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Ma vie est un rêve
par Bliss le 4 Décembre 2006 dans Ta vie / Expériences vécues
15 commentaires


Quand l'expression "Vivre un rêve" prend malheureusement un tout autre sens.

J’aimerai tant me réveiller, mais ce n’est pas un rêve. Même si par moment, tout me porte à croire que ce n’est qu’une illusion, je résiste. Même quand ma tête commence à tourner et que j’ai impression d’être au bord de l’éveil, je résiste.

Tout semble si sombre autour de moi alors que je viens d’allumer toutes les lumières possibles. Je prend la première chose possible qui puisse me distraire ne serait-ce que quelques minutes : journaux, télévision, Internet… Qu’importe le sujet traité, du moment que je pense à autres choses que mes angoisses. J’essaye de me concentrer sur ce que je lis ou regarde pour chercher quelques secondes de quiétude au milieu de ces ténèbres. Le temps passe, il serait temps d’aller se coucher. Je me force à aller au lit en espérant avoir un peu de repos. Je m’interdis de penser à certains sujets et me concentre sur ce que je vais faire dans les prochains jours. J’évite de regarder certains coins de ma chambre car cela me fait peur. Petit à petit, mes pensées deviennent confuses, n’ont plus de sens, je reprend mes esprits quelques secondes pour mieux replonger après. Mais cela me rassure d’un certain côté car je sais que le sommeil est proche. Cependant je n’ai même plus de repos dans mes rêves, qui d’ailleurs s’apparentent plus à des cauchemars qu’autres choses. Je me réveille tant bien que mal le matin, une nouvelle journée commence et déjà j’ai peur que la nuit arrive…

Voila à quoi ressemblaient mes nuits il y a quelques temps. Cela semble difficile à comprendre, je vous rassure c’est tout à fait normal. Moi-même je ne comprends rien et cela fait un certain temps que je ne cherche plus à savoir. Je ne tente même plus d’expliquer ce que je ressens à mes proches, amis car je sais que cela ne sert à rien. Non pas que je remette leurs facultés intellectuelles en cause, mais il est impossible d’expliquer quelque chose que l’on ne comprend pas, ce n’est pas mes anciens profs qui me contrediront là-dessus. Cela m’est tombé dessus, sans crier gare, en l’espace de quelques secondes, cela s’était brutalement insinué en moi. Il est difficile de vivre en sachant que l’on porte un mal dont on ne sait ni l’origine ni le nom. J’ai pourtant du faire avec pendant plus de deux ans pour apprendre finalement de quoi je « souffrais » : la schizophrénie.

Pour être franc, je n’y connais pas grand-chose dans ce domaine, je ne fais que constater ce qui m’arrive tout en essayant tant bien que mal de me renseigner sur le sujet. Ce que je sais, c’est que cela n’a rien à voir avec un dédoublement de la personnalité comme les gens le croient souvent. Il en existe de multiples sortes mais le point commun entre toutes est qu’il s’agit d’une altération de la réalité. On voit, ressent, perçoit les choses différemment. Cela peut se caractériser par des hallucinations dans certains cas mais cela n’est « heureusement » pas mon cas. Pour ma part, les choses ont changé d’un coup, je ne comprenais rien, je ne savais pas de quoi il s’agissait et surtout j’avais peur. Je suis incapable de vous dire ce que je ressens exactement, c’est hors de ma portée, les choses sont différentes, c’est un fait. Mais en quoi ont-elles changés ? Je ne sais pas… Mais ce changement a eu un impact considérable. Vous ne reconnaissez plus ce qu’il y a encore quelques secondes vous étiez si familier. C’est comme si brusquement ce monde n’était plus le votre, ou pire, n’existait pas… Il vous parait beaucoup plus sombre et inquiétant que l’ancien, vous perdez tous vos repères, vous êtes un étranger perdu au milieu des ténèbres, désespérément seul. L’image qui vient le plus souvent, c’est celle de vivre un rêve, ou plutôt un cauchemar. Le genre de rêve où justement on sait que l’on rêve et on ne désire qu’une chose : se réveiller le plus vite possible. Je me souviens avoir souvent fait ce genre de cauchemars étant petit. La solution que j’utilisais, c’était de me jeter par la fenêtre. Une sorte de « suicide ». Ma mort fictive me permettait ainsi de me réveiller. Forte heureusement, je n’ai pas encore eu l’idée d’appliquer cette « solution ».

