s’assumer implique les autres. S’assumer, c’est vivre son homosexualité au grand jour, c’est parvenir à s’épanouir dans cette homosexualité et cela passe donc pour moi par un plein épanouissement social.
C’est cette seconde étape qui suscite encore nombre d’inquiétude chez moi.
Quelle en est la cause ? Où se situe le problème ?
Comme je l’ai dit, je peux écarter l’explication de l’homophobie de l’entourage. Dans mon cas, je pense qu’il s’agit plutôt d’une gêne à l’égard de la sexualité en général. En fait j’en suis arrivé à la conclusion que ça me mettait mal à l’aise d’afficher devant les autres le fait d’avoir une sexualité. C’est très paradoxal comme attitude parce que je suis aussi le premier à être déçu lorsque mes interlocuteurs sont empêtrés dans leurs tabous (j’en reparlerai plus loin).
Mais je crois qu’il s’agit aussi d’un déficit de confiance en moi : la peur de manquer de maturité, le sentiment de n’avoir que peu d’expérience de vie, la crainte de ne pas être capables de s’intéresser sincèrement aux autres et / ou de n’avoir aucun intérêt pour eux, de ne pouvoir rien échanger avec eux (ou si peu), de ne pouvoir leur être d’aucune utilité entretiennent chez moi un certain comportement « asocial ». Je ne sais si je me dévalorise plus que de raison. Je me demande cependant si ce n’est pas cette difficulté à aller vers les autres, à les écouter, à être moins centré sur soi qui explique mon inaptitude à m’investir en premier lieu dans des relations de camaraderie voire d’amitié et en second lieu dans des relations amoureuses.

Un double tabou social?

