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Entre le temps passé et le temps qu'il me reste... (réflexions d'un homo tardif)
par Littleyoda69 le 15 Juin 2008 dans Ta vie / Coming-out
16 commentaires


Une réflexion sur mon parcours, sur le temps perdu pour me trouver.


Flash back… Temps passé…
Des souvenirs d’une enfance heureuse, insouciante comme tout le monde devrait en avoir une. Bien des années plus tard, ca reste toujours une lumière dans la nuit, la certitude que le bonheur peut exister sur Terre.
Adolescence, qui rime avec souffrance, mais je ne prononce pas le mot, inimaginable, ma vie est déjà bien assez difficile, ou le monde bien trop rude pour les cœurs purs. Les fondations de la prison sont posées, et les hauts murs se construisent, pierre après pierre, pour se protéger, ou alors pour enfermer ce cœur qui se rempli de larmes ?
Heureusement ( ?), la vie est là, avec ses contraintes, son rythme, les études, les amis, la famille, le travail, et les années défilent comme des grains de sable qu’on ne peut retenir entre ses doigts. Bien sûr, dès qu’on arrête de courir, le monstre vous rattrape et le combat recommence : « est-ce que je le suis ? ». Mais à chaque fois, on repousse l’ennemi, épuisé, laminé, agonisant, mais on croit être victorieux : « non, je ne suis pas comme ca, c’est impossible, ma vie serait bien trop difficile, ce n’est pas ce qu’on attend de moi ». Pourtant, aucune victoire n’a été célébrée, au fond, je sais que la guerre ne fait que commencer, et qu’il y aura bien d’autres batailles, certaines (trop peu) rapidement gagnées, d’autres très dures, certaines mêmes où les blessures ont faillis être mortelles, et on n’est plus vraiment le même après ca. Mais je me relève, je laisse les cicatrices se refermer comme elles peuvent et je me retranche un peu plus, les mûrs s’épaississent, je barricade les fenêtres, même si pour ca, je suis obligé de rejeter tous mes sentiments, sans distinction, sans exception. Et ca marche, la mort de mon père ne m’a arrachée que quelques larmes : comment pourrais je regretter la mort de quelqu’un moi qui souhaite tant partir d’ici, qui ai abandonné tout espoir ici bas ?

Avance rapide…
Ca y ait, à force d’entraînement, le cœur totalement anesthésié, du haut de mes remparts, je ne vois plus le moindre signe de la bête, je ne vois pas le moindre signe de vie non plus d’ailleurs. Plus de 10 années se sont écoulées, et il semblerait que ma vie soit toute tracée, moi l’enfant sage, devenu un adulte modèle, qui a bien fait tout ce qu’on attendait de lui, à part peut être trouver une compagne, mais on ne peut pas tout avoir.
L’attaque m’a surpris au détour d’une nuit calme, le monstre m’a sauté à la gorge, et j’ai cru que je n’y survivrais pas, qu’il allait m’arracher le cœur. Mais finalement, il a juste brisé les mûrs qui l’entouraient, et puis il s’est assis à mes cotés, doucement, pour me regarder pleurer et redevenir celui que j’étais vraiment, cette personne que j’avais oublié, moi qui étais devenu un étranger. Ce monstre, cet ennemi intérieur, cet ami, ce frère d’armes qui s’est battu contre moi pour mon bonheur, m’a montré la vérité que mes yeux ne voulaient pas voir, pas par honte mais par peur, peur des autres, peur du rejet, peur de décevoir, peur d’être maudit et malheureux à jamais, peur d’être trop sensible pour y survivre…

Temps récent…
Je l’ai toujours su, je le sais, je me le suis dit : « je suis homo ». Je l’ai même dit aux autres, et quelle surprise, ils n’ont pas eu peur, certains ont même applaudi ! Du haut des ruines de mon ancienne forteresse, je redécouvre le soleil, les autres, la vie, comme je ne l’avais pas vu depuis un million d’années. Mon cœur débordait de larmes, et maintenant, il est prêt à déborder d’amour, ca me fait même parfois peur de voir que j’ai pu en accumuler autant durant ces années.
Je me suis baigné dans ce bonheur inespéré, dans l’espoir d’une vie enfin retrouvée, d’un avenir enfin possible. Bien sûr, au début, avec prudence, puis avec plaisir. Il m‘a fallu aussi un peu de temps pour me débarrasser des derniers fragments de mon armure, et puis après, pour ne plus me sentir diminué, pour comprendre que je valais autant que les autres, peut être même plus qu’eux parce qu’ils n’avaient jamais combattu un ennemi si implacable, pour comprendre que ma vraie force venait de l’intérieur, et que maintenant que je ne menais plus une guerre impossible à gagner, j’étais plus fort que jamais, comme si j’avais comblé un vide.

Temps présent…Le temps qu’il me reste…
Plus de 10 ans, perdus à jamais, irremplaçables, et toutes les cicatrices qui vont avec… Quand je vois les combattants d’aujourd’hui, 20 ans de moins que moi, victorieux et arborant fièrement leur bannière multicolore, je suis fier d’eux, heureux de voir que le monde est plus lumineux aujourd’hui. Moi qui me croyais courageux, c’est une vérité qui fait mal, et pourtant, j’ai fait de mon mieux, c’est ce que tout le monde fait, mais j’aurai aimé être capable de plus, d’être plus…
Quand je regarde le monde, ce futur qui est désormais comme une toile vierge qui n’attend que moi, j’ai le sentiment que tout est possible, que la liberté m’appartient ! Parfois, ca me fait peur, personne ne m’a préparé pour ce voyage dans l’inconnu, et pourtant, j’ai la conviction que le voyage peut être merveilleux, que ce temps passé (perdu ?) m’a appris à la fois à éviter les écueils et à profiter totalement de ce que la vie offre de plus beau.
Les regrets, pour l’instant, m’accompagnent dans mon voyage, j’espère que mon prince charmant saura m’en débarrasser, j’essaye de ne pas y penser trop souvent, de me dire que la seule chose que je peux décider, c'est ce que je vais faire du temps qu’il me reste. Tout est à (re)construire, comme un nouveau départ arrivé à mi-chemin de mon existence : c’est effrayant, c’est bien, c’est beau, l’espoir est mon compagnon de voyage, la foi en l’avenir mon étoile… Je respire, je souris, je n'ai plus peur, je suis en paix, je suis heureux, je m’aime, j’ai hâte d’aimer…




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