En ce qui concerne les origines, c’est le grand Mystère, personne ne sait et finalement, cela a peu d’importances à mes yeux. J’ai mis un temps fou avant de me décider à aller voir un psy, je persistais à croire que c’était physique. Je me demande encore comment j’ai réussi à tenir à certains moments. Après tout, pourquoi continuer à vivre dans un monde auquel on ne croit pas ? C’est là qu’intervient la lutte entre ses sens et sa raison et c’est plus qu’éprouvant… A certains moments, je voulais même perdre la raison, car au moins je n’aurai plus à souffrir, je n’aurai plus cette lutte permanente entre deux mondes, le mien et l’extérieur. Dans ces moments là, plus rien ne trouve grâce à mes yeux. Même mes proches ne sont plus que des ombres lointaines tentant de me réconforter, je me sens seul, je n’ose plus bouger de peur de faire une bêtise, tout n’est plus qu’absurdité et non-sens. Cela me fait bien rire lorsque je vois certains films ou séries où les « schizos » sont présentés comme des criminels. La seule personne qui est en danger lors de mes angoisses, c’est moi…

De plus, le fait de ne pas sentir que les choses existent vous pousse involontairement à avoir un recul énorme par rapport à ce que vous voyez. C’est comme regarder un film, vous savez que c’est pour de faux donc vos sentiments sont atténués. Ce n’était donc pas sans raison que j’avais une réputation de mec insensible au lycée et qui a même persisté un certain temps après… Heureusement, j’ai commencé à prendre un traitement et malgré de petits effets secondaires, je me sentis mieux. Ce que je prenais ne me guérissait pas, cela atténuait juste les effets. Je vis en permanence avec cette impression d’illusion et selon certaines circonstances, cette illusion devient plus ou moins forte. Pour être plus clair, grâce au médicament l’illusion est moins forte, je me sens moins écarté de ce monde, cela rend les choses plus supportables et je peux enfin penser à autres choses le soir. J’ai pris ce traitement un an pour ensuite arrêter avec l’accord du psy. Cela remonte à fin Juin et depuis ma situation est restée stable.

Cependant je n’ai pas guéri et il m’arrive encore de ressentir mes angoisses. Mais cela rien à voir avec ce que j’ai pu vivre il y a encore un peu plus d’un an. Tout cela m’est arrivé bien avant que je n’aie des doutes sur mon orientation sexuelle. Cependant, même si je ne sais pas encore exactement où j’en suis sur ce dernier point, mon vrai combat se situe autre part : vivre pleinement sans me laisser ronger par ce truc et surtout garder l’espoir, même dans les pires moments. L’espoir, c’est que je ne sais pas ce que ma vie me réserve, que bien des choses peuvent m’arriver, que les choses peuvent s’améliorer. Comme m’a dit un ami : « ne jamais dire jamais », tant que je ne prononce pas ce mot, j’arrive à vivre.

L’ironie est que mes doutes sur ma sexualité se sont déclarés d’une manière similaire à mes angoisses, brutalement, en l’espace de quelques secondes. Difficile alors de ne pas faire de parallèle douteux entre sa schizophrénie et sa sexualité. Cependant j’ai réussi à rapidement passer outre ces jugements stupides. Car si mes angoisses ne m’ont apportées que malheurs et destructions, l’homosexualité m’a apporté un peu de bonheur. Comment vous décrire la joie de redécouvrir certains sentiments oubliés durant de nombreuses années, tel que le désir ou même l’amour ?

Certaines personnes disent que l’homosexualité est une maladie mortelle, ce que je constate, c’est que pour moi, elle m’a permis de survivre…




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