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Il y a tant de combats à mener
par <=Nawak=> le 19 Juillet 2006 dans Ta vie / Expériences vécues
16 commentaires


Le parcours d'un jeune qui habite un quartier HLM, qui se pose des questions sur le monde qui l'entoure. Sur les discriminations portés sur l'homosexualité, les couleurs de peau, le milieu social...

Je ne sais plus exactement à quel moment j’ai compris comment les Autres le voyaient. Mais il y a une chose dont je suis à peu prés sûr, c’est que j’ai toujours su que j’étais comme ça. Je l’ai su avant même de savoir ce que c’était, avant même d’apprendre que ça portait un nom. Je le savais alors que j’étais encore un gosse innocent, loin d’imaginer que ça pourrait m’entrainer si bas et que j’aurais à affronter tant d’interrogations et de remises en questions. Et c’est sans doute pour ça que je ne m’en préoccupais pas.

Ce n’est qu’en grandissant que j’ai compris que cette différence pouvait choquer, qu’elle n’étais pas perçue comme normale. Alors à l’âge de l’adolescence, cette période de la vie où les sentiments sont en pleine expansion, l’âge des premières découvertes et où l’on commence à connaître l’attirance physique, j’ai décidé que cette différence je la garderai secrète, j’ai décidé de la refouler et de l’enfouir au plus profond de moi en espérant que peut-être elle disparaitrait. Car si c’est un âge qui peut nous amener beaucoup de bons moment c’est aussi celui de l’âge ingrat , ou l’âge bête, et qu’en général les esprits se rétrécissent au lieu d’être pleinement ouverts. Alors, si les Autres avaient su, ils m’auraient collé une étiquette sur le front, et je n’aurai été rien d’autre que « ça ».

Parce-que malgré cette différence, la nature m’avait offert comme à chacun des Hommes, un cœur, un cerveau et une âme, et je ne voulais pas qu’elle puisse devenir un rempart à leurs épanouissements. A grandir dans une société qui nous impose des idées toutes pré-conçues, j’ai fait le choix de me fondre dans la masse pour pouvoir évoluer au milieu des Autres qui je pensais m’auraient certainement rejeté et n’auraient pas chercher à savoir ce qui se cachait vraiment au plus profond de moi. Cette différence avait une image si honteuse, si basse, parfois si sale même, qu’il m’était impossible de la montrer. Et parce-que comme chacun, j’avais aussi ma propre fierté et mon honneur, je ne voulais pas qu’ils soient bêtement sali par des préjugés stupides. Alors j’ai continué mon chemin dans ce monde comme ça, en décidant de ne jamais rester moi entièrement. En fait, en leurs faisant croire que j’étais comme eux.

Et d’ailleurs à part ce détail j’étais comme eux ! Toujours un peu timide au début , je me lachais vite une fois que j’avais un peu discuté avec les gens. Dans le fond j’été assez extraverti et je connaissais beaucoup de monde.
Je passais mes journées et mes nuits dehors entre potes, on étais dans le même délire. Avec la naïveté de la jeunesse on refesait le monde en faisant tourner un joint. On roulais à fond sur nos scooters, à 2, à 3 même parfois… Toutes sortes de petites conneries qui marquent l’adolescence. Comme eux, j’ai connu et affronté les rondes de polices, les fouilles, les bagarres entre quartiers. Tous les ennuis et les galères auxquels on est confronté quand on a peu d’argent et qu’on habite un quartier HLM je les ai vécus comme eux. J’étais leur égal, je le suis toujours d’ailleurs, mais je crains que si ils avaient su, les Autres m’auraient vu différement.

