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Tranches de vie : une difficile évolution
par Nictou le 28 Décembre 2006 dans Ta vie / Expériences vécues
10 commentaires


Quelques histoires qui résument mon évolution de 13 à 26 ans, deux faces (publique et privée) qui en ont finalement marre de s'éviter, même s'il faudra les aider!

Tout a commencé par
Côté pile : J’ai (presque) toujours été raisonnable, le bon fils, l’ami posé et fidèle, le gars timide et sympa, l’élève sérieux, poli. Presque le gendre idéal.
Côté face : Pourtant quelque chose cloche dans le tableau. Je trouve les garçons beaux. Je m’en suis rendu compte à 13 ans, grâce à mon meilleur ami (R) qui comparait la beauté des mecs de la classe (pour évaluer nos chances avec les filles…). Le premier de son classement m’a complètement tapé dans l’œil : un an de plus que nous, châtain des yeux d’un bleu profond, simplement beau, sympa et respecté. Tout en me rendant compte de cet attrait et en écrivant des fantasmes sur mon Amstrad CPC 6128, j’avais aussi autre chose en tête à l’époque :
Pile : il me fallait absolument embrasser une fille, j’étais puceau, timide et je sortais de quelques années de problème de poids à l’époque, qui m’ont ôtées toute confiance de ce côté pendant un certain temps (si ce n’est jusqu’à maintenant, mais je me soigne). Étant concentré sur cet objectif qui me paraissait tout à fait fondamental à l’époque, j’y suis arrivé 1 an plus tard, en faisant quelques bisous avec la langue rapidement à une fille en colo.

R
Face : Entre-temps, R m’avais quand même fait de sérieuses avances et même avoué son amour, comme ça, il me l’a crié en pleine rue. On « jouait » à mimer des ébats amoureux (je ne fais pas de dessin) en restant habillé et au bout de quelques répétitions, j’ai commencé à y prendre goût.
Pile : Mais j’ai refoulé tout en bloc, mentalement et physiquement. Étant parti en vacances avec lui, je suis même tombé malade pour échapper à cette possibilité de passage à l’acte. L’été suivant, donc, j’embrasse une fille, je suis tout fier, R aussi, il est tout fier aussi. Moi je mate les mecs, mais je veux sortir avec des filles. Étonnamment, je ne me suis jamais imaginé transposer dans la réalité ce que j’imaginais dans mon intimité.
Face : La vie se poursuit, et je commence à sentir que j’ai fait une erreur. On a 15 ans et on regarde régulièrement des pornos hétéros avec R, mais il ne semble plus intéressé. Le temps passe, et je commence à souffrir de ce « rejet », sans m’autoriser à avoir l’idée d’aller vers d’autres garçons.
Pile : Ben oui, il « faut » sortir avec le plus de filles possibles, pour en remontrer aux autres mecs qui accumulent les conquêtes. Malgré cette pression, on ne peut pas dire que je m’engage là-dedans. A peine une amourette de vacances à 16 ans. Sinon, rien.
Face : La 1ère est dure, je suis toujours dans la classe de R (on a fait de la 5ème à la terminale) et je suis presque jaloux de lui quand il flirte avec des filles et je suis mal à l’aise, je lui fait la gueule sans raison, ça dure la moitié de l’année. L’été arrive, on part en vacances ensemble, et le sort fait qu’on doit dormir dans le même lit pendant 15 jours… Supplice de Tantale pour moi, je me lève en pleine nuit et je fais des pompes dans la salle de bains pour me calmer… Mais je finis par craquer. Jusqu’à ce qu’une nuit il se réveille et me replace violemment la main du côté de mon lit.
Pile : Je fais semblant de dormir et le lendemain quand il me pose le problème en face je nie en bloc, solution pitoyable puisqu’on s’est fait la gueule toute la journée entre l’acte et l’explication. C’était assez horrible, mais j’ai bien compris son point de vue. Toutefois je n’en tire pas de conclusion définitive pour la suite de ma vie amoureuse.

