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Il dort
par LucasIsCalling le 17 Juin 2006 dans Ta vie / Expériences vécues
15 commentaires


Retour sur une après-midi paisible

J'ai retrouvé ce récit (écrit il y a quelques temps déjà) en surfant récemment d'un lien à un autre. Etrange sensation que de retrouver des écrits passés sur d'autres sites... En le relisant, de nombreux souvenirs m'ont littéralement inondé l'esprit et le coeur. Je vous le propose.



Il dort calmement sur le convertible, à quelques mètres de moi.

On ne sait pas s'il dort profondément, ou s'il a à peine fermé les yeux quelques instants. Il semble avoir été là depuis toujours. J'aime le regarder simplement, voir son torse s'élever silencieusement puis se reposer doucement. Une forme de justesse évidente s'élève de son sommeil. Je n'ai pas envie de le réveiller, ni même de le toucher ; ce serait cruel. Juste le regarder. Dans ce moment, son univers se suffit à lui-même.

Il fait bon dans l'appartement. Les volets baissés ne laissent passer le soleil de l'après-midi qu'en fins pointillés lumineux dessinés sur le sol. Les quelques bruits de la ville sont affaiblis par le souffle régulier du ventilateur, à peine un mouvement d'air. L'ambiance est propice à la quiétude et à la contemplation.

Je suis assis au sol à hauteur de son visage. Sa tête est posée sur son bras droit, sur un coussin. Il est immobile, on dirait qu'il respire à peine. Ses traits restent fins dans la semi-obscurité. Ses sourcils également. Sa bouche est légèrement entrouverte. J'ai toujours aimé regarder les gens dormir, c'est là qu'ils se révèlent être les plus naturels, les moins théatralisés. Son sommeil silencieux et paisible me capte. Son corps n'est pas recroquevillé, ou tourmenté dans une posture complexe ; il est simplement allongé, un peu de coté, sur toute sa longueur. Son torse à la peau claire rythme lentement le temps qui passe. Je voudrais dépenser des heures de ce temps qu'il définit ainsi.

Sa cohérence est incroyable. Elle l'était déjà lors de notre première rencontre. Il se définit un but, et il s'y accroche, sans changer de route, même si, en apparence, il peut donner l'impression de faiblir ou d'avoir du mal. Mais il tient le coup. A l'image de son physique, détermination et fragilité semblent mêlées en lui dans toute décision qu'il prend. Je rencontrerai un homme, même si c'est dur. Je le reverrai, même si c'est compliqué. Je viendrai passer du temps avec lui, même si c'est loin.

Après avoir pris un peu de temps et de recul suite à une première rencontre, il a souhaité que l'on se voit à nouveau, sans la pression telle qu'elle pouvait être palpable la dernière fois -- le lieu, l'heure, le programme, l'inconnu, la peur. Une terrasse de café tranquille a fait l'affaire, à l'écart de son village. Il était détendu, comme quelqu'un qui a franchi une étape. Nous avons parlé de nous longuement, nous avons beaucoup souri et beaucoup ri, sans s'en sentir forcé. Sa sincérité m'a beaucoup touché, tout comme sa tendresse à fleur de peau. Et ses grands yeux bleu clair, souvent interrogateurs, parfois malins, sont magnifiques.

Et puis il s'est débrouillé pour venir en stop pour quelques jours, avec quelques affaires. Pas facile, m'a-t-il fait comprendre, par rapport à la famille vraisemblablement, qui est soupçonneuse. Là encore, il tente de gérer du mieux qu'il peut. Son premier geste en arrivant aura été de me sauter au cou et de m'étrangler de câlins.

Je contemple ce petit bout d'homme dormir dans le silence de l'après-midi.

Le sommeil est un état vulnérable et un moment trop souvent contraint. Il y a des sommeils apathiques, agités, nerveux, lourds, bruyants, ronflants ; des situations où on ne doit pas dormir, des heures où il faut absolument dormir, des endroits inconfortables, des radio-réveils, des comprimés pour tomber, d'autres pour se relever. Lui dort calmement. Il se dégage une impression d'aise et de sérénité. De confiance.

Je veille sur son sommeil. Il me l'a implicitement demandé, en s'endormant lentement, blotti tout contre moi, quelques minutes auparavant.




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