Et puis parce-que je trainais souvent avec des gens de couleurs j’ai vu que eux aussi devaient faire face à l’incompréhension et le rejet par rapport à une différence tellement ridicule qui n’est d’autre que la couleur de leur peau.
Alors que pour moi il était si évident que l’homme noir, la fille arabe, le chinois étaient mes frères et soeurs, tout comme j’étais le leur à eux tous, je me suis aperçu que beaucoup les considéraient comme des gens à part qui n’inspiraient que la méfiance ou le rejet. « Des nègres », « des sales bougnoules », « qui font un gosse par an pour profiter de nos alloc’ et de l’argent de notre pays ». J’ai entendu tellement de conneries à leurs sujets…
Je me sentais encore plus proche d’eux quand je pensais que moi aussi je portais en moi une différence, moins voyante mais tout aussi discriminatoire dans cette société. Finalement, nos différences nous donnaient, à ces frères, ces sœurs et à moi un point commun : On fesait partie d’une minorité… Et en général, les minorités déplaisent.

La vie suivait son cours, entre sorties et bons moments mais le personnage que j’avais créé devant les Autres commençait à devenir un rôle de plus en plus difficile à jouer. Je fesais comme eux: draguer, sortait avec des filles, couchait même parfois avec elles. Je m’affichais avec ces conquêtes pour qu’il n’y ait aucun soupçon à mon sujet. Mais ça devenais une chose à chaque fois plus dure, presque une violence que je m’infligeais parce-qu’en faisant ça, je mentais à mon entourage, ma famille, mes amis, et surtout à moi-même.

Quand j’y réfléchis, je pense que s’accepter soi-même est une chose tout aussi compliquée et peut-être beaucoup plus importante que de se faire accepter par les Autres. Dans tous les cas, c’est une étape primordiale. Finalement, faire comme eux c’était pour moi contre-nature, alors que eux c’est ma différence qu’ils voyaient ainsi.

J’avais tellement bien caché ce lourd secret en moi qu’il a commencé à me peser, me ronger et me bouffer petit à petit de l’intérieur. Les secrets sont fait pour être confiés, mais j’avais beau regarder autour de moi je ne trouvais pas l’oreille qui était capable de partager ça avec moi. Cette oreille qui aurait pu me comprendre et me rassurer en toute discrétion, sans que ça se sache.

J’avais tant de questions, mais je ne trouvais personne pour y répondre.
J’étais à bout et je n’arrivais plus à assumer ce rôle. Je ne sortais plus avec les filles parce-que j’en avait plus du tout envie, et peu à peu je perdais de mon assurance. Alors je sortais moins, j’essayais d’éviter le plus possible avec la famille les sujets sur les petites copines…S’en est suivi alors un long passage à vide, une période assez noire qu’il m’a fallu surmonter tout seul. J’étais à la fois le patient et le psy. Avec le recul je m’aperçois que je m’étais mis dans ce piège tout seul, et que finalement le fait de m’accepter et d’avouer dès le départ aurait certainement été beaucoup plus facile à vivre, et que ça allait prendre du temps avant de pouvoir faire marche arrière et de dire aux Autres que je ne m’étais jamais montré entier avec eux. Quand j’y pense sérieusement, je me demande si en fin de compte ce n’est pas la honte d’être comme ça, mais plutôt la honte de leurs avoir autant menti qui est le plus dur à supporter et qui nous empêche de faire le pas.

Avec le recul je m’aperçois que ce n’était peut-être pas la meilleure des solutions que de se cacher, mais je me sentais si seul face à tout ça.

Le temps continue de tourner pendant cette phase de remise en question, et tant bien que mal j’ai continué d’un pas plus ou moins hésitant le chemin mon existence. Mais parce-que la vie est difficile, je me suis aperçu qu’elle était semée de beaucoup plus d’obstacles que ce que je pensais. Après avoir arrété les études parce-que je n’avais plus l’envie ni la force de continuer, j’ai commencé à rentrer dans ce qu’on apelle « la vie active ». De missions d’Interim en petits jobs, j’ai été parfois plombier, parfois serveur, parfois petit commerçant.

