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À la découverte de soi
par Tadhg le 15 Juin 2008 dans Infos, conseils / Réflexions, Conseils
8 commentaires


Comment, en bousculant la routine, j'ai découvert la vie et certains de ses principes fondamentaux. Témoignage optimiste qui démontrera que l'on est toujours maître de son destin!

Je ne reflète pas l'image d'un homo que la société a crée : exubérant, rose, féminin, sensible. Cependant, je suis sensible, et c'est là mon seul point commun avec le stéréotype exhibé par les médias mais rejeté par le peuple. Je me suis donc blindé. Très tôt. Parce que j'ai pensé que c'était l'attitude la plus simple, parce que pendant des années, famille et société m'ont mis dans le crâne que ce qui comptait le plus c'était ce qu'il y avait sur mon compte en banque. J'y ai cru. Je me suis mis de côté. J'ai choisi un métier qui me plaisait, fini mes études, commencé ma vie professionnelle avec succès, habité seul dans ma maison, acheté mes meubles. Cuisiné pour me faire plaisir, puis pour manger, puis acheté des plats surgelés. Et puis plus rien. J'ai réalisé que ma vie simple et rodée ne me satisfaisait pas. Je me suis engouffré dans la vacuité de ma vie sentimentale. L'homosexualité que j'avais refoulé pendant toutes ces années avait trouvé le moment opportun pour surgir du placard comme un monstre dans une chambre d'enfant. Et c'est ce que j'étais : un enfant. Incapable de marcher seul sans qu'on me guide, mes goûts mimaient ceux de mes amis, ceux de ma famille, la moindre de mes envies était clonée sur celle d'un proche, mes phrases pompées dans des semblants de scénarios. Je ne faisais rien pour moi-même, me contentant de suivre et de faire plaisir et de paraître ce que l'on attendait de moi. Je ne vivais pas. Et quand j'ai vu le monstre, que je savais tapi dans l'ombre, j'ai pris peur. J'ai fixé l'armoire, et j'ai réalisé que l'homosexualité était une des créatures qu'il allait me falloir combattre pour atteindre la sérénité et forger ma personnalité propre. Et avec ce monstre se cachaient d'autres monstres tout aussi effrayants : solitude, motivation, confiance en soi...

Cet article aura pour but de montrer comment j'ai petit à petit accepté mon homosexualité au travers d'un événement marquant de mon existence, et surtout comment j'ai réalisé qu'elle n'est qu'une des composantes auxquelles la vie d'adulte indépendant nous confronte. À partir du moment où l'on ose regarder dans le placard, on découvre que finalement, ces sales bestioles ne sont que des animaux effrayés et innocents et on finit par les aimer. Cet article montrera comment j'ai accepté de vivre pour moi.

Été 2007. Novembre. Je suis au travail. Je m'ennuie derrière mon ordinateur. Je pense aux vacances. Je pense aussi au retour des vacances et à la reprise du travail. Si je regarde plus loin, je m'aperçois que l'horizon est plat et que tout semble identique. Je suis dans une impasse. Mes amis commencent à se marier, à s'acheter des maisons. On ne sort plus. ça devient de plus en plus difficile de rencontrer quelqu'un. Mes parents parlent de famille quand on se voit. On ne se voit pas souvent. Heureusement. Je me sens vieux. Je me sens vide. Routine. J'ai l'impression d'être une coquille inerte qui se laisse porter par les vagues sur le rivage, inlassablement. Et il n'y a rien a mettre dedans. J'ai l'impression que l'apogée de ma vie est derrière moi, que tout est terminé, que j'entame la descente vers ma décomposition. Je n'ai même pas envie de partir pour les vacances. ça me déprime. Je n'en parle pas, j'essaie de ne pas y penser, je regarde mon écran. J'ai tracé des cercles vides sans même m'en rendre compte. Je rentre chez moi le soir. Toujours pareil. Je suis seul, je n'ai pas envie de rencontrer quelqu'un. L'homosexualité est assise dans mon salon, elle regarde le match, elle me commande une bière, docilement, je lui apporte. Je n'ai pas envie qu'elle me frappe, je n'ai pas envie qu'elle me laisse de traces. Je n'ai pas envie qu'elle m'envahisse. Elle regarde des pornos gay et ça me dégoutte. Mais je ne dis rien, je retourne au travail et je ne pense à rien. Je regarde les couples avec tristesse car je sais que ce n'est pas pour moi. Trop timide. Je vais me balader dans le Marais, par curiosité. Par espoir de me faire aborder. Mais rien, décidément : je ne fais pas partie de cette catégorie là. Je rentre à la maison. Et là je regarde ma concubine en face, je débranche l'antenne et je l'ordonne de me frapper. Elle s'exécute avec une fureur malsaine. Mais discrètement, dans des endroits cachés. Le lendemain au travail, personne ne remarque rien. J'ai honte. Je rase les murs. Nouvelles soirées, nouvelles batailles, nouvelle honte. Je réalise que rien ne va plus. Que je n'ai plus de motivation. Que je suis seul. Que je suis incapable de comprendre ce qui m'arrive. Que je suis incapable d'en parler à mes amis. Que je n'ai pas la moindre envie d'aller en parler à un psy. Que personne jamais ne décidera de résoudre mes problèmes. Que je ne sais pas quoi faire. Je réfléchis. Et je repousse l'homosexualité dans son placard. En forçant pour la faire rentrer. Je décide qu'il me faut un choc énorme. Pas le suicide : je suis trop lâche. Et j'ai encore en moi l'espoir que tout puisse évoluer. J'ai pris conscience des fils qui me retiennent un peu partout comme un pantin qui se réveille. Je décide de changer de vie. Je ne sais pas par quoi commencer. Je n'ai jamais quitté la France. Je n'ai jamais pris l'avion. Je pense qu'il faut que je parte. Je me dis qu'il faut que j'aille où je n'aurai aucun repère, où je serai seul, exclusivement seul, et où, confronté à moi-même, je n'aurai plus d'autre choix que me poser les questions existentielles que je n'arrive pas à me poser dans un milieu où tout est oppressant, où je connais les moindres micros cachés dans les murs, où j'ai déjà repéré toutes les caméras auxquelles je ne parviens pas à soustraire ma pudeur. Je décide de partir. Europe d'abord : Allemagne? Non, je connais trop de personnes là-bas... Suède? Non, la famille et les amis ne sont qu'à quelques heures... et si j'envisageais carrément plus loin? Océanie? Bingo. 24h d'avion, une nouvelle vie, l'Inconnu.

