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La marche des fiertés 2008 montrée au journal télévisé
par tkf le 8 Juillet 2008 dans News / Général
19 commentaires


9ème article de notre série. Après une retranscription des reportages consacrés à la gay pride 2008 sur les grandes chaines nationales, cet article vous donne les infos et quelques développement que les journaux ne vous ont pas dit !

Les journaux et reportages consacrés sur la marche des fiertés peuvent être visionnés grâce à ces liens :
http://www.dailymotion.com/video/x5y7bu_journaux-televises-gay-pride-2008-p_news
http://www.dailymotion.com/video/x5yuon_homophobie-a-lecole-reportages-fran_news

TF1 – journal de 20 heures

Claire Chazal : « La marche des fiertés homosexuelles a réuni cette après midi à Paris plusieurs centaines de milliers de personnes. Cette gay pride avait pour thème cette année les discriminations à l’école. En tête de cortège, le maire de la capitale, mais aussi le président de la région Ile de France. Romain Verley et Elsa Jirou ont suivi cette manifestation plutôt festive, vous allez le voir. »


voix off : Paris, cour de récréation cette après-midi pour la marche des fiertés. Et cours contre l’homophobie ordinaire à l’école. Le message est clair : on peut être collégien et homosexuel, on peut être lycéenne et lesbienne. Dans le cortège, toujours d’étranges créatures, mais aussi parents d’élèves, enseignants, syndicats et politiques.


Bertrand Delanoë : « Les petits doivent savoir qu’une fille égale un garçon, qu’un hétérosexuelle égale un homosexuel, et que nous sommes des êtres libres et égaux. »


voix off : Parce qu’un homosexuel n’est pas forcément une drague-queen, des plaquettes expliquant l’homosexualité aux plus jeunes seront disponibles dans les écoles. Et, autre sujet évoqué le mariage homosexuel : il est accepté par 6 français sur 10.


Rachel Easterman-Ulmann -coprésidente d’Act-Up : “La société, elle est effectivement beaucoup plus en avance que les politiques, et voilà, ce qu’on demande, c’est simple, les gays et les lesbiennes, c’est l’égalité des droits, c’est pouvoir accéder au mariage, à la reconnaissance de ce qui existe déjà : les couples et les familles. »
voix off : Et pour la première fois, un français sur deux se prononcent pour l’adoption par les couples gays.




(et là, surprise, ce n’est pas terminé : TF1 consacre un reportage sur l’homophobie et sa prévention)


Claire Chazal : Alors on l’a bien compris, l’école était le thème choisi pour cette septième édition de la gay pride. De nombreux jeunes étaient d’ailleurs présents, on les a vus dans le cortège pour dénoncer l’homophobie. Il faut savoir que des actions de préventions sont déjà menées dans les collèges et les lycées sur ce thème. Henri Dreyfus et Gilles Parrot ont recueillit le témoignage de victimes.

(En fait, le reportage ne présentera qu’une victime : Robin. Mais il le fait bien)


voix off : A 19 ans, et grâce à la musique, Robin commence tout juste à reprendre pied. Il y a encore deux ans, cet élève brillant était en terminale, mais à cause de son homosexualité, sa scolarité a viré au cauchemar. Des coups de fil anonymes, des menaces, des insultes, et une dépression comme une inévitable descente aux enfers.
Robin : « Quelqu’un comme moi qui est bien entouré par sa famille, qui a une famille qui lui a toujours dis qu’il n’y avait rien de honteux … euh … et bien il est juste entre guillemets humilié, il est juste détruit quoi. Mais euh… quelqu’un qui a honte de çà, qui veut pas en parler à ses parents, il arrive au lycée, il se fat harceler, il rentre à la maison, il peut rien dire, celui là il est mort. Comme tous ceux que je connais qui sont morts. »

(Changement de plan : le reportage montre alors une personne qui reçoit un coup de téléphone : il s’agit de la permanence de la ligne azur – la personne répond « Ligne Azur bonjour »)
voix off : C’est pour répondre à ces angoisses qu’un centre d’écoute existe depuis onze ans. Une aide pour tous ceux qui s’interrogent sur leur identité sexuelle. Et pour lutter contre ce rejet de l’autre, des associations interviennent désormais dans les lycées. Leur but : expliquer l’homosexualité et prévenir les préjugés.


Alice Guéna - présidente du MAG : « Çà aide à nous faire connaitre auprès des jeunes, et çà véhicule une image positive des jeunes homosexuels aussi, et euh … et peut-être que si l’ambiance dans la classe est moins homophobe, çà pourra aussi aider les jeunes homos, bis et trans qui sont dans les classes à mieux vivre ce qu’ils sont quoi. »
(Le reportage donne toutefois la parole à une contre-opinion à l’action d’associations comme celle du MAG)
voix off : Mais cette sensibilisation est loin de faire l’unanimité. Certaines associations y voient même une forme de prosélytisme gay.
Jean-Marie André – vice-président des associations familiales catholiques : « Que sa finalité n’est pas la lutte contre une exclusion, mais la promotion d’idées particulières, et la promotion d’une communauté spécifique. »


(Mais comme une forme de pied de nez donné aux associations familiales catholiques, le reportage conclu sur la décision d’Olivier Darcos, ministre de l’éducation nationale, qui a décidé à contre courant de ce qu’elles pensent, d’inscrire officiellement la lutte contre l’homophobie à l’école)
voix off : « Pour le ministre de l’éducation nationale, c’est dès l’école que la lutte contre l’homophobie doit commencer. Une préoccupation qui sera écrite dès la rentrée dans la circulaire remise aux chefs d’établissements ».


