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Cher Dieu ...
par happyboy le 14 Août 2006 dans Ta vie / Expériences vécues
9 commentaires


Une petite mise au point avec celui qu'on m'a présenté comme étant Dieu pendant mon enfance, après un silence radio entre nous depuis tant d'années.

Voilà bien longtemps que nous ne sommes plus parlé. En effet, si mes souvenirs sont exacts, notre dernière communication en bonne et due forme eut lieu alors que j'avais douze ans. Recroquevillé sur mon lit, je pleurais une fois de plus de tout mon être, car déjà je ne pouvais trouver le sommeil devant tant de questions restées sans réponse.

Aujourd'hui, mon âge est double, ma peine infiniment plus grande encore, mais cela fait bien longtemps que je ne suis plus à même de verser une larme face à une telle sécheresse.

Avec mes mots d'enfant, je Te demandais alors ce que j'avais fait pour mériter un tel sort. Pourquoi tant de désespoir et de haine – à Ton encontre qui plus est – de la part de ce père que je n'aspirais pourtant qu'à admirer. Pourquoi tant de folie de la part de ce frère que j'avais tant espéré. Pourquoi tant de distance me séparant de cet autre frère avec qui j'avais eu tant de complicité. J'ai prié comme jamais je n'avais encore prié, jusqu'à ce que l'épuisement finisse par avoir raison de mes implorations et que le sommeil tarisse enfin pour quelques heures la source de mes peines.

Au-delà du salut, Tu étais pour moi la justice suprême, celle-là même qui guidait chacun de mes pas, le moindre de mes gestes. Quel que fût mon chagrin ici-bas, je voyais en Toi l'oeil qui veillait sur moi et me donnait l'assurance que mes actes ne resteraient pas vains.

Si mes semblables constituaient souvent à mes yeux une énigme insoluble, la beauté de la nature reflétait indiscutablement la toute puissance de Ton Saint-Esprit. Elle suscitait en mon for intérieur cet émerveillement si cher à l'enfance, aussi splendide que candide, un témoignage à ciel ouvert auquel je pouvais me raccrocher tant bien que mal tout au long de ce sentier que nous parcourions ensemble comme deux alliés inséparables.

De Toi, on me disait tant de choses merveilleuses. Tu étais le chemin, la vérité et la vie. Tu avais donné ton Fils unique, afin que quiconque croit en Toi ne périsse pas mais ait la vie éternelle. Tout ce que l'homme devait savoir lui avait été révélé par Tes prophètes et leurs Saintes Ecritures. J'avais bien essayé de lire ces dernières, mais leur forme était alors pour moi encore trop inaccessible pour que j'en retire un enseignement satisfaisant.

Je ne saurais vraiment te dire ce qui fût le déclencheur du crépuscule de ma foi. Etait-ce le décalage entre ce que je voulais croire et ce que mes sens me forçaient à renier, ou mes connaissances scientifiques grandissantes qui me berçaient dans l'illusion d'une nouvelle voie vers la solution universelle ? Quoi qu'il en soit, nous avons fini par prendre nos distances, et je crois que Toi seul est à même de connaître l'origine de la turpitude qui me conduisit à Te mettre entre parenthèses.

La science ayant momentanément comblé le vide que notre divorce avait laissé en mon être, j'ai cru pendant quelques années pouvoir enfin venir à bout de mes incertitudes, créant de toutes pièces un absolu biaisé apportant à l'adolescent que j'étais les réponses simplistes mais suffisantes à toute mes interrogations d'alors. Comme Tu le sais, cela n'a pas duré.

Pendant un temps, je tenais ma famille pour responsable des maux que j'avais enduré, et c'est dans la fuite que je pensais trouver mon salut. Même la communication avec ma mère – cet être si cher qui représentait à mes yeux l'incarnation même de l'amour, une source inépuisable de courage et un modèle de générosité – devenait difficile, tant la distance semblait la seule issue pour atténuer ma souffrance. Mais cette illusion éclatat violemment lorsque je commencai à découvrir une partie de moi qui eût raison de l'estime fragile que j'étais parvenu à placer en ma personne à l'aide de cet axiome douteux.

