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CO aux amis
par Guillaume86 le 17 Septembre 2005 dans Ta vie / Coming-out
10 commentaires


Résumé à peu près complet de tous mes CO depuis que j'ai décidé de m'assumer.

… ou « La classe comment je les ai trop bien choisis !!! »


Novembre 2003.

Je suis à une table de la salle d’étude, et je déprime comme un rat mort. La vie est trop dure, trop injuste, quel intérêt de passer son bac si on n’a pas de petit ami avec qui partager l’euphorie de la victoire, j’ai presque 17 ans et j’ai raté ma vie, je vais finir célibataire et même pire, vierge, bouffé par mes chats parce que personne ne se soucie de mon sort vu que je suis un pauvre type sans intérêt, bouhouhou, bref le refrain habituel…
Tout à coup déboulent deux filles de ma classe. Je ne les connais que depuis septembre, mais on a très vite accroché. Elles s’installent à ma table et commencent à me bombarder de questions sur les raisons de mon coup de blues. Je décide m’outer. Ou plutôt de faire en sorte qu’elles m’outent. Au bout de cinq minutes, Delphine sort « Tu es gay ? » suffisamment fort pour que la quart de la salle entende. Oui, je le suis. Véro s’exclame, aussi fort : « Bah c’est génial ! ». J’explose de rire.

Ce premier CO (hors famille) m’a permis de me décoincer à un point non négligeable. C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à devenir du genre à relever tous les sous-entendus grivois qui pouvaient se cacher dans une phrase innocente. Oui je sais c’est un effet secondaire un peu spécial…


Janvier (ou février) 2004.

Toujours en salle d’étude. Je suis avec Véro, Marina et d’autres filles que je ne connais pas vraiment. L’une d’elles parle de Grèce antique et se fait chambrer par les autres. Je viens à sa rescousse « J’aime bien la Grèce antique moi ! ». Véro me regarde bizarrement, avec un sourire en coin, et fait « Ouais c’est à cause de l’île de Sodome, c’est ça ? ». On se met tous les deux à rire. « Nan nan c’est pas ça… Même si ça me dérangerait sûrement pas non plus, au contraire… ».
Marina intervient : « Qu’est-ce qui ne te dérangerait pas ? ». Je bloque, mais je lâche quand même de vagues indices. Elle dit : « Tu sais que je n’abandonnerai pas avant de savoir ? ». Je le sais, c’est justement pour ça que je la guide. Au bout d’un moment elle passe à autre chose. Désespoir, comment vais-je faire ?

Soudain elle hurle (mais vraiment) : « J’ai trouvé !!!! Viens par là ! ». Elle m’emmène comme une furie hors de la salle et dit : « Tu préfères les garçons. ». Ca ne ressemble pas à une question. J’acquiesce. « Ca ne me dérange pas. » Et elle retourne s’asseoir, me laissant planté comme un con devant la porte de la salle, essayant de comprendre ce qui s’est passé pendant la minute précédente.


Quelques semaines plus tard.

Marina appartenant à tout un groupe d’amies, je ne peux pas le dire à elle sans mettre les autres au courant. Je me motive (et elle me motive). Cette fois-ci JE prononcerai le mot fatidique, celui que je n’ai encore jamais prononcé à voix haute devant quelqu’un d’autre que moi. Cette fois-ci, ce sera vraiment MOI qui ferai mon CO.
Arrive la récréation. On se réunit tous, comme d’habitude. Marina n’est pas là, c’est le moment idéal. J’attends un blanc dans la conversation (blanc qui arrive assez vite, dès que les filles se sont rendues compte de la tête que j’affichais) et je me lance : « J’ai quelque chose à vous dire. ». Aussitôt tout le monde prend un tête d’enterrement : maladie grave, déménagement, mort dans ma famille, que se passe-t-il donc ?

Je baratine un peu et finalement je lâche le morceau : « Je suis homosexuel. ». Grands yeux, silence de mort. Puis commentaires enchaînés : « On s’y attendait mais ça fait un choc », « Tu le sais depuis longtemps ? », « T’es déjà sorti avec un garçon ? », « T’as pas peur, par rapport au sexe ? » (celle-là m’a déridé totalement)…


Fin mai 2004.

Le bac approche, mais ce n’est pas ça qui m’obsède. J’ai la tête entièrement occupée par la question « Comment réagirait la classe ? ». Je décide de prendre le problème à bras-le-corps. J’en parle à Véro et Delphine. Véro me dit que je suis un taré comme on n’en fait plus et essaie de me dissuader, Delphine me dit que je suis un taré comme on n’en fait plus et ajoute que si je m’exécute elle me considèrera comme un demi-dieu.

Mardi après-midi. Arrive le cours d’histoire. Je stresse tellement que je ne peux plus réfléchir (en même temps c’est pas un cours très exigeant en matière de réflexion). Fin de la première heure. Je vais voir le prof, et je lui dit que j’ai quelque chose à dire à la classe à la fin du cours. Pas de problème, c’est un prof cool.
Fin de la deuxième heure. Le prof m’a oublié. Je me manifeste à nouveau, le ventre totalement noué et il me cède la place (ouah rien que de l’écrire je stresse de nouveau !!!). Je commence :
« Bon, j’ai un truc à vous dire, mais je ne vais pas le faire ici, alors pour ceux que ça intéresse, rendez-vous sur le pelouse du self tout de suite. Ça ne concerne pas du tout les cours, c’est un truc sur moi. »
le prof commence à moitié à paniquer, il me propose de me laisser la salle et tout, c’était trop drôle (enfin sur le coup non). Je refuse (j’avais assez cogité mon truc, je ne voulais pas de changement de plan de dernière minute). Evidemment tout le monde m’a suivi jusqu’au self en me bombardant de questions moins cohérentes les unes que les autres.

