Homo, bi, trans, hétéro,


Une autre vision du monde LGBT.
Moins de préjugés, plus d'information.
  Articles

Ta vie
  Coming-out
  Expériences vécues

Infos, conseils
  Coming-out
  Réflexions, Conseils
  Homoparentalité
  Santé et prévention
  Dépression, suicide

News
  Général
  Et-alors
  Edito et-aloriens

Sorties
  mEAtings
  Boites
  Bars
  Assos
  Gay Pride

Art et Culture
  Ciné, DVD
  Livres
  Musique
  Cuisine
  Divers

Humour
  Electrolook
  Guide du tchat gay
  Guide de la Vie Gay
  Divers

De la haine dans les yeux d'un enfant
par puck le 27 Mai 2010 dans Infos, conseils / Réflexions, Conseils
1 commentaire


-"Cet article a plus que changé ma vie; Il m'a appris à argumenter au sénat." Cicéron, apocryphes.

Ce pavé a été écrit durant une quasi-transe insomniaque il y a environ un mois. C'est pratiquement de la sagesse divine !

Foin de modestie mal placée, je trouve ce texte un peu nunuche, et enfonçant des portes ouvertes.
Mais pas que, alors je vais le poster quand même.


Ces derniers temps, les bourgeons sont en fleur, les hormones font des leurs. Que de discussions, ou, une partie du temps, échange d'arguments envoyés avec autant d'amour, de conviction -et aussi bien reçus- que des obus incendiaires. De la part de personnes pouvant avoir des avis au final bien proches.

...

Le 20 mars dernier, je me promenais dans les rues de Bordeaux. Je vis passer une procession portant flambeaux, camion,puis enfants, mères avec poussettes, hommes portant drapeaux verts avec soleil jaune et accessoires ignés, criant des slogans que j'avais du mal à reconnaître.

Fête nationale kurde, une nation officiellement sans pays.

Un peu plus loin, place de la Victoire, ils se sont regroupés, posant en tas, au sol, leurs ustensiles à combustion éphémère; Quelques jeunes vite arrêtés par les autres sautent par-dessus le brasier ( genre ça http://pagesperso-orange.fr/notredame46/voyages/crete04/images/taureau.jpg , pas auto-immolation à moloch, hein. ). Discours. Puis l'assistance, les filles et femmes voilées, les garçons, hommes et les enfants entament ce que par chez moi on appelle une gavotte, se tenant par les auriculaires, mais dansant au son d'instruments peu celtes.
Beaucoup s'amusaient, quelques curieux étaient surpris, et d'autres regardaient danser avec attendrissement.

Après avoir pris quelques photos, j'avise une statue de tortue ou était perchée un gamin, dix ans à peu près. Je m'excuse, grimpe à côté, et règle mon appareil.
Une voix claire retentit dans mon oreille:
-"Vous êtes kurde, monsieur ?"
-"Euh, non."
-"Vous êtes français ?"
-"Oui... Pourquoi, ça pose un problème ?"
-"... C'est eux, là." *il désigne la foule à ses pieds* "Ils sont fous."
-" ? "
-"Ils tuent des turcs !"
-"Eux ? Ca m'étonnerait."
-"Ils sont kurdes."

Dit avec une haine dans le regard... A titre de comparaison, c'est à peu près celle que je devais ressentir quand un type m'avait attaqué avec ses potes gratuitement, un soir, à Rennes. La haine qu'on ressent devant une injustice flagrante, alors qu'on est révolté, en colère et totalement sûr d'avoir raison.
Soit qu'on s'est posé des questions, et qu'on a uniquement trouvé des réponses en ce sens, qu'on s'est posé des questions et a ignoré des réponses, soit qu'on ne s'en pose même pas. Ou pas encore.
J'avais devant moi un enfant capable de regarder une fête où des gens de touts sexes et tous âges dansaient ensemble, et ne ressentir que de la haine. Envers des gens sinon tous innocents, à cause d'un conflit distant de plusieurs milliers de kilomètres.
J'ai toujours trouvé dur à imaginer comment quelqu'un pouvait en arriver à vider une arme sur les convives d'un mariage, dont le seul crime est d'appartenir à une case dans laquelle on les a classés. Après Nuremberg, on a considéré que "le Crime Contre l'humanité, c'est tuer quelqu'un parce qu'il est né." Difficile de ne pas se dire que ce genre de choses commence comme ça.