Premier départ
Après la terminale et le bac, début des études, je quitte la maison familiale pour l’internat, toujours un peu la pression pour coucher avec une fille, se « dépuceler ». Face : Même si je regarde toujours les mecs. Pile : Persistant, je sors avec une fille et ça se passe pas mal, on reste ensemble 9 mois. Je crois même que je suis tombé amoureux d’elle. Mais on ne peut plus se voir et on se sépare. Face : Entre-temps à l’internat je fais exprès d’aller aux douches un peu plus éloignées de ma chambre afin de croiser le « Mister bizuth muscles » du début d’année, un superbe petit blondinet bien costaud.

Partir un jour…
Pile : Suite des études, je pars à 800 km de là où j’ai toujours vécu, dans une ville très sympa et très gay-friendly et… Rien ! Je me fais de très bons amis, certains s’outent même autour de moi. Face : Je repère les mecs mignons de la promo et je commence à surfer sur Internet, de plus en plus jusqu’à des heures pas possibles. Pile : Les études se passent, j’ai des amis vraiment super, je fais plein d’activités, tout va bien mais côté cœur, c’est l’impasse. En fait je commence à rassembler les deux morceaux et je ne sais plus si je préfère les filles ou les garçons. Et n’étant pas décidé, au lieu de me diriger vers les 2, je ne me dirige vers… Aucun. Face : Il y a bien un mec mignon avec qui j’ai discuté et que je n’arrête pas de mater en soirée (il a du me prendre pour un maniaque), mais n’osant rien faire je passe la moitié des soirées au bord de la rivière d’à côté à me demander ce qui ne va pas chez moi. Je vais de moins en moins aux soirées.
Pendant ces années il y a quand même un copain qui m’en a fait une bonne :

[Anecdote]
Un matin il vient me voir, l’air bizarre, on discute un peu et il me demande d’un bloc : « mais tu es gay ? ». C’est le premier à demander si ouvertement, et ne voulant pas lui mentir je ne lui dit pas oui mais une réponse à la con genre éclat de rire et puis « mais pourquoi tu me demandes ça ? ». Le soir il nous réunit solennellement dans la chambre d’une copine, on était 4, et il nous fait son coming-out ! Là je suis soufflé, heureux aussi et je pense comprendre la question du matin. En fait, il revient me voir quelques temps plus tard dans ma chambre, et il me repose la question. J’essaie de dévier, mais il me pousse dans mes retranchements (genre « tu es sûr qu’il n’y aurait pas la moindre possibilité qu’un jour tu sortes avec un mec ? ») et là je me fais mon premier CO, timide quand même en sortant « ben je sais pas, peut-être ». Et là il me dit : si je reste ici au lieu de partir (il devait partir 1 an loin à l’étranger!), y aurait moyen qu’on sorte ensemble ? J’étais complètement sur le cul, je le voyais à peine comme un bon copain, et apparemment il était tombé amoureux ! Bon, je n’étais pas attiré par lui, du coup je lui ai dit non assez vite et il a compris.
[/Anecdote]

Cette histoire m’a fait évoluer. C’était la première fois que je disais à quelqu’un que oui, il y aurait peut-être moyen que je sois attiré par les garçons. Et j’avais attendu 23 ans pour ça.
Face !: Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Par la suite je suis sorti deux ou trois fois dans une (grande) boîte gay, où j’ai eu l’honneur d’embrasser mon premier garçon (enfin c’est plutôt lui qui m’a embrassé mais bon), et ensuite je suis parti à l’étranger pour mon premier boulot.