France 2 – journal de 13 heures


(Surprise : France 2 consacre un reportage sur la sensibilisation de l’homophobie pour faire le lien avec la gay pride qui est prévue durant l’après-midi. Pour cela, des journalistes ont suivi une intervention du MAG, l’association des jeunes gays et lesbiennes, qui intervient en milieu scolaire pour sensibiliser contre l’homophobie)
Olivier Galzi : « Des centaines de milliers de personnes sont attendues, aujourd’hui, dans les rues, à Paris. Elles ont déjà d’ailleurs déjà commencé à se réunir devant les chars, pour le défilé annuel de la gay pride. En français, le terme officiel est « la marche des fiertés lesbiennes, gaies, bi et transsexuelles ». Comme en politique, il a fallu faire une synthèse pour réunir toutes ales associations qui militent au fond pour la même chose : le droit à la différence. Et c’est pour cela d’ailleurs que cette marche à mis au centre, cette année, l’école. Thème choisi, la discrimination. Si les choses avancent d’un point de vue racial, ce n’est pas forcément le cas vous allez le voir sur le terrain de l’homophobie. Reportage dans un lycée professionnel à Choisy le roi dans le Val de Marne. Malaury Ahounou, Bernie Mériaux. »

voix off : Rires gênés, sourires en coin, gloussements, assurément, nous ne sommes pas en cours de maths. Ces jeunes sont invités à discuter sexualité, et pas n’importe laquelle
Alice Guéna – présidente du MAG et intervenante sur la sensibilisation de l’homophobie en milieu scolaire : « Qui pense que l’homosexualité, c’est pas normal ? »
Elève n° 1 (garçon) : « Moi les lesbiennes, çà me dérangent pas, mais c’est juste les garçons, les homosexuels, tout çà… »

voix off : Justement, elle est lesbienne, il est gay. Deux militants venus éprouver la tolérance de ces lycéens de banlieues parisienne.
Elève n° 2 (fille) : « Je sais pas, l’amour çà se contrôle pas… »
Elève n° 3 (garçon) : « Ce qui est le plus logique, c’est qu’un homme et une femme çà procréer, tandis qu’un homme et un homme çà fait rien du tout… »
Alice Guéna : « A chaque fois que tu vas tomber amoureux d’une fille, çà sera uniquement pour t’accoupler ? »

voix off : La question interpelle, bouscule les préjugés. Qu’est-ce que l’anormalité, qu’est-ce qui est naturel ?
Elève n° 4 (garçon) : « Je sais pas, un chien il va s’accoupler, c’est dans la nature dans le cycle naturel. »
Intervenant n° 2 : « Je ne sais pas si tu connais un peu les chiens, mais alors [inaudible] çà saute sur un peu près tout ce qui bouge. »
Alice Guéna : « Finalement la nature intègre aussi l’homosexualité aussi, on est d’accord ? »
Intervenant n° 2 : « Ce n’est jamais une valeur dominante, mais c’est toujours une valeur qui existe. »

Elève n° 5 (garçon) : « Le rapport sexuel en lui-même, çà nécessite une pénétration … »
voix off : Pratique sexuelle, religion, homoparentalité, rien n’est laissé de côté.
Elève n° 6 (garçon) : « Mais après ils vont être perturbés, aussi, s’ils ont des enfants, les enfants vont être perturbés ! »
Alice Guéna : « Si la société fait en sorte qu’ils se sentent bien dans leur école … »

voix off : En brisant ces tabous, ils s’attaquent à une homophobie latente, mais quotidienne dans les établissements scolaires, faite de clichés, de discrimination ou d’insultes.
Elève n° 3 : « Mouais, tarlouze, ouais baltringues, des trucs comme çà… »
Elève n° 7 : « J’suis un peu dégoutés, quand je vois deux hommes en train de s’embrasser, des trucs comme çà
Elève n° 1 : « S’ils se font discrets, c’est qu’il y a une raison, c’est qu’ils ont peur, des trucs comme çà. »


Alice Guéna : « Quand on est un jeune homo, et que l’on est dans une classe relativement hostile, on ne va pas le dire, çà peut aussi avoir des conséquences tout à fait facile à identifier, c'est-à-dire la dépression … euh … de l’abandon des études aussi … bon puis voilà quoi …jusqu’au suicide. »

voix off : Un jeune homosexuel a treize fois plus de risque de faire une tentative de suicide qu’un hétéro. Signe que l’éducation nationale prend ce problème au sérieux : une circulaire précise pour la première fois que la lutte contre les discriminations, notamment contre l’homophobie, devra être une priorité de la prochaine rentrée.


France 2 – journal de 20 heures


(Le présentateur Olivier Galzi aborde le sujet de la marche des fiertés en cinquième position dans le journal)
Olivier Galzi : « Comme chaque année, la gay pride a réuni beaucoup de monde dans les rues de Paris, plus de 700.000 personnes en tout. Alors, en français, la gay pride se dit marche des fiertés lesbiennes, gaies, bi et transsexuelles, c’est le terme officiel retenu par les organisateurs pour qualifier cet événement à la fois festif et politique. Abdel Mostefa, Didier Dahan. »


(Le reportage commence par une présentation assez traditionnelle du défilé : des images montrant des personnes costumées, et une petite intervention d’un participant pour décrire l’ambiance de la marche. Le reportage introduit donc le sujet en insistant sur son côté festif)
voix off : Décibelles et belles d’un jour. La 7ème édition de la marche des fiertés ne faillit pas à la règle.
Un participant : « Heureux … Ensoleillé… Comme d’hab … Cà change pas, toujours pareil »


(Le reportage fait alors la transition avec l’aspect revendicatif de la marche. On remarquera que Bertrand Delanoë est montré à l’image mais n’est pas interviewé, ni aucun homme politique d’ailleurs. Le reportage préfère en effet donner la parole à deux militantes, et le MAG est là encore une fois mis en valeur)
voix off : Comme d’hab, la gauche et la droite se sont partagées la tête du cortège. Comme d’hab, c’est à la fois festif et revendicatif. La nouveauté, c’est que cette année la manifestation met l’accent sur l’école et ses lacunes en matière de sensibilisation.

