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True colors, don't be afraid to let them show
par fredouille le 19 Juillet 2005 dans Ta vie / Coming-out
15 commentaires


CO d'une epoque révolue

Salut tous,
Comment pouvons-nous donner l’expérience d’un ou plusieurs CO sans parler de l’avant, sans donner les codes premiers ?
Me concernant, ce n’est pas possible, c’est hors de mes moyens : je suis incapable de décrire et comprendre le motif d’une tapisserie ou d’un tableau sans en avoir une vue d’ensemble. Aussi, avant que d’aborder cette étape importante de ma vie, de toute vie d’homo, j’ai besoin de vous faire un petit topo de ce que j’ai vécu auparavant et des raisons qui m’y ont conduit.

HĂ©las
Il ne faut jamais revenir
aux temps cachés des souvenirs
du temps béni de son enfance.
Car parmi tous les souvenirs
ceux de l'enfance sont les pires,
ceux de l'enfance nous déchirent
Barbara


Je naquis (ça nous arrive à tous) au temps des barricades, lorsque le rêve de toute ménagère était une cuisine en formica flambant neuf aux papiers peints orange. C’était l’époque des choucroutes et du maillot de bain en macramé. Cet évènement majeur de mon existence se produisit dans cette région coincée entre mer et montagne qui n’était pas encore devenue le bronze cul de la gauche caviar que l’on appelle aujourd’hui bourgeois bohême (remarquez comme le terme de gauche a disparu…). En gros, une partie de la Provence peuplée d’agriculteurs et de payses qui étaient capables de vraie générosité comme des pires mesquineries (re-lisez Giono, et vous comprendrez que ceux qui disent que la Provence est terre accueillante vont droit dans le mur).
Dans un village oĂą, comme tout village qui se respecte, les querelles politiques allaient bon train et oĂą on ne pouvait ĂŞtre que pour ou contre une Ă©quipe. Il se trouvait que mes parents Ă©taient contre.

C'est vrai qu'ils sont plaisants tous ces petits villages
Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités
Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages
Ils n'ont qu'un seul point faible et c'est être habités
Et c'est être habités par des gens qui regardent
Le reste avec mépris du haut de leurs remparts
La race des chauvins, des porteurs de cocardes
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Brassens


J’ai pu échapper à la contrariété des gauchers grâce à un médecin scolaire qui sortit la kala avec l’instit, cela ne m’a pas empêché de commencer à m’en prendre plein la gueule pour d’autres raisons. Dans tous les pays les insultes font référence aux tabous. Ici cela concernait les choses du sexe, et le pire de tout était de se faire traiter de sale pédé, les hétéros devaient être propres. En effet, la mesquinerie du chaland est telle que l’on attaque ce qui ne peut que difficilement se défendre, les enfants sont une cible de choix. Le résultat est un début de cycle d’enfermement et d’évasion dans un monde fantasmé.
Et puis, de toute façon, on en était encore à l’époque où l’on raccourcissait les criminels et où les pédés étaient des fléaux sociaux (l’abolition date de 81). Il n’y avait donc rien à dire.
Puis les années collège où l’on passe du lépreux au paria, et où l’on lutte contre les premiers émois. Après s’être fait traiter de pédé pendant autant de temps comment accepter l’attirance que l’on éprouve pour Didier qui a un joli petit cul sans rire au nez de Nicole qui vous fait des avances ? On s’enferme, on se dégoûte, et les parents qui ne comprennent rien à l’affaire. Et pour couronner le désastre, une CPE qui vous jette à la gueule qu’un garçon ça ne pleure pas si ça veut devenir un homme (encore une qui avait tout compris). Dans toute cette période un oasis, un grand père qui avec la multiplicité des coups du sort apprend par sa simple présence que tricher c’est commencer à perdre, et que, dans ces cas là, le plus simple est de se retirer en soi.
Passage au lycée et, sans aveu, première crise de larmes car l’on ne suit pas le superbe hétéro duquel on était tombé amoureux. Que je hais cette expression : on tombe d’un escalier, être dans l’état amoureux à plutôt tendance à nous faire, trop, planer.