Alors que je pensais en avoir suffisament bavé pour être prêt à affronter toutes les difficultés que me réservaient le reste de mon existence, j'ai réalisé que ces dernières n'étaient qu'une timide ombre au tableau comparées au désespoir que peut provoquer le dégoût de soi. Tu me diras peut-être que ce n'est qu'une tentation du Malin à laquelle je n'ai qu'à résister pour te prouver que je suis digne de compter parmi tes brebis. Tu me diras peut-être qu'il s'agit là de Ton châtiment pour avoir osé douter de Ton existence et de Ta toute puissance.

Avec Toi, je n'étais maintenant plus qu'une abomination. Sans Toi, j'étais tout au plus une anomalie. Comment expliquer autrement cet amour que je me mis à ressentir pour un garçon ? Bien entendu, selon les dires de Tes soit-disant représentants j'avais encore la chance de renier ces ignobles sentiments et de m'écarter in extremis de la porte des enfers.

Bien que recalé au fin fond d'une parenthèse, Tu me soufflais très subtilement à l'oreille que ce n'était qu'une épreuve supplémentaire de laquelle je devais me sortir par moi-même. Quoi qu'il en soit, je ne croyais pas plus en moi qu'en Toi et toutes mes certitudes fondaient comme neige au soleil. J'ai fait tout ce que je pouvais pour me mentir, pour me faire croire que je n'était plus celui que je ne voulais plus être. J'ai d'ailleurs même probablement infligé indirectement bien des souffrances auprès d'êtres qui me sont pourtant chers à cause de ce mensonge.

La suite m'apprit qu'à chaque fois qu'on pense avoir touché le fond, on découvre sous nos pieds un niveau inférieur dont on n'avait même pas soupçonné l'existence. Je tentai de me détruire socialement, psychiquement et parfois physiquement. La lueur diffuse d'un espoir incertain se ternissait chaque jour un peu plus ; pendant tant d'années, je tentai de me guérir de ce sentiment qui était pourtant la plus belle chose que je n'eût jamais éprouvé. C'est ce paradoxe qui rendit ma souffrance d'autant plus insupportable et assura ma dépression pendant bien des années, et Tu sais que je suis encore loin d'en être sorti à l'heure où j'écris ces lignes.

Mais l'heure du bilan est venue. Je ne suis plus rien, ma vie est une poubelle à l'image de mon appartement. Cependant, Tu n'as peut-être pas fait les choses aussi mal que j'aurais pû croire puisque cette lueur d'espoir semble maintenant se rapporcher de moi. Et dans ce mouvement, je me demande parfois si c'est Toi qui se rapporche de moi ?

Une chose est sûre, j'ai maintenant la maturité nécessaire pour comprendre cette soit-disant Sainte Bible et je suis au regret de T'annoncer que je la rejette depuis longtemps déjà, et que ma décision est définitive. Je ne saurais supporter l'idée du bien-fondé d'un texte faisant de ce que je suis une incarnation diabolique. D'ailleurs, certains passages de ce dernier sont emplis d'un fiel que je n'aurais vraiment jamais attendu de Ta part alors que nous faisions encore route commune il y a bien des années, je pense donc que c'est quelque part tout à ton honneur que je me permette de mettre en doute ce que beaucoup proclament être la véritée absolue en Ton nom.

Ton nom, parlons-en ! Quel qu'il soit, et quel que soit Ton essence, j'ai encore quelque part une place qui T'es réservée en mon être, qui est maintenant rempli par le vide. Alors que certains se sentent taraudés par la question de Ton existence, la réponse est pour moi relativement aisée dans la mesure ou si je croyais en Toi, alors Tu existerais, cela me suffirais.

Seulement voilà, je ne crois plus en Toi, j'ai perdu la foi. Par ma faute ? Si Tu veux. Mais je ne sais pas laquelle. J'espère retrouver un jour l'amour, quelqu'en soit sa forme ; je crois que cette fois je serai prêt à l'accepter. Cela vaut également pour la foi, tu sais combien la vie était plus facile lorsque nous cheminions ensemble. Mais je dois t'avouer que j'ai peu d'espoir pour cette réconciliation. Alors, j'ai une toute dernière prière pour toi : surprends-moi !

Amen.




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