Libertad… Pas encore
Je me retrouve loin de mes amis et ma famille, libre de vivre ma vie comme je l’entends et donc je me lance à corps perdu dans les boites, sex-clubs et saunas… Non, évidemment non !
Pile : Me constituant un cercle de connaissances, à partir de mes collègues de boulot et des jeunes français du coin, je sors pas mal, 3 à 5 boîtes par soirée avec des « amis » hétéros obsédés. Je joue l’hétéro timide suiveur des autres. On rigole quand même, je bois et j’en arrive même à penser que je vais me « taper » une fille (comme les autres…) mais bien sûr rien n’arrive dans ce sens.
Face : D’un autre côté, j’ai (un peu) choisi mon appart parce qu’il est dans le même pâté de maison que la seule boîte gay de la ville, et après avoir hésité quelques mois à y entrer, il m’arrive d’y aller en seconde partie de soirée, lâchant la bande entre 2 boites prétextant la fatigue. Mais la plupart du temps, je passe devant sans m’arrêter, en jetant un coup d’oeil. Je suis mal à l’aise. J’en ai marre de ma timidité, de ma pitoyable vie amoureuse.
Face ! Toute cette comédie dure à peu près un an, avant que je n’y mette fin pour de bon : en quelques semaines j’arrête les sorties avec les autres. J’ai téléchargé les Queer as Folk et les regarde toute la soirée, et ça me fait un bien immense d’avoir un « exemple » de vie qui me corresponde mieux. J’aimerais bien avoir un groupe d’amis gays, avec qui on sortirait, comme dans la série. Je découvre « et-alors » et je commence à lire régulièrement les sujets du forum. Mais ça n’améliore pas ma vie amoureuse. Je ne sors presque plus, ou alors avec des collègues. La boite près de chez moi n’est pas terrible, il n’y a pas grand monde, même si j’y embrasse un gars bien mignon, il m’a demandé du feu, on a dansé, on s’est embrassé et câlinés. J’étais vraiment heureux et ça m’a confirmé ma préférence.

Première rencontre
[Anecdote]
J’en suis là de ma situation plus claire mais pas encore folichonne, et c’est la Toussaint, jour férié, je décide d’aller au nouveau spa de la ville, le plus beau et le plus cher, sans aucune intention que de suer dans les saunas et me baigner dans les piscines et jacuzzis. Et là, dans ces bains tous publics, un gars me suit et me mate, je le remarque assez vite et après quelques fuites et hésitations, bref, il s’avère qu’il est français et bref, on dîne et on finit chez moi… Ta-da ! On se reverra une fois, il me fera découvrir l’unique sauna gay de la ville mais j’arrêterai de le voir ensuite (il est marié, sa femme connaît la femme de mon chef : un peu spécial…).
[/Anecdote]

Premier flash : L
15 jours plus tard, je fais la connaissance d’un étudiant slovaque qui parle un français grandiloquent, a un sourire magnifique, qui s’habille bien, bref je suis intéressé (ben oui au début c’est superficiel !). Du coup je le recontacte à l’occasion du boulot, et on va rapidement se voir très régulièrement pour prendre un verre ou corriger ses textes en français. Ce garçon est gentil et sympathique, il veut me rencontrer, il me plaît, il me fait de grands sourires et il est célibataire. Je décide de le côtoyer le plus possible pour en savoir plus, et je me pose 1000 questions sur lui (que l’on peut résumer à 1 : est-il gay ou c’est une impression ?), que je note d’ailleurs dans un journal ! Il n’en fallait pas plus, j’en tombe amoureux. J’essaie de repérer les signes qui me permettront d’avancer pour faire le premier pas (mon problème dans la vie, eh oui je suis timide), et en même temps on devient les meilleurs amis, du coup ça me pose problème : si je me lance, je risque selon moi non seulement de me planter mais encore de perdre un ami. Donc j’attends et c’est un coup du sort qui va me décider :

[Anecdote]
Un matin, alors que je devais passer la journée avec lui et 2 autres personnes (dont 1 fille et 1 mec objectivement homo qu’il avait invité), je reçois un sms d’un numéro que je ne connais pas avec écrit : « j’te plais ? ». Ni une ni deux, je suis certain que c’est lui qui se décide à m’écrire ça, mais avec le téléphone d’un ami pour voir si je vais percuter que c’est lui. Du coup je réponds directement à son numéro « Oui ! A tout à l’heure». On passe la journée avec les autres comme si ne rien était, je suis sur un petit nuage et le soir on commence à chatter. Là je lui demande qui c’est ce numéro, mais il semble l’ignorer… Ensuite je lui écris que j’ai reçu un message qui m’a fait très plaisir ce jour, et il me demande de qui ça venait. Là je commence à me poser des questions.
Au même moment je reçois un sms de ce numéro : « dommage que tu ne répondes pas » ! Là je commence à avoir des sueurs froides. Je réponds à l’un que je croyais que ça venait de lui et je demande à l’autre de s’identifier. L’un me dit donc que je me suis trompé et l’autre me dit qu’elle est V. une fille que j’ai vu quelques jours plus tôt !!!! Là, je prends mon premier verre de vodka (ce ne sera pas le dernier de la soirée) et je commence à expliquer la situation à L. Il m’encourage et je finis par lui faire mon CO et lui révèle du coup mes sentiments pour lui. Et bien entendu je me crashe en flammes, il est catho très pratiquant et n’imagine pas sa vie autrement qu’avec une femme et des enfants, et « défendra toujours les couples homme/femme » ! Moi, saoul et effondré, je n’argumente presque pas et je passe la semaine dans un état lamentable.