On a probablement appris à cet enfant à haïr, en plus de ne pas l'encourager à réfléchir. Qu'un inconnu dise autre chose, il n'écoute pas.
Le problème, c'est que beaucoup des conclusions -auxquelles on parvient seul ou qui nous sont livrées telles quelles par des personnes de confiance-, que nous avons, surtout acquises durant l'enfance, ne sont pas faciles à remettre en cause.
On en a même pas forcément l'idée, même si on a tendance à le faire pour beaucoup de notions plus récentes. Des classifications simples, définitives, admises par la société ou la fraction de société dans laquelle nous sommes sont relativement solides, et rassurantes.
D'ailleurs, lorsque l'on regarde des débats, il peut arriver qu'au cours de certaines argumentations, même une forte volonté d'objectivité soit en partie inopérante -par exemple par manque d'informations sur ce qu'avance un des camps en présence, et qui est contesté par l'autre sans trop de détails-.
On observe donc, même sous réserve de vérifier tout aussi objectivement plus tard ce qui a été dit par tous sous toutes les coutures -et même ce qui n'a pas été dit, ou dit par d'autres-, la question à travers le regard que l'on porte sur le monde. Les conclusions que l'on en a déjà tirées. Ou que l'on a intégrées d'une façon ou d'une autre.
On admet, à priori, beaucoup plus facilement ce qui correspond à notre vision du monde. Même si c'est dans un domaine que l'on connaît peu. La tentation de ne pas mettre à plat ses conceptions est forte.

D'une manière analogue, se considérer comme en concurrence avec diverses personnes ( d'un voire deux genres, quelle horreur que les bi ! ) dans son couple n'est ni très rassurant ni donc très enthousiasmant, mais c'est peut-être un bon moteur d'amélioration personnelle. L'analogie va s'arrêter là car que la comparaison soit justifiée ou non, cela aborde un sujet vaste et non directement lié.

En cas de problème dans la vie, on régresse, ou en tout cas se tourne vers des arrières, solides. Des personnes ayant une vie chaotique ont besoin d'une base fiable ( simple ? ) pour se construire. Difficile de la modifier lorsqu'on s'appuie dessus...


On peut au sein d'un débat se contenter de tir... pardon, envoyer ses idées, camper sur ses positions sûres, taper dans les faiblesses de l'autre, situation qui si ce dernier fait de même promet d'être aussi animée que pauvre en échange réel.
Productif, n'est-ce pas ? Ainsi agissant, que l'on se contente de dire qu'est-ce qu'on pense, ou que l'on soit un gros warrior de la vie qui s'oppose à diverses personnes, est-on réellement assuré, solide, fort,
tout au fond ?

Pas vraiment. Combattre les défauts chez les autres, tout le monde peut, et se gêne d'ailleurs rarement pour le faire. Combattre les défauts chez soi est bien plus dur. (Et plus rarement fait, surtout en public. Du moins, en profondeur.)
C'est une des choses qu'on peut tirer même de livres de sf comme "Cailloux dans le ciel" D'Asimov... On a les références qu'on peut.


On vit dans une société individualiste. C'est à dire basée sur l'individu. L'individu est responsables de ses propres actes, et non pas de ceux de son genre, sa caste, de son clan, de sa famille, de ses coreligionnaires, etc.

Une des difficultés souvent rencontrées, alors même que l'on adhère à ces valeurs, est de ne pas faire d'amalgames. Ce qui peut être extrêmement rapide, il suffit d'un peu d'inattention.
Ou d'être à côté de la plaque depuis un certain temps, évidemment.
Il arrive très facilement que l'on généralise l'avis d'un autre aux autres -ou son propre avis, vécu, etc, aux "siens"-. résultat, d'autres erreurs ou incompréhensions en découleront probablement assez rapidement.

Sans même chercher à faire sombrer le débat.