À partir de ce moment là, j'ai eu un but. L'homosexualité a cessé de taper derrière la porte. Elle s'est un peu calmée. Elle a senti qu'il y avait du mouvement. J'ai travaillé dur pour économiser. J'ai retrouvé un peu de sourire à l'idée d'un projet. J'ai acheté des bouquins, des guides, des plans. J'ai effectué toutes les démarches administratives, en en parlant très peu. Je me suis remis à sourire, j'ai compris où j'allais. Puis, lorsque j'ai eu en main mon visa, j'ai annoncé à tout le monde que j'avais décidé de partir : le monde l'a très bien pris. On m'a encouragé. Certains ont même pleuré. Pas moi. Je suis fort. Enfin je croyais. Puis finalement, elle a fini par couler cette satanée larme dans le couloir d'embarquement de l'aéroport, après avoir quitté mes amis de l'autre côté de la zone de contrôle. J'ai subitement réalisé combien elle était importante cette amitié que je croyais amorphe, combien elle était présente, combien elle était dense et précieuse.

Été 2008. Mars. Je débarque avec dans mon sac ce foutu poids amorphe, et son contenu tapi, prêt à surgir. Je suis heureux comme je ne l'ai jamais été en posant le pied sur le sol de mon nouveau monde. Je fonce à l''auberge de jeunesse. Je baragouine quelques mots d'anglais pour que le taxi me dépose. Je prend une douche. Essaie de tenir contre le décalage horaire qui me rattrape. Je n'arrête pas de sourire. Puis, dans le dortoir, un homme arrive, jette son sac. Nous discutons. Et les premières paroles qu'il me sort sont teintées d'homophobie. Je voudrai répondre, je voudrai réagir mais je n'ai pas assez de vocabulaire, et, pire, mon monstre s'est endormi dans mon sac. Il s'est bien moqué de moi : il me délaisse! Maintenant que j'ai besoin de lui, que je me moque de ce qu'il pourrait se passer, il m'abandonne, et moi, j'approuve les propos répugnants de mon collègue de chambrée.

