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et si tout s'arrêtait
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Et si tout s’arrêtait ? Si l’insupportable incertitude s’envolait ? Et si finalement au lieu de douter, d’être hanté d’errer, je pouvais dire « je suis…. » ?
Je suis simple. Je suis comme vous. Je suis normal. Je respire, parce qu’enfin, je sais.
Et si tout s’arrêtait ? Si j’étais arrêté ? Si cet insupportable mouvement intérieur qui me prouve que je bouge, que je fuis, que je ne sais pas qui je suis, que je recherche, que je ne trouve pas, que je ne peux rien affirmer, que je dérive….si simplement tout était soudain fixé dans le sens que je décide ?
Renoncer.
Regarder un monde auquel j’ai renoncé pour ne pas changer, arrêter de changer, ne plus savoir vers quoi je change, ce que j’ai été. Ce qui était simple. Ce qui ne l’est plus. Ce qui n’est plus.
Je change. Soudain et sans arrêt. J’ai changé. Je ne me reconnais plus. Quelque chose que je ne voulais pas est arrivé, quelque chose que je voulais garder a fui. Encore. Je doute, je tremble, je ne comprends pas. Je me souviens de celui que j’étais, je ne sais pas encore ce que je suis et encore, sans arrêt, je me sens devenir….Mais devenir quoi ? Devenir indiscernable. Me perdre sans comprendre. Etre ce que je ne voulais pas. Ce que je n’ai pas désiré.
C’est lorsqu’on cherche à se conserver tel que l’on est qu’on entrevoit le gouffre. Jusqu’où va l’indécision propre à la vie, à quel point « Je est un autre ».
Et pourtant ? Cette éternelle perte… si elle était la clef ? Et si l’existence arrêtée, séparée de ce qu’elle peut, immobile, insensible, vindicative, n’était faite que d’opinions et de clichés ?
Et si moi qui ne sais pas, j’étais celui qui appréhende l’ensemble des possibles ? L’existence ? Je suis possible, Je suis libre de changer, d’être perdu, flottant, indiscernable, Je suis en construction, en devenir, J’expérimente la vie, Je suis la vie même que vous me déniez, et le sang dans mes veines coule, et plus je deviens plus je découvre, et plus intenses sont les choses qui m’entourent, et moins ce qui est fixe, ce qui ne bouge pas, ce qui croit savoir, n’a de sens.
J’ai perdu ma sexualité…ou bien, j’ai perdu… Dieu ? ma femme ? mes enfants ? j’ai perdu mon travail, mon mari, j’ai trouvé un amant, j’ai fui mon pays, j’ai coupé mes cheveux, j’ai gagné un ami, j’ai perdu ma famille, j’ai trouvé une famille, j’ai perdu mon sexe, j’en ai trouvé un autre…
Et si chacun différait encore et encore, et poursuivait sans cesse celui qu’il ne restera pas, en oubliant encore que hier….et aujourd’hui…je changerai, je change, j’ai changé…et demain ?
Quelque chose a cessé. Quelque chose commence. Quelque chose ne finira jamais de devenir.
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