Christine LeDoare - présidente du centre gai, lesbien, bi et trans de Paris : « Les enseignants n’interviennent pas trop, y’a des jeunes qui sont vraiment moqués dans les cours d’école … euh … ils ne trouvent pas de repères, y’a rien. Y’a jamais rien au niveau des cours, au niveau des programmes, tout est vide. On parle de littérature, on ne parle surtout pas de l’homosexualité de l’auteur par exemple. »

voix off : Dans le cortège, le MAG, une association qui mène justement des actions de sensibilisation dans les collèges et les lycées pour briser un certains isolement. Une cinquantaine d’intervention par an, indispensables car les jeunes homosexuels font treize fois plus de tentatives de suicide que les hétérosexuels.

Alice Guéna – présidente du MAG : « C’est aussi la période au collège et au lycée où l’on se découvre soi-même, et çà peut être très mal vécu. C’est ce que montrent les chiffres sur la (bafouillement) suicidalité des jeunes homos.

voix off : En fin d’après midi, plusieurs centaines milliers de personnes envahissaient la place de la Bastille pour la transformer en discothèque géante, et en attendant les marches de Bordeaux et Marseille samedi prochain

(Mais ce n’est pas terminé : si le traitement de la gay pride est terminé, le journal de France 2 décide de consacrer un reportage sur l’homosexualité et l’homophobie à la campagne, intitulé « gay des villes, gays des champs »)

Olivier Galzi : « Alors, au-delà des paillettes et de la fête, l’idée de cette gay pride, c’est bien sûr de faire entrer dans les mœurs l’acceptation de la différence. Beaucoup de chemin a été fait depuis quelques années, mais aujourd’hui encore, il n’est pas toujours facile d’assumer une homosexualité. C’est notamment le cas dans les campagnes. Alors le bonheur est-il dans le pré seulement pour les hétérosexuels ? C’est le grand format de cette édition. Fanny Stenneler, Stéphane Guillemot. »

voix off : Au cœur des Alpes de Haute Provence, 800 âmes vivent loin du tumulte de la gay pride. Avignon ou Marseille sont à plus de deux heures de route. Ici, tout le monde se connait, beaucoup ont grandi ensemble, d’autres sont venus s’installer plus récemment de villages ou de région voisines.

(Le reportage débute par l’interview d’un couple et plus particulièrement de l’un d’entre eux pour illustrer plus particulièrement l’homophobie, et l’homosexualité vécue discrètement)
Didier : « Thierry t’as soif ? »
Thierry : « Ouais, ramène de l’eau fraiche ! »

voix off : Thierry et Didier vivent ensemble depuis deux ans. Une petite maison en bordure de village
Didier : « La commune, y’a d’autres gays et lesbiennes ici, oui, on n’est pas seul. »
Journaliste : « Dans le village ? »
Le couple : « Oui, on n’est pas seul »
Journaliste : « Et comment vous l’avez su ? »
Le couple : « On le sait, on les connait… »

voix off : « Ici tout le monde se connait, mais rien ne se dit ouvertement. Didier est discret. D’ailleurs, il préfère que l’on taise le nom de son village, il ne lui viendrait jamais à l’esprit de le traverser main dans la main avec son ami. »
Didier : « On se cache encore … c’est clair … parce que les gens ont peur justement, sur la discrimination, sur les casseurs de pds, çà… çà arrive aussi hein »
Journaliste : « Sur quoi ? »
Didier : « Les casseurs de pds. »
Journaliste : « C'est-à-dire ? »
Didier : « C’est à dire des gens qui viennent, qui vous cassent les voitures, qui vous brûlent même la baraque, çà arrive. »

voix off : Au travail, en famille, les tabous pèsent toujours sur sa vie.
Didier : « Même pour dire que je suis homo, c’est dur à l’heure d’aujourd’hui, c’est dur de dire à des gens que je connais pas que je suis homo. J’arrive pas à l’accepter, je … j’ai du mal … c’est vrai que je préfère de dire que je suis différent… »


(Le reportage prend ensuite le contrepied avec une situation toute différente, illustrant l’intégration de l’homosexualité à la campagne)
voix off : A 16 km de là, d’autres assument pleinement leur homosexualité. Nous sommes dans le village de thoard. Ronald Grootaers s’est installé ici depuis une vingtaine d’années. Il s’est présenté comme tête de liste aux dernières municipales. Et son bon score, 43 %, démontre qu’ici, les homosexuels peuvent être populaires.

Un habitant du village : « Ils sont gentils, ils ne m’insultent pas, je ne les insultent pas non plus, je respecte leur idée tant qu’ils embêtent personne. »

voix off : « Il y a cinq ans, Ronald Grootaers a monté une association : la pink pastorale. Une initiative qu’il a prise pour faciliter la vie des homosexuels à la campagne.
Ronald Grootaers : « En ville, l’homosexualité peut passer complètement inaperçue, elle est extrêmement banalisée si vous voulez. A la campagne, elle devient plus visible, et donc avec la proximité, elle peut poser des problèmes. »
voix off : Des problèmes apparemment moins nombreux aujourd’hui car petit à petit les mentalités évoluent.
Maire de Thoard : « On est arrivé à un niveau d’évolution de la civilisation où les homosexuels sont acceptés, donc les opinions sont partagées, aussi bien qu’avec la ville je pense. »

(Et en guise de conclusion)
voix off : Les esprits s’ouvrent progressivement. La preuve : ce reportage, sans doute irréalisable il y a encore vingt ans.


