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De l'inné et de l'acquis
par luluth le 7 Mai 2007 dans Infos, conseils / Réflexions, Conseils
48 commentaires


Suis-je né ainsi ou suis-je devenu ce que je suis ? L'acquis est confortable, mais à force de réflexion on se rend compte que tout n'est pas si simple, et qu'il est bon de ne pas s'enfermer dans un carcan idéologique quand rien n'est encore prouvé...

Mince, je suis homosexuel. Fini les illusions de normalité, de petite vie affective comme tout le monde, je l’admets : je le suis. Tant pis, j’ai tiré un numéro de loterie assez singulier, mais je ferai avec. Ou alors : tant pis, si je suis ainsi c’est que Dieu l’a voulu. Ou encore : tant pis, c’est que c’était écrit quelque part au fin fond de mes chromosomes. Quoiqu’il en soit : ce n’est pas ma faute. Je suis né comme ça. Avant les homos et autres gens bizarres me répugnaient tellement que je suis sûr que ce n’est pas moi qui ai choisit, qu’il ne s’agit pas d’une orientation. C’est évident. Et puis il n’y a pas que moi pour le prouver, le taux de suicide des jeunes dans mon cas montrent bien qu’il n’y a pas grand monde pour souhaité l’être. Il faut faire avec et puis c’est tout. Les animaux sont une preuve fiable, on constate bien que chez la plupart des populations il y a un pourcentage d’homosexuels : ils n’ont pas choisis.

Et puis quand je remonte dans mes souvenirs, je ne me souviens pas avoir été jamais attiré par le bon sexe, celui qu’aurait voulu mes parents, celui que j’aurais voulu moi-même pour être normal, avoir ma petite vie tranquille. Une fois ou deux je me suis forcé à être amoureux du bon côté, mais je n’y suis jamais parvenu, au mieux j’éprouvais une amitié forte qui parvenait à me persuader que ce n’était pas que de l’amitié. J’en ai parlé à un ami qui m’a dit qu’il était homo et il a dit que lui par contre il avait été amoureux d’une fille une fois, il est pas sûr d’avoir fait semblant… Peut-être qu’il est bi, ou qu’il fut bi. Ou alors peut-être qu’il est moins lucide que moi et que son auto persuasion du moment fait encore effet aujourd’hui. De toutes façons tout le monde est différent, on aura beau faire des cases sexuelles, tout le monde suit un chemin bien singulier le temps d’exister…

Mais justement, comme on est tous des êtres singuliers, peut-être que la sexualité de certains est innée mais que celle de certains autres est acquise… Parce que lui il a juste aimé une fois une fille, et encore il en est pas sûr, mais il y a aussi des gens qui sont clairement longuement bi avant de choisir un camp, ou qui reste bi toute leur vie, sans parler des hétéros qui ont eu un penchant homo une fois ou deux dans leur vie, et inversement, et les grecs qui essayaient un peu de tout… Pourquoi les choses ne seraient t’elles pas claires si c’était forcément inné ? Pour moi c’est clair, mais pour les autres qui hésitent, qui changent de parcours, ce serait alors forcément parce qu’ils ne se connaissent pas encore ? Leur sexualité ne peut dont être en elle-même perpétuellement ou momentanément variable ? Qui l’a dit ? C’est peut-être « écrit là-haut »…

Quelque chose d’autre fait que je suis moins persuadé de l’acquis finalement… Ma psychologie. Quand j’analyse, il me semble avoir toujours subi un manque… père absent, mère omniprésente… le schéma classique pour les partisans de l’acquis dont je suis encore distants – et mince, je serai donc un stéréotype ! Je ne vais pas m’étendre, ça ne vous regarde pas, mais n’empêche que mon désir, quand je le regarde près, prend une dimension autre que la pure nécessité de se reproduire qu’évoquent les articles scientifiques sur l’amour, bien que je la sente cette nécessité, et s’accorde tout à fait avec des troubles anciens. Mon ami, il dit que lui il voit pas de problèmes, et je le crois. Je le dis parce que sinon ce serait faire de mon cas stéréotypé une généralité, et puis de toutes façons les exemples très différents du miens pullulent. Mais justement : nos vies sont singulières, notre éducation est singulière, l’apport affectif de nos parents est singulier, nos relations au monde sont singulières… Tout cela fait en grande partie la singularité de ce que nous sommes, et notre désir amoureux devient lui aussi singulier… Je me répète, je tourne en rond, où en suis-je ? J’en suis à la destruction de l’argument animal : l’animal veut se reproduire, chez l’homme il y a autre chose, c’est évident, et c’est ce qui fait que nos sexualité ne peuvent être aussi déterminées que chez les animaux. Une muraille de l’inné tombe.

Alors que dit la science ? Les recherches sur l’inné ne sont pas convaincantes, on est loin d’être sûr que l’homosexualité soit génétique. Les recherches sur l’acquis relève surtout de la psychologie, de la psychanalyse ou de ces sciences essentielles mais non exactes. Alors ce qui compte, c’est d’accepter de ne pas savoir, et d’accepter de se poser la question : inné ou acquis ? Car c’est en rapport direct avec la construction de chacun. Ce qui paraît évident n’est pas forcément vrai, ce qui est acquis ne résulte pas pour autant d’une volonté, je n’ai jamais voulu être homosexuel et si jamais je le suis devenu, à défaut de l’être avant même de naître, tout s’est fait dans les quatre ou cinq premières années de ma vie au mieux, parce que c’est là que ma mémoire trouve mon premier désir amoureux. Mais il s’en passe des choses en deux trois années ! Alors pourquoi pas ?

Pourquoi pas ? Parce qu’un telle supposition est infiniment dangereuse. Je tremble à imaginer que l’on découvre un jour scientifiquement que l’homosexualité est acquise, et je trouve déjà dangereux de dire fort qu’il est possible qu’elle soit acquise, ne serais-ce que pour certains. J’imagine déjà la compassion des non concernés entamée par le « après tout s’ils sont devenus homos ils peuvent redevenir hétéros », j’imagine les homophobes réclamer des mesures pour changer convertir les non hétéros, j’imagine les sectes qui prétendent pouvoir « guérir » les personnes de sorte de pouvoir les remettre sur le « droit chemin »… Pour cela, pas besoin de considérer l’homosexualité, la bisexualité et la transsexualité comme des maladies, de toutes façons il y a un certains temps qu’elles ne sont plus définies ainsi. C’est peut-être pour ça que discuter « acquis » au sein de la communauté LGBT est difficile, parce que le sujet est un brûlot.

Alors, comment conclure ? En resituant le problème : le danger vient des autres, pas du simple fait qu’on ne sait pas encore si la chose est acquise ou innée. Mais on ne peut pour autant censurer l’acquis pour raisons circonstancielles. Chacun doit pouvoir se construire, se chercher, sans être enfermé dans une idéologie fausse. Trop nombreux sont ceux qui croient que leur sexualité est innée en étant persuadé que cela est prouvé, qu’il suffit d’être raisonnable pour l’admettre, et que l’idée inverse est un simple argument de vieil homophobe ringard. Dommage. Moi, je ne sais pas, je l’admets, peut-être que je ne saurai jamais, mais le simple fait de chercher me permet de mieux vivre, de ne pas poser de tabou envers moi-même. Mon ami qui n’a pas autant de raisons de croire que sa sexualité est acquise se pose néanmoins la question lui aussi, petit à petit, parce qu’on trouve toujours des raisons d’hésiter, même infimes. Nous ne découvrirons pas les mêmes choses, nos conclusions seront peut-être différentes, mais cherchons au moins !




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