RĂŞver un rĂŞve impossible,
porter le chagrin des départs,
brûler d’une possible fièvre,
partir oĂą personne ne part,
aimer jusqu'à la déchirure,
aimer, mĂŞme trop, mĂŞme mal,
tenter, sans force et sans armure,
d'atteindre l'inaccessible Ă©toile
Brel


Au lycée, l’internat, et l’impossibilité d’encore ignorer ce que l’on avait découvert en 5°, certaines réactions physiologiques dans les vestiaires qui conduisaient à la piscine. Mettez 30 adolescents de sexe mâle ensemble, dans les mêmes chambres et les mêmes douches et il y a peu de chances pour que quelque chose reste caché. Mais on reste vierge de corps bien après ne plus être vierge d’esprit. Le déchirement entre ce que l’on éprouve et le dégoût que l’on s’inspire. L’envie d’avoir le courage de fonctionner comme le voisin du box d’à coté qui s’est trouvé un copain, et qui arrive à le vivre. Et les phantasmes que l’on développe sur certains de nos compagnons de fortune. Et l’apparition du SIDA qui vient la dessus comme la peste se joignant au choléra.
Puis, arrive ce qui jamais ne dois arriver, ce que l’on ne souhaite jamais à qui que ce soit, une véritable cassure, le passage d’une vie difficile à une survie qui devient impossible. Une tentative de viol que l’on subit, qui est stoppée mais non dénoncée. On se sent sale, coupable, criminel. En effet, pourquoi doit on cacher cela si l’on est la victime, pourquoi nous demande t’on de nous taire ? De taire à enterrer, le pas est vite franchi à l’occasion d’une déprime. Et une complication de plus pour une vie sexuelle inexistante.
Tout cela, pour arriver à la fac où l’on recommence à s’éveiller cahin-caha, où voici venu le temps des premiers émois et où l’on apprend l’exacte différence entre baiser et faire l’amour avec quelqu’un en qui l’on avait toute confiance. Du coup on fait semblant d’essayer avec le sexe opposé et on se dégoûte sans pour autant arriver à quoi que ce soit.
Passe le temps et les années, premier vrai copain, tout semble sourire à part un détail, presque rien, aucun CO ni d’un coté ni de l’autre et où la sexualité est honteuse, forcément. Où aussi le premier CO arrive à la meilleure amie qui réagit en disant « ben, il était temps !!! », moment de bonheur.
Ephémère car un bonheur ça se dit, ça se hurle, et ne pouvoir le dire, ne pouvoir le communiquer, ça le sclérose.
La relation part à veau l’eau, on en parle aux gens les plus intimes qui réagissent le lendemain en vous traitant de « sale pédé ». Et là, à nouveau, le passé qui revient en avalanche, et où l’on se dit que si vivre s’est être entraîné par le fond lorsque l’on commence à sortir la tête hors de l’eau autant passer muscade, car retourner aux noires années de l’adolescence on ne le supporterait pas. On fait donc le tour des dragées définitives pour, avant d’accomplir l’irrémédiable, joindre ceux qui comptent et se rendre compte que l’on risque de les détruire. Et donc continuer.
Continuer aussi à porter un amour qui n’en est plus un, car celui qui nous a tant donné et à qui l’on a tout donné, du moins le crois t’on, est incapable de regarder la vérité en face et a besoin de se rassurer dans les bras d’une fille.