France 3 – l’édition nationale du 19/20



La présentatrice Catherine Matausch aborde le sujet de la marche des fiertés en 3ème position dans l’actualité.
Catherine Matausch : « Dans l’actualité également la 7ème marche des fiertés, ou si vous préférez la gay pride française. Plus de 600.000 personnes y ont participé cet après-midi. Avant notre reportage, ce sondage très intéressant IFOP à paraître dans le Journal du Dimanche : pour la première fois une majorité de Français se déclarent en faveur de l’adoption chez les couples homosexuels : 51 % de pour. Un plus grand nombre encore approuve le mariage entre deux personnes du même sexe. Neuf ans après le PaCS, les mentalités ont donc beaucoup évolués. Toutefois, l’homophobie est toujours une actualité : c’est pour cela que cette l’année, l’accent a été mis sur les discriminations à l’école. Jean-Christophe Batteria et Jean-Bernard Heyer. »


(La voix off introduit le sujet en présentant le défilé et ses revendications, tout en montrant les images traditionnelles de quelques participants aux costumes extravagants)
voix off : Fièrement, derrière la bannière arc-en-ciel, deux heures de défilé joyeux contre les discriminations. La marche de Paris, la gay pride, demeurent après 26 ans une des plus grandes d’Europe. Très fédérateur, le thème générique cette année est celui d’une école sans discrimination.


(Suivent alors deux interviews d’hommes politiques de gauche)
Bertrand Delanoé – maire de Paris : « Toutes les batailles pour les libertés valent d’être menées, et celle-ci notamment à l’école, pour que tous les petits gamins à l’école sachent que nous sommes égaux quelques soit notre identité. C’est une bataille de civilisation. »

Jack Lang - député PS : « Il ne s’agit pas de faire de la propagande pour telle ou telle pratique sexuelle, il s’agit simplement d’informer, et puis d’expliquer que dans une société, la diversité des sensibilités doit être respectée. »


(Le reportage introduit alors les témoignages anonymes de deux adolescents, Pierre et Julie, les mêmes de ceux montrés dans l’édition régionale du 19/20, pour parler de l’homophobie à l’école. Le reportage en profite en attendant pour montrer encore quelques personnes aux costumes flamboyants, même si là pour le coup cela n’a plus rien à voir avec le texte de transition, avant de montrer des images du char du MAG sur lequel sont Pierre et Julie)
Voix off : Dépénalisation de l’homosexualité, puis PaCS en 1999, débat sur l’adoption et le mariage homosexuel aujourd’hui, les lois, les mentalités évoluent. Mais au collège, les gens souffrent toujours de cette différence. Pierre et Julie participaient cette après midi à leur première marche.

Julie : « Y’a toujours des stupides pour … euh … pour … euh ouais la gouine machin. Au pire, je m’en fiche, çà a jamais été mes amis ces gens là, alors que je vois vraiment pas pourquoi j’en tiendrais compte en fait. »

Pierre : « L’année dernière c’était super dur en fait, parce qu’en fait … j’ai toujours su que j’étais homosexuel, mais l’année dernière, j’ai vraiment pris conscience que çà posait un problème aux gens quoi, c'est-à-dire que j’ai pris conscience que les gens ne me regardaient pas toujours normalement, et du coup çà a été vachement dur à vivre et … (bafouillement) personne n’était au courant pour moi, et çà c’est vraiment dur. »

(Et en guise de conclusion)
Voix off : Pour la rentrée de septembre, une circulaire du ministère de l’éducation nationale devrait avoir pour objectif la lutte contre l’homophobie.






Après avoir détaillé le traitement de la marche des fiertés parisienne par les journaux télévisés de TF1, France 2 et France 3, il est temps de faire quelques remarques générales sur ce traitement médiatique, car tout n’a pas été dit.


1 ) Le nombre de participants à la marche des fiertés 2008
Les différents journaux donnent des chiffres différents au sujet de la participation à la marche des fiertés parisienne – édition 2008. Si France 2 annonce 700.000 participants, France 3 en annonce 600.000, et TF1 reste plus vague, en annonçant plusieurs centaines de milliers de personnes. Alors, qui croire ? En fait, il convient de faire la différence entre les chiffres de participation annoncés par les organisateurs (700.000 pour 2008) et ceux annoncés par la préfecture (500.000 pour 2008). France 2 a donc choisit de donner les chiffres des organisateurs, tandis que France 3 a décidé de couper la poire en deux en donnant une moyenne entre les deux statistiques. TF1 est, elle, restée dans le vague. Pourquoi de tels écarts ? En fait, ces divergences de chiffres entre organisateurs et préfecture sont quelque chose de tout à fait habituelle, les premiers étant toujours supérieurs aux seconds, dus à des différences méthodologiques. Bon, cela fait quand même une différence de 200.000 personnes, ce n’est quand même pas rien, mais au lieu de rentrer dans cette querelle de chiffres, voyons plutôt leurs évolutions depuis les marches précédentes.


remarque : ce graphique connait des modifications sensibles d’un point de vue statistique par rapport au graphique du deuxième article de la série consacrée à la place des gays et des lesbiennes en France.
sources :
- « La gay pride en question », 2004, Charles Roncier, Têtu n° 90 (juin 2004), pp. 82-83
- http://www.lorrainegay.com/lorraine/GayPride/historiqueGP.html

Et c’est un fait, la participation à la marche des fiertés parisienne stagne depuis de nombreuses années à 700.000 personnes selon les organisateurs et 500.000 personnes selon la préfecture. Le pic de 2006 (800.000 participants selon les organisateurs ; 650.000 participants selon la préfecture) semble bien loin. Pourquoi ne retrouve-t-on pas le niveau de 2006 ?
Cela peut être la conséquence du succès grandissant des marches des fiertés provinciales. En effet, il ne faut pas oublier que la marche des fiertés ne se fait pas que dans la capitale française : de nombreuses villes de province organisent aussi chaque année leur propre marche. Quatorze villes de province ont organisé une marche cette année. Celles qui ont mobilisé le plus de participants ont été les villes de Montpellier (10.000 personnes), Lyon (8.000 personnes), Lille (8.000 personnes), Toulouse (8.000), Marseille (6.000 personnes), Nantes (4.000 personnes) et Bordeaux (3.500 personnes). En tout, on peut estimer que les marches provinciales ont rassemblé près de 55.300 personnes selon les organisateurs.



