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Le cri de l'insomnie
par klack le 18 Janvier 2007 dans Ta vie / Expériences vécues
18 commentaires


Un petit bout de l'histoire d'une fille qui aurait voulu avoir une mère.

Je suis allongée dans mon lit. Le shit a fait son effet et la clope l'a amplifié. Maintenant, je peux me laisser aller, vous proposer une part du gâteau, c'est moi qui l'ait fait et il est moelleux à souhait.

Voilà un peu plus d'un an que je ne vis plus chez elle. Peut-être est-ce parce-qu'elle fête son 40e anniversaire ce samedi, et que ma présence est quasiment obligatoire, que je me sens une soudaine envie d'écrire, de partager un peu de ma douleur, une boîte de kleenex dans une main, le stylo dans l'autre.

Je n'aime pas les miroirs. Ou du moins, je n'aime pas l'image qu'ils me renvoient. Je vois ma mère dans mon visage, comme si je ne la subissais pas assez dans ma chair, cette saleté de chair, la sienne de la mienne.

Je voudrais pouvoir effacer le passé. Faire en sorte que tout ça ne soit qu'un mauvais rêve. Je me réveillerai en sursaut après m'être sentie happée par le vide, puis j'irai me regarder dans une glace, et j'exulterai en voyant que ce n'était qu'un ridicule cauchemar, que je n'ais pas le visage de cette femme, et que Smarra a encore voulu me tromper.

Mais je ne peux pas. Je ne peux pas. Vous comprenez? Je ne peux pas! J'ai essayé de chasser ses péchés hors de moi, de panser la blessure et empêcher le sang de couler, mais la plaie est toujours béante, frottant sur mes vêtements, les salissant et me confortant dans l'idée qu'elle ne sera jamais cicatrisée. Et si parfois, j'ai l'impression qu'elle se referme, il suffit d'un effleurement pour qu'elle se rouvre à nouveau, et que la tête me tourne tant la douleur est vive.

Aujourd'hui, je ne peux regarder mon corps qu'avec un certain désir dans un oeil, et de la répulsion dans l'autre. J'ai toujours un sentiment de culpabilité après m'être masturbée. L'ennui, c'est que je ne peux pas expier un crime que je n'ai pas commis, et dont les coupables ne seront jamais punis.

Je ne passerai pas par quatre chemins. Pas à ce stade de la narration. Un oncle, frère de ma mère, qui avait toute la confiance de mes parents, a abusé de moi. Régulièrement. Je ne saurai dire combien de temps ça a duré. Mes souvenirs sont un peu vagues. Il n'y a que ses mots qui résonnent dans ma tête, les "je t'aime" auxquels je ne répondais pas, et la vision horrible d'un sexe noir trop grand pour ma bouche. C'est comme ça que l'innocence s'est tuée... On ne sait pas dire "non" à un adulte. Seulement à partir d'un certain âge. Moi, j'étais trop jeune. J'avais peur de la main de fer de ma mère. Je me disais qu'elle ne comprendrait pas. Et par instinct de survie, quand nous avons quitté l'Afrique pour emménager en France, j'ai enfermé mes souvenirs dans un coin, et jeté la clé quelque part dans ma tête. La réaction ne s'est pas faite attendre. Mon corps s'est mis à gonfler, comme si le secret ne pouvait pas tenir dans une si petite enveloppe. Un micro-organisme à peine âgé de huit ans engloutissant la nourriture, comme s'il y avait un néant plénier à combler.

Ca a inquiété ma mère. Tous ses projets de faire de moi une future Miss France ou une chanteuse de soul/r'n'b tombaient à l'eau. J'ai essayé de me résigner, mais c'était l'époque Dutroux, et la pédophilie était sur toutes les lèvres.

Puis à force d'ingurgiter toute cette nourriture, mon corps a eu une réaction. Il m'a dit "Trop c'est trop. Tu vas arrêter tes conneries, et tu vas me vomir ça le plus vite possible". Je l'ai écouté. J'ai vomis tout ce que j'ai pu. Puis je suis devenue anorexique. J'ai refusé de manger. Il y a beaucoup de raisons à cela. L'adolescence, c'est vraiment une sale période. Il s'est passé tellement de choses. J'ai fugué, j'ai tenté de me suicider, j'ai été voir un psy qui m'a dit que c'était ma mère qui avait besoin d'être suivie... Et puis on m'a dit: "Si t'as quelque chose à dire à ta mère, dis-le. Il n'y a qu'elle qui pourra te sauver, parce-que si tu continues à broyer du noir comme ça, tu ne seras jamais heureuse".

C'est ce que j'ai fait. Mais au lieu de reçevoir le réconfort dont j'avais besoin, les mots humides d'une mère qui soutient sa fille dans sa douleur, et lui promet que tout va changer, qu'elle a finalement compris ce qui n'allait pas, et qu'elle me remerciait de sa confiance... Non au lieu de ça, j'ai heurté un mur. Le choc fut si violent que j'en ais encore des séquelles. Aux yeux de ma mère, je n'étais qu'une ingrate et une menteuse, qui cherchait uniquement à se rendre intéressante. Pour elle, cette histoire ne méritait même pas qu'on se penche dessus, parce-que "c'est impossible, personne n'est comme ça dans ma famille".

Je me suis sentie seule et humiliée. Beaucoup trop pour pouvoir pardonner. Puis j'ai dit "non". Parce-que je suis opiniâtre et fière. A 18 ans, j'ai pris mes bagages et je me suis installée à Paris. J'ai rencontré une personne qui m'a aidé à combattre mon aversion pour la nourriture, et qui m'a appris tellement de choses, qui continue à être près de moi, dans les moments les plus durs comme dans les plus heureux. Il est là comme un père, à veiller sur moi, à m'éclairer de ses conseils... Il m'a appris à ne pas avoir de regrets et à m'aimer. Il m'a prêté son épaule quand j'avais besoin de pleurer. Il sait que je ne serais jamais totalement guérie, mais il m'a redonné de l'espoir et un sourire moins forcé.

A son contact, j'en suis devenue indulgente. Ma mère ne sera plus jamais ma mère. C'est une chose dont je suis sûre. Elle n'a plus aucun droit de regard sur mes actions. Mais je prends patience, en espérant qu'un jour peut-être, on pourra se dire les choses calmement, sans cris et sans reproches. Et peut-être qu'un jour, qui sait, je pourrais à nouveau l'appeller "Maman".




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