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Les jolies colonies de vacances
par edogawa le 28 Décembre 2006 dans Ta vie / Expériences vécues
4 commentaires


Si les parents savaient ce qu'il se trame pendant les colonies de vacances, ils éviteraient d'y envoyer leurs rejetons. Récit d'un épisode de ma vie qui a pris forme en colonie de vacances, lorsque j'avais douze ans.

Derrière ce titre un poil racoleur (« Chouette ! Une histoire de cul entre adolescents sur et-alors ! »), j’avais juste envie de raconter un épisode de ma vie, qui a pris forme, effectivement, un mois de juillet, pendant les inévitables colonies de vacances que mes parents, faute de moyens à cette époque, m’obligeaient à prendre (s’ils avaient su ce qu’il s’y passait, les pauvres, ils y auraient réfléchi à deux fois !) lorsque j’étais enfant, puis, la dernière année (j’avais douze ans), lorsque je mettais un pied, le premier, dans l’adolescence.
J’habitais dans un petit appartement situé au deuxième étage d’un immeuble de la campagne genevoise, dans un village frontalier ni laid, ni beau, et… je m’égare ! Restons donc quelques instants dans le charmant (si, si, charmant, j’insiste !) petit immeuble en question et grimpons au troisième étage : sur ma tête, donc, retentissaient les pas quotidiens d’une famille bien sous tous rapports (méfiance, méfiance), composée d’un mari, d’une femme et de leur enfant, un garçon précisément, de six mois mon aîné. Je l’appellerai Guillaume ici (il va de soi que ce n’est pas son véritable prénom, même si je ne prends pas ce prénom au hasard), nous étions dans la même classe depuis le début de notre scolarité. Et nous n’étions pas spécialement proches.
Cela faisait donc plusieurs années que je passais mes vacances, chaque été, en colonies. Les parents de Guillaume, me voyant rentrer chez moi, chaque fin du mois de juillet, encore vivant et dans un état qui leur semblait raisonnable, avaient dû se dire (oui là j’invente) que c’était une bonne manière d’économiser de l’argent que d’envoyer leurs fils suivre mes pas. Ils en avaient donc parlé à mes parents, un jour, et l’été qui avait sivi, je partais accompagné.
J’avais douze ans, Guillaume en avait treize. Nous étions, avec un troisième garçon (qui avait treize ans lui aussi), les plus âgés ; cela nous donnait le privilège de dormir dans une petite chambre et de faire, par la même occasion, l’économie de la marmaille insupportable, qui devait tout juste avoir dix ou onze ans – dans le meilleur des cas ! C’était le temps des premières érections et de leur découverte. Tout avait donc commencé, comme il se doit entre bons mâles qui se respectent, par la tchatche : qui donc pouvait bien avoir la plus grosse des trois ? Je vous passerai les détails, cela va sans dire. Disons que ces premiers dialogues, ainsi que notre jeune âge et la crédulité qui l’accompagnait (l’imparfait est voulu, je ne crois pas que la crédulité accompagne toujours les mômes de douze ans aujourd’hui), nous avaient permis de nous rapprocher sensiblement. Et ce qui devait arriver arriva effectivement : on s’est mis à jouer à touche-pipi (et ce n’était pas autre chose, assurément).
Puis les vacances ont pris fin, le troisième garçon est retourné chez lui – il devenait donc hors-jeu. Mais Guillaume habitait toujours au-dessus de chez moi, et les choses étaient radicalement différentes, dorénavant. En fait, je ne pense pas qu’elles l’étaient pour lui, mais elles l’étaient incontestablement pour moi. Lui-même aurait volontiers repris son train-train de vie comme si rien ne s’était passé, mais ce n’est pas le choix que j’avais fait de mon côté. Je me souviens d’un après-midi, peu après notre retour, nous étions chez moi, seuls, et je m’étais rapproché de lui. Je pensais qu’il était naturel de continuer les jeux que nous avions développés pendant nos vacances, mais je me souviens qu’il avait été réticent, très réticent. J’avais insisté pourtant, et il avait fini par céder. Notre relation venait de commencer, pour de bon ; ni lui, ni moi, n’aurions pu imaginer cela, à cet instant.