Avant de tenter de décrire ce que je ressens à propos de ce double tabou que constitue la juxtaposition du handicap et de l’homosexualité, je dois encore faire une mise en garde afin de relativiser les affirmations que je vais développer par la suite.
Je suis, par nature, plutôt timide et renfermé. Ces deux traits de mon caractère influencent, je crois, grandement mon rapport aux autres. Lorsque je parlerai de tabou ou de gêne chez mes interlocuteurs il me semble donc important de garder à l’esprit que mon attitude joue probablement elle-même un rôle dans leur réaction. On le sait la réaction d’autrui à notre égard dépend tout autant de l’autre que de nous mêmes. Je ne veux surtout pas laisser croire que la majeure partie de mon mal être repose sur les tabous de la société et sur la gêne d’autrui, avec plus de caractère de ma part, l’équation ne serait pas la même et par conséquent mon rapport aux autres aussi.
Une fois cette précaution prise, je crois tout de même que ma perception d’un tabou ou tout au moins d’une gêne entourant le handicap dans la société n’est pas que le fait de mon imagination. Bien entendu les handicapés (je ne prétends pas connaître tous les handicaps mais j’ai une vision assez précise de la situation du handicap visuel : cécité ou mal-voyance) sont de moins en moins cantonnés dans un rôle social qu’on leur impose : celui de l’éternel assisté. Dans les faits, les handicaps quels que soient leur nature sont de moins en moins des obstacles pour accéder aux études, à la vie professionnelle, bref, pour être concrètement intégrés à la société. Cependant, des blocages psychologiques, des préjugés, des limites à cette intégration apparente demeurent : un certain nombre d’individus persiste à ne voir en la personne handicapée que le handicap. Le handicap est peut-être de moins en moins tabou dans la mesure où on n’hésite plus à en parler. Néanmoins l’incapacité de certaines personnes à voir autre chose au-delà du handicap est symptomatique d’une certaine gêne. Je vous laisse donc imaginer à quel point cette gêne peut être décuplée lorsqu’on entremêle ces deux tabous de notre société que sont le handicap et la sexualité. Il suffit pour s’en rendre compte de lister un certain nombre de réactions cocasse et néanmoins anodine qui témoignent de cette gêne. Ca m’a toujours « amusé » de constater que lorsque je me retrouvais dans un groupe où l’on discutait de sexualité, bizarrement personne n’osait me demander mon avis alors qu’on harcelait d’autres pour qu’ils s’expriment. Et ça m’amuse toujours autant de voir à quel point je suis toujours présumé innocent en cette matière. En fait, inexpérimenté peut-être mais innocent….
Symptomatique encore de cette double gêne c’est l’attitude qui consiste à toujours présupposer que si un handicapé est en couple, c’est probablement avec un autre handicapé (comme si c’était la seule sexualité envisageable pour une personne handicapée).
Je le souligne une fois de plus difficile de faire la part entre ce qui relève de ma timidité et de mon handicap dans cette gêne mutuelle de ma part et de celle des autres. Si la sexualité est taboue, l’homosexualité l’est sans aucun doute plus encore. L’individu handicapé dans son acception sociale la plus répandue c’est-à-dire dans le schéma de rôles et de fonctions que lui a attribué la société est un individu asexué. Certaines personnes (ce n’est bien entendu pas le cas de tout le monde et je suis bien conscient du risque que représente toute généralisation abusive) sont à des années lumières d’imaginer que des personnes handicapées puissent avoir une sexualité ordinaire. Alors qu’ils puissent être homosexuel ?
L’existence de ces tabous, de ces gênes invite immanquablement à se demander si le handicap ne pourrait pas être un frein à la naissance d’un sentiment amoureux. * Il me semble difficile lorsqu’on ne voit en la personne que le handicap d’envisager une relation amoureuse par exemple.
Bien entendu vous trouverez nombre de personnes parfaitement sincères prêtes à dire que l’amour permet de surmonter le handicap. Je ne doute nullement de ce que permet l’amour lorsqu’il existe au préalable. En revanche, une question demeure : en amont, l’amour peut-il éclore malgré le handicap ? En somme une personne atteinte de handicap est-elle vue comme potentiellement séduisante par une personne « valide »? (Je n’aime pas employer ces deux qualificatifs « handicapés » vs « valides » comme s’il s’agissait de deux groupes homogènes mais je ne vois pas comment faire autrement) That is the question.
Outre cette question relativement abstraite parce qu’elle se fonde surtout sur des perceptions et des craintes plus ou moins irrationnelles il existe un cortège de peurs plus classiques qui sont quant à elles fondées sur des constats ou éventuellement des préjugés (plus ou moins fondés je le reconnais). S’entremêlent ici les craintes de tout jeune gay mais aussi celles de tous jeune handicapé. Je vais commencer par développer les secondes qui sont peut-être moins connues des lecteurs de ce forum.
Lorsque je regarde du côté de mes congénères handicapés, je constate deux choses : d’une part, le nombre de célibataires voire de personnes en détresse sentimentale / amoureuse me semble être plus élevé que la moyenne ; d’autre part, le nombre de couples « mixtes » valide / handicapé est moins élevé que celui de couple handicapé / handicapé -A ce stade je ne parle même pas d’homosexualité vu que l’échantillon sur lequel je me base pour faire cette affirmation ne comprend pas suffisamment de données !-. Le premier constat m’invite quand même à réfléchir sur le double tabou dont je parlais plus haut. J’aimerais vraiment croire que ce tabou n’existe pas et qu’il n’est finalement le fruit que de ma paranoïa ou de mon renfermement. Il n’en demeure pas moins qu’il est bel et bien réel et que ça me fait un peu peur. Du second constat j’ai du mal à faire une analyse univoque. L’analyse la plus optimiste serait de penser que les couples « non mixtes » sont plus nombreux simplement parce que des handicapés ont plus d’occasion de se rencontrer entre eux -fréquentation d’écoles spécialisées, d’associations). Tout ne serait donc que question de rencontre et ensuite le jeu des affinités serait le même qu’ailleurs. Après tout, lorsque je regarde dans mon entourage je constate que la plupart des instits que je connais vivent avec un ou une autre instit et je ne me demande pas pour autant s’il existe un ostracisme de la société à l’égard des instits ou bien une incapacité du reste de la société à voir en un instit une personne à séduire. C’est juste que les instits voient souvent d’autres instits et que donc les probabilités de tomber amoureux d’un autre instit sont plus grandes. Il en va de même pour un grand nombre de groupes sociaux, professionnels ou ethniques / culturels où l’endogamie est la règle. (Mon exemple n’est peut-être pas le meilleur, je sais !) Mais la vision moins optimiste de la chose, c’est de voir dans cet état de fait l’illustration du blocage que peut représenter le handicap pour construire une relation amoureuse ou tout simplement pour ressentir une attirance et envisager une opération séduction ; je parle ici d’une situation mettant en scène une personne handicapée et un valide (je n’apprécie décidément pas de devoir employer ces deux termes extrêmement flous).
Si je me permets de souligner des blocages et des préjugés qui persistent dans la société c’est que je suis bien conscient de ne pas être moi non plus exempt de toute critique : j’ai aussi des préjugés sur les gens ! (Mais je me soigne et je fais de mon mieux pour m’en débarrasser.) Je ne cherche ni à victimiser les uns, ni à diaboliser les autres. Longtemps, j’ai perçu cette non mixité amoureuse comme la preuve par excellence d’un échec ou tout au moins d’un obstacle en matière de perception du handicap. Il ne s’agissait là plus tant de l’intégration garantie par la loi mais de l’évolution de la perception d’autrui (bien plus importante et valorisante à mes yeux) par le biais d’un changement de mentalité. J’ai évolué sur la question et à présent je me dis que quel que soit le couple, l’amour reste le même (j’assume ma condition de niais avec cette déclaration guimauvesque). Il n’empêche que comme homo = minorité et handicapé = minorité, je suis quand même pas rassuré.
A toutes ces inquiétudes que je viens de développer s’ajoutent toutes celles fondées ou non que peut avoir n’importe quel jeune gay face à l’image des autres homos que lui renvoie la société. Je ne développe pas, tout le monde connaît ça très bien : importance de l’apparence, du physique et du regard dans les relations, superficialité et fragilité de certaine relations, etc Cette superficialité n’est-elle pas encore plus à craindre lorsque l’on arrive avec son handicap ?
A lire les témoignages d’un certain nombre de gays handicapés, j’ai le sentiment que mes craintes sont fondées : crainte d’être rejeté à cause de son handicap (plusieurs fois confirmée par des témoignages d’expériences malheureuses), de ne pas pouvoir adopté les codes d’un groupe (les jeux de regard par exemple), etc
Le problème des jeux de regards, qui est particulièrement symptomatique de la difficulté à établir des rapports de séduction entre voyants et malvoyants / aveugles, n’est pas en soi spécifique à l’homosexualité. Il complique simplement un peu plus les choses dans la mesure où le regard permet souvent d’avoir une idée sur l’homosexualité éventuelle d’un interlocuteur, de lui faire comprendre que l’on est tombé sous son charme, et ultérieurement d’évaluer si son intérêt est réciproque.
Lorsque je parle de réussir à adopter les codes d’un groupe, de s’intégrer à ce groupe, je précise également, pour ne pas être mal compris, qu’il n’est pas question pour moi de m’enfermer dans un milieu, de ne vivre que par l’appartenance à un groupe, le milieu gay en l’occurrence. Je n’aspire pas à sortir en permanence dans des boites et bars gays. J’ai réussi jusqu’à présent à ne pas me laisser prendre au piège du ghetto / du milieu de la déficience visuelle, ce n’est pas pour entrer dans une autre forme de « ghetto ». Je ne conçois pas l’appartenance à un groupe comme exclusive, au contraire je préfère la juxtaposition d’appartenance à des groupes divers. Sans parler de se ghettoïser, pouvoir se sentir plus à l’aise dans un groupe, pouvoir faire partie de ce groupe (les gays en l’occurrence aide à se construire et à progresser ; la socialisation par les pairs a parfois du bon, je crois. J’exprime juste une série de craintes, peut-être parfaitement irrationnelles ou totalement infondées, des craintes qui pourraient se résumer dans la peur de ne pas se sentir pleinement à l’aise dans un groupe auquel j’appartiens (auquel je voudrais appartenir ?).