Plus le sujet a des aspects sur lesquels on est "chatouilleux", peu en importe les raisons, plus il est difficile de réellement avancer dessus, même sur d'autres aspects.

Merci donc à toutes les personnes qui participent à ces discussions, s'efforcent d'être honnêtes, synthétiques, réfléchies, et font avancer leur opinion et celle de tous par leurs interventions intelligentes.
A certains floods.
Et à ceux et celles qui rendent ces discussions possibles.

Et attention...Parce qu'il existe, entre autres choses, chez certaines personnes, une haine faussement raisonnée, pratiquement invulnérable, qui peut être tournée vers n'importe quoi, couleur de peau, religion, langue, nationalité, sexe et sexualité, définitivement. Et pas seulement une vue de l'esprit, mais quelque chose de concret, en situation réelle. Chez plus ou moins n'importe qui. Et il est (m'a été) difficile d'en avoir réellement conscience avant d'avoir croisé son chemin, au moment où elle s'exprime... Innocemment, chez un enfant.
Alors même qu'il y a tant de témoignages, renseignements sur des situations tragiques, que ce soit au niveau de personnes ou de nations.


Pour finir, ici,http://www.youtube.com/watch?v=HLNhPMQnWu4playnext_from=TL&videos=om2IulyyvLYune intervention de John Cleese sur l'extrémisme que je ne peux que vous conseiller d'écouter mais dont voici une transcription des paroles, traduite, pour les imperméables aux charmes des sonorités de la langue de Goethe !


"Sérieusement, cependant. Nous avons entendu beaucoup sur l'extrémisme récemment. Une atmosphère plus désagréable, plus dure partout. Plus d'injures et de comportements de loubards. Moins de comportements amicaux, de tolérance et de respect pour les opposants.

C'est très bien, mais ce qu'on n'entend jamais sur l'extrémisme, c'est ses avantages. Eh bien, le plus grand avantage de l'extrémisme est qu'il vous fait vous sentir bien ! Car il vous fournit des ennemis.

Laissez-moi expliquer. Le truc super dans le fait d'avoir des ennemis est que vous pouvez prétendre que tout le mal dans le monde entier est en vos ennemis et tout le bien dans le monde entier est en vous ! Attirant, n'est-ce-pas ?
Donc, si vous avez beaucoup de colère et de ressentiment en vous de toutes façons, et donc que vous apppréciez insulter les gens, vous pouvez prétendre que vous le faites seulement parce que vos ennemis sont de si mauvaises personnes ! Et que sans eux, vous seriez bon vivant, et courtois, et rationnel tout le temps. Donc, si vous voulez vous sentir bien, devenez un extrémiste.

Okay. Maintenant vous avez un choix. Si vous rejoignez l'extrême gauche, ils vous donneront leur liste d'ennemis autorisés: Pratiquement toute forme d'autorités; Spécialement la police, les financiers, les USA, les juges, les multinationales, les écoles publiques, les fourreurs, les propriétaires de journeaux, chasseurs de renards, généraux,traîtres à leur classe et, bien sûr, les modérés.

Ou, si vous préférez plutôt être un extrémiste de l'extrême droite, pas de problème, bien. Vous aurez quand même une jolie liste d'ennemis, mais simplement différents: Les groupes minoritaires bruyants, syndicats, la Russie, les "marginaux", les manifestants, profiteurs, membres du clergé, pacifistes, la BBC, les grévistes, les travailleurs sociaux, communistes et , bien sûr, les modérés. Et, les acteurs parvenus.

Maintenant que vous êtes armés avec cette super liste d'ennemis, vous pouvez être aussi désagréable que vous voulez, et ressentir votre comportement comme moralement justifiable. Donc, vous pouvez commencer à insulter des gens, et leur dire que vous les bouffez au petit dèj', et toujours vous penser comme un champion de la vérité, un combattant pour le bien suprême, et non pas le plutôt triste paranoïaque schizoïde que vous êtes en réalité."

Voilà,
En espérant que ce pavé peu digeste ne vous aie pas fait perdre votre temps.




 Creative Commons License Ce/tte cration est mis/e disposition sous un contrat Creative Commons.
Photos principales: stock.xchng et iStockphoto. CNIL n1104460. Contact: .