Alors, bien sûr, on est certes très loin de la participation à Paris, mais ce chiffre est en progression régulière. En effet, le nombre de participants aux marches des fiertés provinciales n’était que de 700 en 1994, et de 37.750 en 2004. Avec 55.300 participants en 2008, c’est une belle progression ! En formulant l’hypothèse que le gros de ces manifestants allait auparavant à Paris mais plus maintenant, cela pourrait expliquer en partie pourquoi la participation parisienne stagne.
Mais l’écart de chiffres entre la participation parisienne et provinciale reste conséquent. Le développement parallèle des marches des fiertés provinciales ne doit probablement pas tout expliquer.


Chiffres organisateurs
Vous aurez remarquez que ce tableau est incomplet (et pourtant j’ai pas mal cherché sur le net) : n’hésitez pas à essayer de m’aider à le compléter ! Il risque de falloir chercher dans les vieux quotidiens régionaux en édition papier …
sources :

¹ http://www.france.qrd.org/assocs/interpride/pages/accueil.php
² http://www.lorrainegay.com/Histoire.html
Angers : http://assoquazar.free.fr/sommaire.html
Biarritz 2007 : http://www.euskobizia.com/article.php3?id_article=847
Biarritz 2008 : http://www.sudouest.com/230608/vil_pba_biarritz.asp?Article=230608aP2636890.xml
Bordeaux 2008 : http://www.20minutes.fr/article/241047/Bordeaux-Gay-Pride-haute-en-couleurs.php
Caen 2008 : http://www.touristiquementgay.com/actualites/actualites06-03-2008-succes-pour-la-gay-pride-de-caen-marche-normande-des-fiertes.php
Lille 2008 : http://www.touristiquementgay.com/actualites/actualites06-09-2008-belle-edition-de-la-gay-pride-de-lille-qui-se-termine.php
Lyon 2000 : http://www.lyoncapitale.fr/archives/archives/archives/2000/une-284-16.html
Lyon 2001 : http://www.lyoncapitale.fr/archives/archives/archives/2001/une-330-8.html
Lyon 2008 : http://www.fierte.net/
Lyon et Marseille 2007 : http://www.fierte.net/imprim-article.php3?id_article=186
Marseille 2008 : http://www.touristiquementgay.com/actualites/
Metz et Nancy : http://www.lorrainegay.com/GayPrideLorraine.html
Nantes 2008 : http://www.derailleurs.org/?id=1209
Rennes 2007 : http://www.cglbtrennes.org/wp/?m=200706
Rennes 2008 : http://www.blogmensgo.com/index.php/2008/06/18/cest-la-saison-des-gay-pride/
Strasbourg 2007 : http://www.touristiquementgay.com/actualites/actualites06-19-2007-2000-personnes-marchent-a-strasbourg-a-la-gay-pride.php
Strasbourg 2008 : http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/societe/20080614.OBS8457/lyon_et_strasbourg_font_leurs_gay_pride.html?idfx=RSS_notr
Toulouse 2003 : http://jeuneetgay.free.fr/marche_2003.htm
Toulouse 2007 : http://fr.wikipedia.org/wiki/Marche_des_fiert%C3%A9s_de_Toulouse
Toulouse 2008 : http://www.ladepeche.fr/article/2008/06/15/459617-Marche-des-fiertes-pres-de-7000-participants.html
Tours 2008 : http://www.derailleurs.org/?id=1209


Doit-on voir dans la stagnation de la participation à la marche des fiertés parisienne – en retrait par rapport au record de 2006 – une démobilisation politique ? Pourtant, l’année 2007, année électorale marquée par les élections présidentielles et législatives, avait fortement mobilisé les gays et les lesbiennes pour faire pression sur les politiques pour obtenir l’égalité des droits avec l’ouverture du mariage et de l’adoption. Mais s’il est vrai que cette mobilisation de la marche depuis quatre ans – de 2004 à 2007 – avait finit par infléchir la Gauche, il n’en n’a as été de même à Droite. Or ce fut justement la Droite UMP de Nicolas Sarkozy, opposée au mariage et à l’adoption, qui remporta les élections avant la marche de 2007. Doit-on y voir une démobilisation due à cette victoire politique du camp opposé à cette égalité des droits ? Peut-être. Mais cela reste une hypothèse.

Quoiqu’il en soit, la marche des fiertés parisienne reste comme le dit France 3 « l’une des plus grandes d’Europe » malgré tout. Et dire qu’elle était même la première d’Europe il y a encore peu, devançant les villes de Londres (500.000 participants en moyenne), de Berlin (400.000 en moyenne), d’Amsterdam (350.000 en moyenne), de Rome (100.000)... Mais Paris est devancée depuis quelques années par Madrid, qui a atteint 1,5 millions de participants en 2006 et 2,5 millions en 2007 (cette année-là, Madrid organisait il est vrai l’Europride, çà aide, mais il ne devait il y avoir qu’environ 200.000 touristes parmi eux) !


2 ) Le thème de la marche 2008 : « Pour une école sans aucune discrimination ! »
Le thème de la marche cette année était « Pour une école sans aucune discrimination ! ». Cela marque une année de changement par rapport aux précédentes. En effet, cela faisait quatre ans – de 2004 à 2007 – que le thème de la marche était centré sur les revendications sur l’égalité, et l’accès au mariage et à l’adoption : logique, puisque l’on sortait alors du débat national sur le mariage gay suite au mariage de Bègles de 2004, et cela enchainait sur les échéances électorales de 2007. Mais ces quatre années de mobilisation politique ont été un demi-échec : certes, la mobilisation a finit par convaincre la Gauche de rallier les idées de l’ouverture du mariage gay et de l’adoption par les couples homosexuels, mais la Droite y est restée hostile. Or, c’est la Droite de Nicolas Sarkozy qui a remporté les élections présidentielles et législatives, et de ce fait ces revendications sont gelées pour au moins cinq ans. D’où la nécessité de changer de thème, et de formuler un autre combat, celui de la lutte contre l’homophobie à l’école.
Ce thème est innovant par rapport aux marches précédentes. En effet, auparavant, les thèmes de la marche des fiertés pouvaient être regroupés en trois catégories :
- la dénonciation de l’homophobie (1999, 2000, 2001, 2003, 2004) ;
- la revendication de l’égalité (1997, 2002, 2004, 2005, 2006, 2007) ;
- la reconnaissance légale du couple homosexuel, de la famille homoparentale et donc de l’adoption pour les couples homosexuels (1998, 1999, 2005, 2006, 2007).