Ils s’assoient sur la pelouse, je reste debout. Je n’ai jamais connu un tel stress. Je me demande vaguement si la bac sera pire (après vérification, le bac n’est rien à côté d’un CO à 20 personnes). Je commence mon discours, tourné et retourné dans tous les sens pendant les trente dernières nuits d’insomnie (en fait plus que ça vu que j’envisageais ce CO depuis janvier).
Je finis par sortir les trois mots magiques. Dès ce moment-là, le vide m’envahit. Je sais ça paraît super cucul de dire ça, mais c’est vraiment ce qui s’est passé. J’ai le cerveau et les jambes en coton, je ne capte plus rien du monde extérieur, c’est la première fois que je me sens aussi impuissant, je vous flou, j’entends mal, c’est hallucinant. Tout le monde applaudit, mais je m’en rends à peine compte. En fait j’ai demandé le surlendemain à Delphine si je n’avais pas rêvé ce passage, pour donner une idée de à quel point j’étais à l’ouest.

Finalement je reprends mes esprits et je finis tant bien que mal mon discours. « Ca ne change rien », « C’est vachement courageux de ta part, ça prouve à quel point tu nous fais confiance », et quelques questions basiques. Je suis fier, je suis un kamikaze. Je les ai fait rire deux fois, un exploit dans mon état de nerfs.
Là encore aucun regret, j’ai adoré le méga coup de stress autant que leurs réactions.


Septembre 2004.

Arrivée à l’internat. Véro et Fabian viennent visiter ma chambre. Fabian dit :
« C’est dommage que tu sois pas dans l’aile des filles !
VĂ©ro riposte :
« A mon avis ça le g^ne absolument pas. Au contraire, surtout avec une porte qui donne sur les douches… »
Je suis trop soufflé pour répondre. En matière de discrétion on fait mieux… Fabian est du genre macho qu’on imagine bien avec une bonne couche d’homophobie, surtout si je me fiais à certaines conversations de l’année précédente à ce sujet.

Quelques jours plus tard, j’appelle Véro pour lui dire que je vais aller visiter les bars gays de Caen (ouais trop cool enfin une ville digne de ce nom !!!). Elle flippe pour moi. Elle me rappelle un peu plus tard.
« - Si tu veux Fab et moi on t’accompagne.
- Fabian ?
- C’est lui qui a proposé.
- Gné ?
- Bah ouais il est pas con, il a capté avec ma gaffe.
- Ok, bah ça marche alors.
Tous les bars étaient fermés, à leur grand soulagement.


Début d’année scolaire 2005.

Un jour au CDI, avec Mélanie. Je ne sais plus comment c’est venu sur le tapis. J’ai sorti la périphrase du millénaire : « Disons que je ne conçois pas de trouver le bonheur auprès d’une femme ». « Ah ok. Bah tu sais le cousin de mon père est homo, d’ailleurs il vient d’ouvrir un bar à La Rochelle. »

Quelques jours plus tard, toujours au CDI. Je commente les spécimens masculins avec Mélanie, quand Flore arrive :
« - Mais pourquoi tu parles de garçons avec Mélanie ?
- Bah parce que ça m’intéresse aussi !
Elle éclate de rire. Finalement elle comprend que je ne dis pas de conneries (c’est vrai qu’elle n’était pas habituée) :
« - Hein ? Mais… Tu m’annonces ça comme ça, en plein CDI ?
- Bah… ouais.
- Mais c’est vraiment vrai ?
Et la série de questions inhérente à tout CO à des gens peu habitués.

Même période.
Un double CO entre deux cours, à deux filles de ma classe. Bonne réaction aussi

Courant de l’année.
Outage partiel auprès des garçons internes via affichage des messages ambigus sur la porte de ma chambre : « Il n’est rien de plus beau qu’on corps d’homme. Il suffit de me regarder pour s’en convaincre. », puis « Soyez fier de votre différence. Puisez-y votre force. » (avec « différence » écrit aux couleurs de l’arc-en-ciel). Aucun moyen de vérifier les conséquences, à part peut-être une diminution de l’emploi des termes « PD » et « enculé » dans les couloirs.

Outages multiples auprès des filles de l’internat, indirectement toujours, par allusions puis matage et commentaires avec celles qui savaient en présence de celles et ceux qui ignoraient. Ca passe vachement bien comme ça, les gens peuvent se mentir tant qu’ils ne se sentent pas prêts à ouvrir les yeux, on ne leur cause pas un gros choc et ils voient que tu le vis bien et sans complexes.

Vendredi 9 septembre 2005.
Dernier CO en date. Un ancien camarade de classe parti en médecine est venu nous dire bonjour (et nous dire que la médecine, c’est ultra facile après une année de prépa). Il est entré dans ma chambre et a vu la photo de deux hommes en train de s’embrasser.
« - Ah, c’est deux garçons… »
Et on a continué à discuter.





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