J'en ai vu, comme nous, qui allaient Ă  pas lents
Et portaient leur amour comme on porte un enfant.
J'en ai vu, comme nous, qui allaient Ă  pas lents
Et tombaient Ă  genoux, dans le soir finissant.
Je les ai retrouvés, furieux et combattant
Comme deux loups blessés. Que sont-ils maintenant ?
barbara


On essaie de se contenter de ce que l’on nous donne, on est vraiment con quand on est amoureux. Et puis, un jour, il va trop loin. On quitte avec perte et fracas tout en étant encore totalement pris avec le cœur qui est un gros sparadrap.
Dans le même temps on se rend compte que l’on vient de passer à coté de quelque chose avec un garçon à l’armée, mais c’eut été se comporter d’une manière que l’on vomit : comment aller vers l’un en pensant à l’autre ?
On continue en se noyant dans le travail, puis on fuit à l’étranger pour essayer de faire le point loin de tout. Et se rendre compte qu’il y a toujours la place pour les problèmes dans les valises. Retour en France ou quelque chose a changé, le PACS est passé par là avec son lot d’horreurs de la part d’une arrière garde acariâtre et frustrée.

Regarde :
Quelque chose a changé.
L'air semble plus léger.
C'est indéfinissable.

Regarde :
Sous ce ciel déchiré,
Tout s'est ensoleillé.
C'est indéfinissable.
Barbara


Et la tout commence à nouveau, on essaie d’être vraiment honnête avec les siens, pour se rendre compte que la mère avait déjà de lourds soupçons lorsqu’elle demande si on a une copine ou un copain que l’on est à deux doigts de se prendre la pile du pont de Bercy, pour finir mutique sur la question. Puis on prend son courage à deux mains, et comme à chaque fois, on écrit lorsque la parole est trop difficile, lettre de 6 pages où l’on donne les codes comme je le fais aujourd’hui. Pour récolter une pseudo acceptation et un refus de ce que son fils a vécu, pourtant on préserve, on ne parle pas de l’innommable. Pourtant on prévoit, bien qu’étant dans une période de célibat le courrier part après la naissance des premiers petits enfants, histoire de rendre la pilule moins amère.
Au final il faut 3 ans ponctués de CO qui suivent celui là pour que eux acceptent et que moi, j’accepte qu’ils acceptent : il est tellement plus aisé de se dire que le problème vient d’eux…
Pour au final, se rendre compte que mentir aux autres même par omission, à partir du moment ou ces autres sont des gens à qui l’on tient, des gens qui nous définissent, on se ment à soi même. On est dans une attitude schizophrène, constamment, avec eux. Et que, oui, pour pleinement profiter du bonheur d’être deux, il faut pouvoir le dire autour.
Qu’enfin se protéger en ne se livrant qu’à moitié ça ne marche pas : si on veut des roses, il faut aussi accepter les chrysanthèmes. Et que lorsqu’on aime, même après avoir vécu tout cela, on a toujours 16 ans et envie de bouffer le monde.

Chaque fois qu'on parle d'amour,
C'est avec "jamais" et "toujours",
"Viens, viens, je te fais le serment
Qu'avant toi, y avait pas d'avant,
Y avait pas d'ombre et pas de soleil.
Le jour, la nuit c'Ă©tait pareil.
Y avait pas au, creux de mes reins,
Douce, la chaleur de tes mains.",
A chaque fois, Ă  chaque fois,
Chaque fois qu'on parle d'amour
Barbara


Mais ne croyez pas que les gens ne s’amendent pas aux dernières nouvelles ma mère essaie de me caser avec … un avocat !
Ma chère mère, elle ne changera donc jamais. Elle a tout de même mis 4 ans avant de changer son fusil d’épaule et de changer le sexe des personnes à marier.
Et ne croyez pas que je me plaigne, car mon passé me définit et je suis fier d’être ce que je suis :

Qu'on ne touche jamais aux folies, aux orages
Qui, chez moi, naissent et meurent entre passion et rage
Et que mes grands délires me fassent toujours escorte.
La raison est venue, j'ai demandé qu'elle sorte.

Qu'on ne décide pas de mes joies, de mes larmes.
A chacun son soleil, et Ă  chacun ses drames
Et si le noir, pour moi, est couleur de lumière,
La raison, que m'importe, et qu'elle aille en enfer.

Mais comment voulez-vous, qu'un enfant laboureur,
Si on lui prend sa terre, fasse pousser ses fleurs,
Ses fleurs ?
Barbara





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