Chacun de ces métiers que j’ai pu exercé m’a apporté une expérience sur la vie, m’a montré ce qu’été la société dans laquelle je devrais évoluer.
De tous les emplois que j’ai eu, je crois que le pire, mais finalement le plus bénéfique puisqu’il m’a le plus ouvert les yeux, ça été la fois où l’agence d’intérim m’a envoyé dans cette usine en tant qu’ouvrier de production. J’ai vite compris en arrivant, qu’à chaque jour que je mettrais les pieds là-bas je ne serai rien d’autre qu’un rouage de la chaine de production, un outil necessaire au bon fonctionnement des ces machines qui tournaient 24h sur 24 sans interruption.
Un outil necessaire certes, mais loin d’être irremplaçable. Car pour remplir cette mission, il ne fallait avoir aucune connaissance particulière, aucune expérience n’était demandée et si le poste ne me convenait pas, ils étaient nombreux derrière moi à attendre que ma place se libère. Pour mener à bien cette mission il m’a juste fallu moins d’une heure pour retenir les gestes que j’allais répéter indéfiniment pendant les 175 suivantes, qui représentaient un mois de travail, car je n’ai pas tenu plus. Dire que certains étaient la-bas depuis plus de 30 ans ! Je n’ose faire le calcul d’heures passées à faire l’automate…

Dans cette usine, j’ai vu ce Directeur d’Atelier qui passait à côté de ses employés de manière méprisante, sans même un regard vers eux, se jetant sur le Contremaitre pour lui demander les rapport de production de la semaine. J’ai compris qu’il n’y aurait jamais aucune gratitude envers tous ces gens qui pourtant font marcher son bizness, qu’ils n’étaient qu’un coût de production dans ses factures, et que le but était de leurs faire faire le maximum de travail en les payant le moins possible.

Pendant ce mois de juillet 2002, j’ai beaucoup pensé à ma mère qui travaillais (et travaille toujours) dans le même type d’usine depuis 16 ans maintenant, qui supporte ce genre de boulot indigne pour pouvoir nous nourrir mon frere et moi.
Dire qu’il y en a tant qui en bavent jour après jours pour satisfaire les besoins d’une minorité d’hommes qui n’ont pour seul but dans la vie que de s’engraisser toujours plus et dont la soif d’argent ne connait aucune limite.

En passant bien des détails, j’ai vu que dans un monde où le matérialisme et l’argent est devenu la priorité des hommes comme il était difficile de s’en sortir quand on part de rien. J’avais compris que l’Homme avait fabriqué une hiérarchie à la même image que celle que j'avais connu à l’usine, mais projetée au niveau mondial. Un systeme à plusieurs étages et que quand on part du rez-de-chaussée il est souvent difficile d’arriver au dernier. J’ai vu que les hommes se sont séparés en plusieurs catégories, imposant des cases, et que la dictature de l’argent et la loi du plus fort étaient deux choses dominantes, bien au dessus des textes de lois ou d’égalité.
J’ai su alors qu’au delà de ma différence secrete, il y avait bien d’autres combats à mener.

Dans mes longs moments de réfléxion je me suis aperçu que finalement, peut-être que ma différence ne méritait pas autant d’importance que je lui accordais, qu’elle pouvait être certes difficile à vivre, surtout à ses débuts, mais qu’il y avait tellement plus grave dans ce monde. Babylone nous mène à la baguette, nous endort, nous divise. Grâce à une invention qui lui permet de s’introduire à toutes heures de la journée et de la nuit chez nous, elle a réussi à nous imposer nos envies, nos angoisses, nos joies, nos craintes. C’est cette arme de distraction massive qui à fait croire aux Autres que les homos sont tous habillés en rose, que les jeunes de banlieues sont des enfants violents qui volent le sac des vieilles et qui vendent du shit, que les peuples arabes sont un danger pour la planète, que les joueurs de la coupe du monde de football sont des héros, que Johnny Halliday méritait amplement la Légion d’Honneur, que Jennifer et Nolween étaient de grandes chanteuses et que le rap c’était une musique de sauvages. C’est elle qui montre aux enfants que coucher dans une piscine devant les caméras apportait la gloire et la fortune, que les stars se fabriquent en 4 mois dans un château, que la mode c’est de faire dépasser le string par dessus un pantalon moulant, de se faire gonfler les seins et les lèvres et que porter le voile c’est mal, qu’il faut porter de la marque des pieds à la tête si on veut pouvoir s’affirmer.