Le mot d’ordre de 2008 se rapproche de celui de 2004, mais il reste différent, car celui de 2004 parlait plus de la nécessité de la prévention en milieu scolaire pour faire diminuer l’homophobie. Et puis de toute façon l’ordre de la marche 2004 avait été complètement recentré sur les revendications d’accès au mariage gay suite à l’affaire médiatique de Bègles, donc cela avait été pas mal passé sous silence. Tandis que là, l’accent est plus mis sur l’homophobie vécue par les jeunes homosexuels en milieu scolaire. La nuance est de taille, car pour le coup, cette année, le thème a été non seulement correctement identifié par les chaines, mais il a en plus été largement et assez correctement traité par les journaux télévisés. D’où la présence de témoignages d’adolescents (Pierre et Julie sur France 3) ou de jeunes adultes (Robin sur TF1) sur l’homophobie en milieu scolaire, et d’exemple de prévention sur l’homophobie en milieu scolaire (le midi sur France 2). Mais la nouveauté n’est pas que là, comme nous allons le voir par la suite…

Les mots d’ordre des marches des fiertés parisiennes :
1997 : « Gais et lesbiennes, pour une vraie citoyenneté européenne »
1998 : « Nous nous aimons, nous voulons le pacs »
1999 : « Contre l'homophobie et pour le pacs »
2000 : « L'homophobie est un fléau social »
2001 : « Hétéros, homos, tous ensemble contre les discriminations »
2002 : « Égalité ! »
2003 : « Homophobie, lesbophobie, transphobie : agissons ! »
2004 : * mot d’ordre originel, présent sur les affiches : « Contre les violences homophobes, lesbophobes, transphobes : priorité à l’éducation ! »
* mot d’ordre qui s’est rajouté à l’originel suite à l’actualité du mariage de Bègles, présent sur la banderole d’ouverture de la marche : « Assez d'hypocrisie : l'égalité maintenant ! »
2005 : « Couples et parentalités : l’égalité maintenant ! »
2006 : « Pour l'égalité en 2007 ! »
2007 : « Egalité : ne transigeons pas ! »
2008 : « Pour une école sans aucune discrimination ! »


On pourra aussi consulter le dossier de presse de la marche des fiertés parisienne 2008 : http://marche.inter-lgbt.org/IMG/pdf/0805-dossier_de_presse-3.pdf


3 ) La mise en avant de l’association du MAG
La véritable nouveauté cette année est une véritable révolution : elle consiste en une véritable préparation en amont du reportage consacré à la marche des fiertés. En effet, auparavant, les journalistes se contentaient d’aller à la manifestation et de recueillir sur place des interviews, principalement d’hommes politiques (Bertrand Delanoë, Jack Lang, Jean-Luc Roméro surtout) et de militants d’associations comme l’Inter-LGBT, SOS Homophobie, Act-Up, le centre gay et lesbien de Paris, etc (on se souviendra notamment des nombreuses apparitions d’Alain Piriou et de Christiane Le Doare), le tout complété par les interviews, pas toujours très pertinents d’ailleurs, de quelques manifestants lambdas.
Cette fois-ci, les trois chaines se sont ruées vers l’association du MAG, association des jeunes gais et lesbiennes, qui fait de nombreuses interventions de sensibilisation à l’homophobie dans les collèges et lycées d’Ile-de-France. Vu le thème de la marche, le MAG et sa présidente, la désormais médiatique Alice Guéna, ont été donc fortement sollicités.

Le MAG : http://www.mag-paris.fr/


4 ) La révolution du traitement journalistique de la marche des fiertés par les journaux télévisés
Mais la véritable révolution, c’est que les chaines ont toutes préparées en amont leur couverture de l’événement, en réalisant au préalable et en dehors de la marche des petits reportages et interviews – principalement grâce au MAG donc – pour illustrer et expliquer le mot d’ordre de la marche des fiertés parisienne 2008.
Le reportage le plus intelligent et le plus intéressant est sans nul doute celui de France 2, diffusé dans le journal de 13 heures, consacré à une intervention du MAG dans un lycée professionnel : il a le grand mérite de montrer les deux aspects du problème, c'est-à-dire les préjugés et l’homophobie en milieu scolaire, et l’action de prévention pour contrer ces préjugés. Il est très dommage par contre que ce reportage n’est pas été diffusé dans le journal de 20 heures : il aurait bien mieux trouvé sa place et montré son utilité que le reportage consacré à l’homosexualité à la campagne, même si ce dernier ne manquait pas d’intérêt.
Le reportage de TF1 pour illustrer l’homophobie touchant les jeunes homosexuels en milieu scolaire est plus classique dans sa construction mais remarquablement fait. Le témoignage de Robin illustre les conséquences de l’homophobie en milieu scolaire sur de jeunes homosexuels, et l’interview dans le local du MAG d’Alice Guéna illustre leur rôle de prévention et de sensibilisation contre l’homophobie dans le milieu scolaire.
France 3 aussi a préparé son reportage en amont. Mais elle n’a pas pu préparer le sujet avec Alice Guéna (déjà prise par TF1 et France 2), aussi s’est-elle rabattue sur deux adolescents du MAG, Pierre et Julie, tous deux mineurs, qui ont témoigné de manière anonyme – ce qui les a déçu d’ailleurs, comme ils le disent sur le blog Gayclic, avant que l’équipe ne suive une partie de leur journée sur le char de l’association.
Cette démarche systématique des chaines est la véritable nouveauté 2008.