Peu de temps après, ma famille a déménagé. Loin de s’avérer être un problème, je me rends compte, avec le recul, que cet événement nous a au contraire ouvert, à Guillaume et à moi, de nouvelles perspectives. Cet appartement était très proche de l’ancien (donc toujours proche de celui où Guillaume logeait), il était plus grand (j’avais désormais ma propre chambre), il possédait surtout une pièce à part, un atelier situé dans les sous-sol.
J’ai continué à voir Guillaume, régulièrement, en cachette (dans cet atelier, notamment), les quatre années qui ont suivi. J’avais dix-sept ans lorsque notre histoire a pris fin. Je peux affirmer, aujourd’hui, que personne, – ni parents, ni frère, ni amis –, n’a jamais été au courant de notre relation, n’a jamais imaginé la relation que nous avions ensemble. Comment aurait-il pu en être autrement ? Guillaume passait me voir et nous nous rendions tout naturellement dans le local, qui servait maintenant de salle de jeu ; nous disions que nous descendions jouer, tout simplement, et les soupçons potentiels s’éclipsaient avant même d’avoir eu la possibilité de se matérialiser.
Notre relation s’est transformée, avec le temps. Elle s’est développée. Le temps des touche-pipi n’était plus qu’un songe aux contours un peu troubles. Nous avons tout appris en même temps, avec beaucoup de maladresses sûrement, sans aucun modèle en perspective, sans aucun témoignage (le WEB, c’était de la science-fiction, dans les années 80).
Le plus étonnant, lorsque je repense à tout ça, c’est à quel point nous nous cachions à nous-mêmes notre relation, Guillaume et moi. Nous n’aurions jamais admis, par exemple, que nous sortions ensemble, même lorsque nous étions seuls. Nous nous voyions, nous passions du bon temps, puis nous nous quittions, en un instant, avec un sentiment de culpabilité qui commençait à grandir (chez moi en tout cas, mais chez lui aussi, je pense), au fur et à mesure que nous prenions connaissance de notre possible homosexualité. Je pense d’ailleurs que c’est cette saloperie de culpabilité qui nous a fait mettre un terme à notre relation à un moment. Depuis un certain temps, nous commencions à moins nous voir et je me souviens encore précisément de notre dernière rencontre : tout s’est passé plus vite qu’à l’habitude et je peux dire avec certitude que nous savions tous les deux que c’était la fin. Nous n’avons même pas eu besoin d’en parler, d’ailleurs. Nous avons juste arrêté de nous voir, nous avons décidé, implicitement, qu’il était temps de rencontrer des filles.
A dix-sept ans, quelques mois après notre dernière rencontre, Guillaume a effectivement rencontré une fille, il est sorti avec. En quinze années (de dix-sept ans à trente-deux ans, mon âge actuel), j’ai dû le recroiser à une ou deux reprises. J’ai appris qu’il s’intéressait à la politique à un moment donné, et qu’il suivait un parti qui flirtait avec l’extrême droite (c’est très dérangeant de s’imaginer avoir eu des relations charnelles avec type qui s’avère être facho sur les bords). Récemment, j’ai encore appris qu’il était marié, toujours avec la même fille, et qu’il avait eu son premier enfant en cette année 2006.
A dix-sept ans, quelques mois après notre dernière rencontre, j’ai moi aussi rencontré une fille, je suis sorti avec. Plusieurs semaines ont passé et ça a cassé. Par la suite, j’ai encore rencontré d’autres filles, jusqu’à mes vingt ans j’ai flirté à gauche et à droite, sans grande satisfaction. Puis j’ai admis que j’étais attiré par le corps des hommes (de loin le coming-out le plus long et le plus difficile), ce qui m’a permis d’avancer, enfin. Je n’ai jamais suivi aucun parti même si la politique m’intéresse, mon combat numéro un est de barrer la route des fachos de tout poil. Je ne suis pas marié – et pour cause –, je n’ai pas d’enfant, je ne suis même pas accompagné (suis-je ingérable ?). En fait, je ne désespère même pas (il faudrait peut-être que je commence).




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