C’est vers l’âge de 18 ans qu’est né en mois ce sentiment de révolte qui ne cesse de grandir depuis. Je l’avais déjà en moi depuis longtemps, mais tout comme ma différence, je l’ai compris plus tard.

En murissant j’ai découvert qu’il existait une chose précieuse, illimitée, et à la portée de tous. Une chose que je considère comme une arme, une sorte d’épée capable de trancher tous ces préjugés et ces idées formatées qu’on nous balance sans cesse dans les médias et dans la vie de tous les jours. Cette arme n’était autre que le SAVOIR, et si je voulais que cette arme devienne la plus tranchante possible, il fallait que je l’aiguise moi-même. Alors depuis, je me jette dans les livres, j’analyse, j’observe, j’écoute.

C’est ainsi que je peux dire sans prétention que la majeure partie de mon savoir vient de ma propre initiative, de mes propres recherches, et je me suis aperçu que ce que racontaient les livres d’écoles n’était qu’une partie de la vérité. Que ce que nous rabachait l’Education Nationale à longueur de journées n’était que la partie imergée de l’iceberg, qu’ils nous apprenaient seulement les choses qu’ils voulaient que l’on sachent. Que les textes que je pensais historiques dans ces livres d’Histoire étaient écrits par les gagnants et donc racontés à leurs profits.
Et puis le goût de l’écriture est venu compléter cette envie de savoir, m’a permis de m’apaiser, de pouvoir gueuler tout ce que je ne pouvais pas dire, de me confier.


Voilà donc le chemin assez tortueux d’un jeune qui cherchait quelle case la société lui avait fabriqué. Celle réservée aux homos ? Celle destinée à ceux qui vont en suer toutes leurs vies pour pas grand chose au final ? J’avais comme le sentiment d’être d’un côté un « pd » pour les jeunes de banlieues, de l’autre une « racaille » pour les homos.

De toutes façon, je ne pourrais pas me ranger dans une catégorie, parce-que comme chaque personne je suis bien plus qu’une sexualité ou un milieu social. Ma place fait partie des révoltés, et chaque manifestation auquelle je participe, chaque ligne que j’écrit à chaque fois que je prend le stylo, chaque pensée qui me viennent à l’esprit quand je suis face à ces moutons me le confirme.

Aujourd’hui je n’ai toujours pas fait de coming-out, à personne, mais j’ai au moins réussi à comprendre qui j’étais et à l’accepter. C’est sûr, c’est encore parfois difficile de devoir s’en cacher, mais pour l’instant ma tête est en harmonie avec mon cœur. Je ne force plus à faire comme les Autres, à m’afficher avec des filles aussi mignones qu’elles peuvent être mais qui ne m’attirent pas. Ça arrive que ça emmène à quelques interrogations, mais je m’en fous, ces questions moi j’ai trouvé les réponses. Et puis je n’ai pas tellement envie de le dire, parce qu’après tout je trouve que c’est quelque chose d’intime, qui ne regarde que moi, et que je ne cherche pas à savoir ce que les Autres font dans leurs lits.


Qui qu’on soit, il est souvent difficile de s’affirmer quand on est l’opposé du modèle imposé par le systeme, mais je voudrais qu'on m'explique qu’est-ce qui peut justifier qu’on en vienne à demander à un jeune beur, ou un noir de devoir s’intégrer dans notre pays alors qu’il est né ici ? Comment un jeune adolescent peut en arriver à avoir le dégoût de la vie, au point de vouloir mettre fin à ses jours parce-qu’il se rend compte qu’il est homosexuel ? Pourquoi toujours montrer du doigt une personne qui a choisi de vivre autrement que les modèles imposés ?
Pour moi la Gay-Pride, les marches pour les Femmes, la lutte contre le racisme, et toutes autres manifestations qui se battent contre toutes sortes de discriminations n’auront un vrai impact que le jour où elles se réuniront toutes pour marcher main dans la main et montrer au monde qu’on est tous libres, égaux et semblables.
Mais pour en arriver là, il y a encore tant de combats à mener…





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