Automne 2008. La bestiole qui m'accompagne surgit inopinément d'un peu partout à la fois. Il faut dire qu'un collègue de travail, appelons le Ryan, m'a annoncé que John pense que je suis homo. Moi, pris sur le fait, je pense un instant à réfuter puis, finalement, je décide de laisser planer le doute. Je répond : "il faut dire que personne ne connait les motivations qui m'ont amenées [dans votre pays...]". Ryan ne relève pas. John m'invite à une soirée homo. J'y vais avec lui, décide de me documenter et de ne rien faire. À la soirée, j'observe. C'est la première fois que j'approche des homos d'aussi près. Je suis surpris. Triste. Résigné : ils sont pour la plupart comme moi. Anonymes. Je me sens triste. Rien ne se passe. En rentrant chez moi je découvre et-alors.net. Et ma bête sort du placard. Et en vous lisant je l'apprivoise. Je m'accepte. Je m'inscris. Je poste. Je rencontre des gens dont je me sens proche. Je réalise que je suis loin. Que rien ne presse. Qu'il y a le temps. Que je suis dans un pays dont je n'ai pour l'instant pas accepté la substance, préoccupé par une obsession faussée. Je décide de tout avouer lors de retour en France. Hésite à le faire par mail. Réalise l'erreur de s'outer à distance. Je ne veux pas que famille et amis pensent que je me venge ou que je veux leur faire du mal. Je veux leur expliquer calmement, face à face. En attendant, je veux continuer à réfléchir seul. Je veux continuer à vivre ma vie. Il est encore trop tôt pour leur dire que je suis homo. Je me sens pour l'instant trop vulnérable. Je vais donc maintenant profiter du pays.

Par contre, ici, je décide de ne plus faire d'effort pour dissimuler quoi que ce soit. Je n'exhibe pas mon animal de compagnie par dessus les toits, c'est à peine si je le promène dans la rue sous forme de regards dérobés que je m'étais jusque là toujours refusé à répandre. Je commence à observer. J'y prend plaisir. Je ne trouve plus ça malsain. Je sais que je suis seul mais cela n'a plus la même saveur amère. Je sais maintenant que je vais pouvoir goûter, tôt où tard. Plus rien ne presse. Je me promène, profite du pays, en tombe amoureux. Deviens enfin heureux. À un ami dans ce nouveau pays qui me demande : "tu n'es plutôt homme ou femme?", je répond "je suis plutôt mal barré, mais tout va bien!". Aux femmes qui adorent mon accent français, je ne laisse aucun espoir d'aller au-delà d'une simple amitié. Je me sens revivre. Et j'ai perdu mon animal de compagnie. Maintenant, je crois qu'il fait partie de moi...


L'expatriation, pour moi, n'a pas été une fuite. Elle a été une recherche. Un désir de me découvrir et d'appréhender la liberté. L'expatriation a été un choc qui a bousculé mon quotidien, ma routine. Elle m'a permis, loin de tout repère, loin de toute pression, de comprendre plusieurs notions fondamentales de l'existence.
Tout d'abord on a beau être loin, les mêmes problèmes finissent toujours par ressurgir, et il est impératif de les résoudre pour profiter au mieux de son environnement. Je parle ici de l'homosexualité, qui, finalement, même si je ne me sens pas encore prêt à l'avouer aux yeux de tous, m'est apparue d'une manière différente que j'ai pu accepter avec maturité et lucidité.
J'ai également compris que je ne voulais pas vivre une vie par contrainte et élimination. Pourquoi se contenter d'une maison située dans le creux d'une colline sous-prétexte que celle-ci est moins chère? Ne vaut-il mieux pas en chercher une vue sur la mer? En d'autres termes, j'ai acquis une motivation nourrie par des critères personnels, et j'ai revu l'ordre de mes priorités. Le travail, bien sûr est important, mais il ne doit pas être qu'un moyen de gagner de l'argent qui ne doit pas être la mesure étalon du bonheur personnel.
L'expatriation m'a fait prendre conscience de ma liberté, et du rôle actif que je peux jouer pour en faire s'écarter les limites. Savoir s'éloigner de ce qui nous sont chers et un moyen de parfois recentrer ces propres désirs. Et curieusement, partir m'a rapproché de mes amis et de ma famille. En les quittant, en provoquant un manque, j'ai compris combien les proches sont importants. Et j'ai rencontré d'autres gens, et je suis moins sensible au regard qu'ils peuvent me porter et pourtant, ils comptent pour moi. Non seulement les proches sont importants, mais aussi les gens sont importants.
Enfin, lorsqu'il y a des coups de blues non pas parce que la famille est loin, mais plutôt parce que même ici je suis pas foutu d'accepter encore totalement ma sexualité, je regarde autour de moi et je vois une végétation atypique, des animaux étranges et la mer omniprésente, et je réalise ce que j'ai été capable de faire, moi, le mollusque englué dans son pitoyable quotidien, et ce que j'ai choisi est la meilleure chose que je n'ai jamais faite de ma vie. Et ça me redonne le sourire. Je découvre le bonheur. Pour le reste, il est bon de prendre son temps et de vivre un peu aussi pour soi. ça nous rapproche des autres.


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Ce texte comporte plusieurs éléments fictifs ajoutés dans une optique d'explication mais est basé en grande partie sur une expérience réelle. Je conçois que l'expatriation est une mesure extrême de changement de vie, néanmoins la plupart des expériences décrites dans mon texte peuvent être produites à différentes échelles en fonction de la personnalité de chacun. Bon voyage et merci...




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