[/Anecdote]

Plus tard il reprend contact et je me rends compte qu’il veut qu’on continue à se voir, il ne m’en veut pas mais il ne veut pas qu’on parle de ce que je ressens pour lui etc. Un peu désespéré, avec quand même l’espoir de le faire changer d’avis, je me raccroche et on continue à se voir en amis. L’histoire ne finit pas ici, je finirai par le faire venir dans mon lit et il finira par partir de chez moi avec ses affaires un soir à 11 heures, mais c’est une autre histoire !

Mieux vaut être bien entouré…
Entre-temps, est arrivé l’évènement principal de mon chemin vers une vie (amicale et amoureuse) qui me corresponde mieux.
J’ai un nouveau collègue de boulot, qui succède à l’obsédé sexuel hétéro le plus extrême que j’ai connu. Je pense en récupérer un du même calibre, mais j’attends de voir. On est en février. On s’entend bien avec ce collègue, on discute sur le pays, il parle beaucoup mais il est sympa. Et en plus il n’a pas trop envie de sortir avec les autres jeunes expats, ce qui m’arrange pas mal. Bon, jusqu’au jour où, étant dans un bar à quelques-uns, j’écoute sa conversation avec un autre collègue, qui lui dit (gentiment) qu’en gros il a vite compris pour lui etc : grâce du ciel (façon de parler), mon nouveau collègue est gay !!! Je n’osais même pas l’espérer, mais c’est arrivé au moment où j’étais le plus isolé (mis à part mon flash sur L). Restait à lui faire mon CO et ça n’a pas trop traîné, même si je me suis rendu compte qu’il s’était plus fait de contacts à la boîte derrière chez moi en un mois que moi en un an et demi… Du genre pas timide le gaillard, même si on a le même âge ! Bon mais il a bien vu que je connaissais les mêmes lieux de perdition que lui, et du coup on a commencé à sortir à 2, puis à 3 avec un autre français du coin. A partir de là, tout s’est accéléré. On est allé dans les boites, les bars, même les saunas dans les grandes villes de la région. En quelques mois, ma vie a changé. J’ai fait pas mal de rencontres. J’ai aussi fait mon premier CO à de très bons amis d’avant. Je commence à vivre ma vie.

Conclusion partielle
Mieux vaut tard que jamais. Certes, certain(e)s se rendent compte qu’ils sont homo ou se mettent à l’assumer plus tard que moi. Je ne passe pas mon temps à remâcher le passé. Mais pourtant, j’aurais pu commencer à vivre cette partie de moi-même il y a longtemps. Je ne suis pas issu d’un milieu conservateur, mes amis ne sont pas particulièrement intolérants, et je fantasme sur les garçons depuis un bout de temps. Je suis parti de chez moi à 19 ans, j’ai changé de région à 20 ans, et de pays à 23. Alors, quoi ? Est-ce qu’il m’a manqué volonté, opportunité, exemple ? Difficile à dire. Sauf qu'une fois embrigadé dans un personnage, il est difficile d’en changer sans tout changer (du moins c’est l’impression que j’en ai).

J’ai eu beaucoup de mal à le dire à mes amis d’avant. Il me reste à le dire aux parents, bientôt. Et à vivre une histoire (plus) sérieuse avec un mec. Désormais je regarde autour de moi et je n’ai plus envie de me cacher. J’ai confiance mais je me rends compte du travail à faire pour lutter contre les idées reçues et les discriminations. Pour ça le plus efficace est certainement d’agir d’abord avec son entourage. Moi maintenant ça va, je nous souhaite du courage !




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