Conclusion

J’espère vraiment ne pas avoir été trop maladroit dans ma manière de m’exprimer. J’ai de temps en temps eu l’impression d’énoncer des idées contradictoires. Je crois aussi avoir « légèrement » abuser de l’arme de la parenthèse au risque de rendre plus confuses encore des idées qui l’étaient déjà à la base.
Parler de soi n’est pas facile et réussir à coucher sur le papier des inquiétudes qu’on est même pas sûr de bien cerner l’est encore plus.
Je continue de douter de la pertinence de mon analyse et du bien fondé de mes craintes. Je ne prétends absolument pas énoncer des vérités qui peuvent s’appliquer à toute situation semblable à la mienne. Au bout du compte, ces peurs relèvent peut-être autant de ma timidité, de mon manque d’acceptation bref de données de caractères qui peuvent évoluer si je m’en donne la peine que de mon handicap ou de mon homosexualité, d’autres donnés dont je crois au contraire que la guérison est moins sûre !(Ceci est de l’humour !)
J’aurais préféré faire un article avec moins de questions et plus de réponse, avec moins d’interrogations métaphysiques, de pelletage de nuage et plus d’expérience, de récits palpitants mais je n’en suis pas là. Du coup, je ne sais pas si tout ce que je viens d’écrire a une quelconque véracité mais je l’assume comme le produit de mon esprit tordu. La vie me dira si j’ai tort ou raison : qui vivra verra (oui c’est nul, je sais).
Je précise enfin que toutes ces inquiétudes, même si elles sont présentes en moi et même si elles reviennent régulièrement avec plus ou moins d’acuité, ne m’empêchent pas de vivre ma vie. Je n’ai parlé que de ce qui me stresse, m’inquiète, me turlupine mais je reste conscient que certains sont confrontés à des situations autrement plus dramatiques et à des questionnements autrement plus perturbants.

Je remercie les courageuses et courageux qui m’auront lu jusqu’ici.
J’espère que ce petit (tout est relatif) texte aura une utilité. Ca m’a fait un bien fou de me forcer à l’écrire et, même si je crains de n’avoir pas su vraiment traduire ce que je ressens, c’est toujours mieux que de garder des sentiments épars dans son esprit.

* Cf. Le sujet « amour et handicap physique» initié par Toinou sur le forum
http://www.et-alors.net/forum/ftopic4918.php




 Creative Commons License Ce/tte cration est mis/e disposition sous un contrat Creative Commons.
Photos principales: stock.xchng et iStockphoto. CNIL n1104460. Contact: .