Cela explique en grande partie pourquoi la proportion de temps consacré aux commentaires sur les revendications politiques de la marche est en forte augmentation cette année.
On remarquera par contre que la proportion d’images « racoleuses » est en augmentation. Mais ce qui est critiquable n’est pas que les images décrivant l’ambiance carnavalesque de la manifestation aient été montrées en plus grande quantité, mais que cela s’est souvent fait maladroitement : TF1 et France 3 ont par moment parler des revendications politiques, ou de l’évolution des droits des homosexuels, mais tout en montrant des images de personnes déguisées ou dénudées. C’est franchement incohérent et cela traduit encore une mauvaise habitude pas encore totalement perdue.


remarque : la méthodologie a légèrement changé par rapport au graphique de l’article 7 de la série consacrée à la place des gays et des lesbiennes en France. En effet, pour le calcul de la proportion de commentaires +, il n’est désormais pris en compte que la durée du reportage, et ont été exclu la présentation du sujet par le journalise. Cela parait effectivement plus logique vu que le calcul de la proportion d’images + ne se baisait que sur la durée du reportage.


5 ) Le sondage sur l’opinion publique sur le mariage gay et l’adoption par des couples homosexuels
Les journaux de TF1 et de France 3 ont évoqué plus ou moins clairement les résultats d’un sondage IFOP montrant que pour la première fois une majorité de Français se prononçaient en faveur de l’adoption d’un enfant par un couple homosexuel. Doit-on se réjouir ? Certes. Mais il convient aussi de nuancer ce résultat.
Pour cela faisons un récapitulatif des résultats des réponses pour ce sondage dans le temps.


sources :
- pour les années 1995, 1996, 2000, 2003 et 2004 : http://www.ifop.com/europe/sondages/OPINIONF/droitshomo.asp
- pour l’année 2008 :
http://www.lejdd.fr/cmc/societe/200826/couples-homosexuels-les-francais-sont-pour-l-adoption_129096.html


Comme on le voit sur ce graphique, effectivement, la proportion de personnes se prononçant pour l’adoption d’un enfant par un couple homosexuel est pour la première fois majoritaire en France en 2008. Mais premièrement, c’est une très courte majorité (51 %), et de plus cela n’est pas sensiblement très différent par rapport à 2004 (49 %). Lorsque l’on sait qu’un sondage n’est pas une science exacte, et qu’il y a donc toujours une marge d’erreurs de quelques pourcents par rapport à la réalité, et encore, devrait-on dire par rapport à un instantané photographique de la société française à un moment précis, on peut donc relativiser sur cette fameuse « majorité » qui n’est finalement que très symbolique, et finalement pas si éloignée de la situation quatre ans auparavant.
La satisfaction viendrait plutôt du fait que la proportion d’opinions favorables s’est au moins stabilisée depuis quatre ans, et ce n’était pas gagné. En effet, il convient mieux d’analyser la brusque augmentation d’opinions favorables entre 2003 et 2004 : celle-ci semble-t-il est une conséquence du mariage gay de Bègles par le maire vert Noël Mamère qui avait ouvert un large débat médiatique dans la société française en 2004. Le débat et l’émotion suscités pouvaient expliquer cette augmentation des opinions positives… mais si quatre ans après l’émotion est passée, l’augmentation de la proportion d’opinions positives n’a pas été remise en cause avec le temps écoulé, montrant un enracinement plus durable dans une partie plus importante de l’opinion publique. C’est plus cela le véritable enseignement des résultats de ce sondage 2008.
Reste donc que si la proportion d’opinions favorables pour l’adoption par des couples homosexuels ou même le mariage restent stables, c’est que finalement ces questions se sont donc éclipsées du débat public. Pourtant, ces dernières gay prides ont toujours repris le débat sur le mariage gay et l’homoparentalité, et les élections présidentielles ont repris ces thèmes de campagne, mais cela est resté totalement insuffisant pour créer un réel nouveau débat médiatique. Et tant qu’un nouveau débat médiatique ne sera pas réinstauré, il semblera que l’évolution de l’opinion publique n’évoluera que peu significativement sur ces questions.


6 ) Les statistiques sur le suicide
Les journaux de France 2 et France 3 rappellent qu’un homosexuel a 13 fois plus de risque de faire une tentative de suicide qu’un hétérosexuel. TF1 aussi en parle, sans pour autant citer de chiffres. Mais d’où viennent ces chiffres justement ?
Ils sont issus d’une enquête réalisée entre 1999 et 2003 par Marc Shelly, médecin en santé publique à l’hôpital parisien Fernand-Widal, et David Moreau, ingénieur de recherche à l'association de prévention Aremedia, et validée par Pascale Tubert-Bitter de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), sur un échantillon de 933 hommes âgés de 16 à 39 ans. L’enquête montre qu’un homme sur trois ayant fait une tentative de suicide est homosexuel ou bisexuel, et que la proportion de tentatives de suicide est 13 fois plus importante chez les homosexuels et les bisexuels par rapport aux hétérosexuels. Cela s’expliquerait par une forte dégradation de l’estime de soi chez certains jeunes homosexuels qui favorise les tentatives de suicide. Cette faible estime de soi conduisant au suicide peut être favorisée par l’homophobie dans le milieu familial et / ou scolaire durant la période de l’adolescence, période pendant laquelle s’est éveillé la conscience d’être homosexuel. L’homophobie ambiante stigmatise alors l’homosexualité de l’adolescent, ce qui provoque une forte dégradation de l’estime de soi. Cette enquête est disponible ici : « Souffrance psychique et conduites à risque » (http://santegaie2005.thewarning.info/Resources/Suicrisk2.pdf)

Pour en connaitre un peu plus sur cette homophobie stigmatisante, on peut se renseigner grâce à l’Enquête Presse Gay 2004 (http://www.invs.sante.fr/publications/2007/epg_2004/), réalisée en 2004, et publié en 2005 par l’association Aremedia et l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), puis de nouveau en février 2008 par le Ministère de la Santé. On s’intéressera plus particulièrement sur la partie 8 consacré à l’étude intitulée « Etat dépressif, conduite suicidaire et discriminations homophobes » (http://www.invs.sante.fr/publications/2007/epg_2004/epg_etat_depressif.pdf)





On y constate notamment des statistiques intéressantes sur les formes d’homophobie (injures, brimades et agressions) et leur augmentation depuis 1997 (tableaux 27) malgré l’augmentation de la perception de l’acceptation par la famille, les collègues et les amis. (tableau 23).

