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[Article] Ou comment croire qu'on est seul au monde
par eedee le 7 Mars 2006 dans Ta vie / Coming-out
27 commentaires


Le syndrĂ´me E.T.

Pendant longtemps, j'ai cru être un extraterrestre, j'avais l'impression que personne n'était comme moi : en grandissant je me suis rendu compte que tout le monde est différent, mais qu'on a beaucoup de ressemblances avec les autres aussi.

Quand j'avais 8 ans, j'ai vu un film à la télé : on y voyait un ado emmené de force par un type, et cet ado hurlait car il savait qu'il allait se faire violer. Comme je ne comprenais pas ce qui se passait, je demandai et ma mère qui, à une vitesse phénoménale et une voix froide, me dit "le garçon pleure parce que le monsieur est homosexuel." Du tac au tac : "C'est quoi un homosexuel ?". "Bon, va au lit." Il est évident que maintenant je comprends le désarroi de ma mère à ce moment-là, ce n'était pas facile de répondre sans être préparée. Par contre, une première pierre était posée. Dans ma tête il y avait "l'homosexualité, c'est quelque chose de tellement horrible, qu'on se met à pleurer et que maman a peur."
Dans l'année qui a suivi, je me suis confié à mon frère, pour lui dire que des fois, il m'arrivait de me sentir tout bizarre au ventre quand j'étais en compagnie de quelqu'un que j'aimais bien.
- "De qui ?"
- "Mon copain."
- "Mais si c'est ça, ça veut dire que tu es pédé !!!!" (l'acteur devra jouer la stupéfaction mélangée à l'horreur et le dégoût).

Deuxième pierre.

A onze ans, je savais pertinemment ce qu'étais un pédé, une tafiole, une tantouse, un homo... Et je savais que j'en avais certaines caractéristiques, dont la principale était évidemment d'éprouver des choses pour des garçons. J'avais aussi en tête les deux pierres qui me mettaient mal à l'aise, et des petits cailloux que je recevais de l'univers du collège.

La troisième pierre, plus grosse que les autres, vint avec les mots de ma mère qui, déboulant dans le salon, alors que j'étais avec mes deux frères : "Je vous préviens, si l'un de vous est homosexuel, je ne veux jamais le savoir." Je n'ai jamais compris pourquoi ma mère avait dit ça, comment ça lui était venu, qu'est-ce qui lui avait pris ! J'étais pourtant indécelable, et mes frères n'avaient pas ce "problème". Même plus tard cette explication n'est pas venue.

Par la suite, mes plus grandes occupations sentimentales ont été d'enfouir tout ça au fond de moi, de sortir avec des filles, qui ne me dégoûtaient pas de toute façon et surtout me taire et faire le gentil garçon chéri de sa maman.

Jusqu'à mon coming out, je n'avais jamais rencontré d'homo, et l'idée que j'en avais était la Cage aux Folles en plus extravagant, avec des plumes et tout le nécessaire pour faire palir d'envie Za Za Gabor. Evidemment une voix de fausset, une allure de théière, et tous les clichés que les médias ont pu véhiculer pendant les années 80 et un gros morceau des années 90. Je n'avais même pas idée qu'un milieu homo existait, internet n'était pas démocratisé. La seule chose qui pouvait me permettre de rencontrer des gens était le téléphone et le minitel. Donc, j'ai commencé à rencontrer des mecs en vrai.

Comme j'étais complètement innocent, je pensais que c'était impossible de dire non et chaque fois que je rencontrais quelqu'un ça se finissait au lit qu'il me plaise ou non et, au retour, je me dégoûtais. Jusque-là, la pression familiale et sociale ainsi que ma naiveté avaient beaucoup joué, mais ici, j'ai également manqué de chance, car pas une seule fois entre 18 et 25 ans je n'ai rencontré un mec qui m'ait ouvert les yeux, parlé du milieu gay, d'autres comme moi. Et je pense qu'en plus je devais avoir l'air tellement désespéré que pas un n'a voulu me revoir (sans même prendre en considération mon envie à moi, je précise). Et puis, un jour, en mars, il y a 7 ans, au comble du désespoir (j'ai quand même fait 172 km pour un coup d'un soir), j'ai rencontré un mec, j'ai fantasmé ce mec, je l'ai idéalisé au possible, c'était lui ou personne d'autre, il est trop bôôô, il est tellement intelligeeeeent, en plus sa famille est au couraaaant.... Pour une fois, je rencontrais quelqu'un de "normal". Ce fût un choc.
Et oui, ça existe, et oui, tu n'es pas E.T. Une journée a suffi pour que je sois au courant qu'il y avait plein de monde qui était comme moi, que ma vie allait prendre un nouveau chemin, que le glauque était loin.