On pourra aussi se renseigner dans le rapport annuel de SOS Homophobie : le chapitre consacré au milieu scolaire permet de recueillir des exemples concrets d’homophobie vécue par des jeunes homosexuels. Par exemple, on peut consulter le rapport annuel de SOS Homophobie 2006 (http://www.sos-homophobie.org/documents/ra2006.pdf).



7 ) L’action du ministre de l’éducation Xavier Darcos pour la rentrée scolaire 2008



C’est la dernière grande info de ces journaux télévisés : le ministre de l’Education Nationale Xavier Darcos a l’intention de lutter contre l’homophobie en milieu scolaire en inscrivant officiellement cet objectif dans la circulaire de rentrée 2008.
Bon, en fait, la circulaire n° 2008-042 du 4-4-2008 sur la préparation à la rentrée 2008 a déjà été publiée dans le bulletin officiel de l’Education nationale – bulletin n° 15 du 15 avril 2008 (http://www.education.gouv.fr/bo/2008/15/MENE0800308C.htm). Voici ici reproduit l’extrait qui nous intéresse :

« 9 - Lutter contre toutes les violences et toutes les discriminations, notamment l’homophobie
L’école doit offrir à tous les enfants des chances égales et une intégration réussie dans la société. Sa mission est donc aussi de promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes, de permettre une prise de conscience des discriminations, de faire disparaître les préjugés, de changer les mentalités et les pratiques. Au sein des établissements, une importance particulière devra être accordée aux actions visant à prévenir les atteintes à l’intégrité physique et à la dignité de la personne : violences racistes et antisémites, violences envers les filles, violences à caractère sexuel, notamment l’homophobie.
Par tous les moyens, prévention et sanction, la lutte contre la violence dans et autour des établissements demeure une priorité absolue. »

Qu’est-ce que cela veut dire concrètement ? Cela veut dire que l’Education Nationale reconnait officiellement la présence de l’homophobie en milieu scolaire, et officialise la volonté de lutter contre elle. De ce fait, son inscription dans les objectifs de la rentrée 2008 d’une part sensibilise les acteurs dans les établissements scolaires (car souvent il n’y a pas de prévention car le personnel n’est pas sensibilisé ou formé sur la question), et d’autre part oblige et légitime les actions de prévention en milieu scolaire (car avant, certains établissements redoutaient de mettre en place ce type d’action qui peut soulever des protestations chez certains élèves et parents). La circulaire donne donc un cadre légal pour permettre aux établissements scolaires de monter des actions de prévention contre l’homophobie. Mais la dernière phrase oblige aussi à sanctionner les actes homophobes et de ne plus les passer sous silence.

Agir, oui, la circulaire l’impose. Mais comment ? Çà par contre la circulaire n’en dit mot. Comment la rendre applicable ? Le ministre de l’Education Nationale Xavier Darcos nous éclaire sur le sujet dans une interview donnée au quotidien Libération du mercredi 25 juin 2008 (http://www.liberation.fr/actualite/societe/334617.FR.php), soit trois jours avant la marche des fiertés de Paris. Il propose ainsi deux actions concrètes :
- l’affichage dans les lycées de la ligne Azur, un dispositif d'écoute téléphonique pour les personnes qui se posent des questions sur leur identité ou leur orientation sexuelle.
- la mise à disposition dans les lycées de la brochure « Homophobie : savoir et réagir » - on pourra les trouver dans les centres d’information et de documentation, les infirmeries, les salles des professeurs.

Il est dommage que ces mesures – proposées par l’Inter LGBT - n’aient pas été évoquées dans les reportages, ceux-ci se concentrant sur les actions de prévention par des associations en milieu scolaire. La ligne Azur est toutefois évoquée dans le journal de 13 heures de France 2, mais aucun lien n’est fait avec la décision ministérielle.

On remarquera au passage que ces mesures ne concernent que les lycées. Quid des collèges ? Xavier Darcos s’en explique dans l’article de Libération. Extrait :
« Pourquoi exclure les collèges ?
Les collégiens ont de 11 ans à 14-15 ans, ce sont des enfants et des adolescents. Il faut être plus prudent, car il n’y a pas d’homogénéité. Au collège nous préférons donc une approche explicative. Il y a des cours liés à l’éducation à la sexualité, des associations interviennent pour sensibiliser les élèves. Mais il faut surtout que les jeunes trouvent des contacts personnels pour parler de questions relevant de l’intime. Pour cela, nous préparons des modules de formation spécifiques pour que nos infirmières scolaires puissent assumer cet accueil. »


Le Ministère a donc jugé qu’il fallait une autre stratégie de lutte contre les discriminations homophobes en milieu scolaire. La justification semble être qu’il ne faut pas choquer les plus jeunes qui ne se posent pas encore de question sur l’orientation sexuelle. A moins que je n’interprète très mal ses propos.

On peut critiquer cette circulaire, mais force est de constater que cela représente toutefois un énorme progrès par rapport à la situation précédente, où elle n’était mentionnée que très timidement dans deux circulaires sur l’éducation à la santé et à la sexualité. Si timidement que la lutte contre l’homophobie était peu appliquée dans les établissements scolaires.
CIRCULAIRE N°2001-245 DU 21-11-2001 : http://www.education.gouv.fr/bo/2001/44/default.htm
CIRCULAIRE N°2003-027 DU 17-2-2003 : http://www.education.gouv.fr/botexte/bo030227/MENE0300322C.htm

Espérons que désormais cette impulsion venue du ministère sera suivit dans les faits, à condition bien sûr que chaque acteur sache quoi faire.




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