Avec mon mystérieux initiateur, ça a duré une journée. Mais j'y croyais, pas complètement débarrassé de ma naïveté (ou bétise, au choix), et ça m'a sauvé, car le lendemain j'appellai ma meilleure amie, je l'invitai à venir chez moi le soir et je me suis jeté à l'eau. Sa réaction a été le révélateur, elle était très touchée, elle ne s'en doutait pas... Puis ça s'est enchaîné, et en une semaine top chrono, tous mes amis le savaient, avaient bien réagi, très bien même, bourrins inclus. Le dernier jour de la semaine, je l'ai dit à mon frère, qui a eu la plus adorable des réactions, se mettre à pleurer car il pensait à toutes les fois où on sortait en boîte, où on allait en vacances, pour rencontrer des filles, et il s'en voulait, il aurait voulu le détecter pour pouvoir me permettre d'être moi-même.

Reste les parents.
Là, j'ai un peu (euphémisme) attendu. Je n'y arrivais pas, c'était impossible, mon père allait me jeter de la maison en bon italien macho, ma mère devait s'en douter mais elle ne pourrait rien faire, bref tous les délires que j'avais accumulé en 25 ans de carrière. Donc, le jour de la fête des pères, on est parti faire un pic-nic, avec des gens que je déteste profondémment. Une des femmes présentes, à un moment donné, a lâché un : "OH, j'ai vu la manifestation des homosexuels : ces gens, y méritent pas de vivre." Pour ceux qui sont en plein coming out, vous devez ressentir au fond de vos tripes ce qu'une phrase de ce genre peut faire. Je suis parti du pic nic, prétextant un mal de ventre ou autre. Mon frère m'a suivi et, pendant le trajet de retour, a fait du lobbying forcené pour que je le dise à mes parents le plus vite possible. Le soir, mes parents rentrent, ma mère fait à manger, met la table, appelle. Mon frère me saute dessus et me dit : "C'est maintenant, c'est maintenant, c'est maintenant !" Je n'écris pas exactement la vérité, car il a du le dire au moins 50 fois d'affilée. Et, dès le début du repas, j'ai lâché un "Maman, papa, j'ai quelque chose à vous dire, je suis homosexuel."



Interlude



Retour au coming out trépidant d'eedee :
Ca a évidemment jeté un froid.
Ma mère, congelée, qui marmonne : "Qu'est-ce que j'ai fait ? Qu'est-ce que j'ai fait".
Mon père qui se lève me prend dans ses bras et me dit : "C'est une catastrophe, mais ça ne change rien, on t'aime."
Renversement de situation totalement incompréhensible et absolument non prévu dans ma petite tête.
J'ai alors débité toute ma vie avec une voix blanche, comme si je relisais un texte que j'avais écrit, pour corriger les fautes et que ma vie en dépendait, comme il se doit.
Mais ma mère étaient toujours figée. Les "Dis quelque chose !" de mon frère, les "C'est une catastrophe." de mon père n'y changeaient rien, elle était en pleine stupeur, j'étais la Gordonne Méduse. Alors je suis parti.
Le lendemain mes parents m'appelaient. Maladroitement, avec une très grande fragilité, ma mère me dit : "On va passer le cap, laisse nous un peu de temps, on va y arriver."

Pendant un an, j'ai rattrapé le temps perdu, je suis sorti, j'ai rencontré des gens, et je me suis assumé.

Ca a pris un an pour que ma mère m'embrasse comme avant, qu'elle ne trésaille pas quand j'étais derrière elle, qu'elle me sourit avec franchise et naturel... Mais elle y est arrivé. Quant à mon père, à part des "C'est pas facile pour nous.", tout était comme si rien ne s'était passé dans son comportement à mon égard.
Six mois après le mieux, j'ai rencontré l'homme qui partage encore ma vie.
J'ai annoncé à mes parents que j'allais emménager avec lui. Moins d'un quart de seconde après que je leur ai dit ça, ils m'ont demandé quand, si ils pouvaient nous aider, quand ils allaient le rencontrer, tout ce que je connais d'eux, leur générosité, leur amour pour moi, leur gentillesse naturelle envers les gens, leur esprit de famille, tout. Tout était de retour.

Plus tard, j'ai discuté avec ma mère de tout ça, et elle m'a donné la raison de sa froideur passée : elle avait peur, elle pensait que je ne serais jamais heureux, et elle s'en voulait d'avoir mis au monde un enfant au destin malheureux. C'était sa faute.

Aujourd'hui, je n'ai plus rien à voir avec cette personne naïve, terrorisée, pathétique, finalement, que j'ai été. Je suis heureux, j'ai un tas d'amis qui m'aiment, j'ai un copain qui m'aime, et je m'arrange pour que chaque personne que je rencontre soit mise au courant, il n'y a pas de raison. Tout va bien.
Mais, là, en me replongeant dans ces événements, je pense à toute cette souffrance cachée, à ces non-dits, ces fausses informations et ces idées du Moyen âge, transmises de génération en génération, qui ont construit mon histoire et peut-être la vôtre. Tout ça, c'est là, ça existe, mais ça peut changer. Chacun de nous a cette responsabilité vis vis de soi-même et des autres.




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