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De la pédéïsation du mâle hétérobeauf en France ces 40 dernières années
par Shoryuken le 13 Août 2007 dans Humour / Guide de la Vie Gay
49 commentaires


Une étude sérieuse sponsorisée par les singes savants de l’Insee.

L’hétérobeauf. Un spécimen étrange et fascinant du règne animal. Croisement contre nature entre le primate et la paramécie, l’hétérobeauf peuple environ les trois quarts de la planète. Essentiellement localisé en occident et vivant principalement en milieu urbain, l’hétérobeauf n’a cessé d’évoluer au cours de ces quarante dernières années, façonné par les changements socio-culturels. Projecteurs sur le spécimen français.

Les années soixante-dix. Ere post-Woodstock, ganja et libération des mœurs. Les femmes et le cave se rebiffent. Pinochet a renversé Allende et la guitare de Jimmy Page hurle sur les ondes du monde entier. Soljenitsyne raconte le goulag, la guerre fait rage au Vietnam et les Khmers rouges entrent tristement dans l’Histoire. Mais ça, l’hétérobeauf, il s’en fout. Son monde se résume à des éléments autrement plus importants : sa Renault 30 Turbo, la production journalière de l’entreprise Kronenbourg, quand c’est qu’il aura une augmentation ? et sa bonne femme. L’aspect du mâle type de ces années-là est celui d’un néandertalien en costard ou bleu de travail : crasseux, ne connaissant ni le déodorant ni le rasoir - et qu’importe si sa grognasse a les cuisses irritées. Le plus gros de son effort consiste à décapsuler une bière, se gratter les couilles et roter. Il aime regarder les matchs de rugby – un sport d’hommes - et bricoler sa bagnole pour qu’elle arsouille comme une F1, même si pour ça elle doit mazouter encore plus que l’Amoco Cadiz un jour de grande tempête. Les questions de société ? Il s’en branle. Stonewall ? Il connaît pas. Les pédés ? C’est Platini et les footballeurs ! Grosso merdo, l’hétérobeauf des seventies, c’est la subtile intelligence de la marenne d’Oléron alliée à la finesse de Bigard. Une espèce en voie de disparition mais encore bien présente dans certaines régions rurales et à Cergy Pontoise.

Les eighties commencent par le cultissime "au revoir" de VGE qui laisse sa place à Tonton. Luc Montagnier et son équipe de l’institut Pasteur découvrent le VIH. Le Sweet Dreams d’Eurythmics squatte la tête des charts un peu partout tandis qu’en Ethiopie on crève de la famine et de la guerre. On se fout sur la gueule en Irak, un trou dans la couche d’ozone est détecté au Pôle Sud et Tchernobyl pète. Pendant ce temps-là, l’hétérobeauf gaulois se paye une Fuego GTX bi-turbo à triple injection - un coupé sport, comme ça il ne va pas chercher les chiards à l’école et c’est bobonne qui s’en occupe. Le mâââle de cette nouvelle décennie est radicalement différent de celui des 70’ : il a découvert le Bic - pas le stylo – le disco ( avec 10 ans de retard… ), s’habille en jogging fluo Sergio Tacchini ( faites pas les marioles : vous aussi vous en avez eu un ! ) et a appris qu’on ne disait pas "tringler sa truie" mais "satisfaire sa femme". Il découvre la littérature et la philosophie ( Playboy, Hustler… ) et s’intéresse à la géopolitique grâce à Minute. L’hétérobeauf se sent concerné par son milieu social et les usages sociaux : il apprend la politesse ( exit le grattage de burnes et les pets bruyants ), emmène sa moitié au cinéma ( où il découvre puis adule Sean Connery, le mâââle ultime ) et à la Paloma où ils swinguent toute la nuit sur les beats ravageurs d’Abba, Sheila & B-Devotion, Boney M, Cloclo et Dalida. L’hétérobeauf devient un être civilisé et plus respectueux, même si ses a priori et son manque flagrant de connaissances en font, il faut bien le dire, un gros con. Et les pédés dans tout ça ? C’est les mecs sidaïques qui ont des plumes dans le cul et qui écoutent Richard Clayderman.

Nonante débarque avec un lot impressionnant de changements. Le Mur s’est cassé la gueule, Hubble s’envoie en l’air, y’a une sacrée tempête dans le désert, une bouteille de vodka prend les commandes de la Fédération de Russie et le Rwanda est sur toutes les chaînes. En France, on balance des roses dans un trou à Jarnac avant de manger des pommes. Et l’hétéro-erectus roule en Twingo. Ouais, en Twingo. Putain de changement, je vous le fais pas dire ! La faute à qui ? Aux pires ennemis de l’Homme : la télé et la femme. La première lui a fait prendre conscience que l’environnement, c’est fragile et que rouler en panzer ne sert à rien, sinon à tuer les petits pingouins du Pôle Nord. Ca, ça a tapé en plein dans le petit palpitant de notre hétérobeauf. La seconde, elle, l’a tout simplement châtré. Le mâââle des 80’ s’est écrasé comme une merde pour laisser place à ce que l’on appelait à l’époque une femmelette. En quatre-vingt-dix, c’est la femme qui porte la culotte et domine le couple hétéro. Non pas qu’elle batte son mari – quoique – mais elle l’a rendu impuissant grâce à une stratégie imparable faite de "sinon je divorce", "pas ce soir, j’ai la migraine" et de "ma mère avait raison". La femme de ces années-là travaille, est émancipée, indépendante et ne garde son époux que pour ne pas avoir recours au godemichet. L’hétérobeauf le sait mais comme son courage s’est évanoui avec les derniers bons rôles de Sean Connery, il n’ose pas affronter son épouse de peur de finir seul. Du coup, il participe au ménage et aux réunions Tupperware de sa femme, va chercher les enfants au collège, sort le chien, lave la voiture le dimanche et tond la pelouse de leur joli petit pavillon de banlieue pour lequel il a contracté un prêt sur cinquante ans. Pendant que sa dulcinée téléphone des heures entières en se vernissant les ongles de pieds, il emmène Junior à un match de football où il entame avec la foule de spectateurs le We Are The Champions de Queen sans savoir qu’il s’agit d’un hymne de pompeurs - de quoi effacer le sourire en décapsuleur de la gueule de Mercury. L’hétérobeauf ne s’étonne plus de rien, pas même de voir à la télé le premier ministre, Monsieur Ed Itcresson, s’habiller en femme. Tout a foutu le camp alors quand on lui demande ce qu’il pense des pédés, il répond qu’il écoute Elton John, qu’il a pleuré à la fin de Philadelphia et que des fois, il regarde sa femme et se demande s’il n’est pas marié à un mec...

Le bug de l’an 2000 n’a pas eu lieu et, contrairement aux pires prédictions de Paco Rabanne et d’Elizabeth Tessier, nous ne sommes pas revenus à l’époque des Pierrafeu : l’humanité a continué, cahin-caha, son petit bonhomme de chemin. Et avec elle, l’hétérobeauf, qui est devenu un être sensible, soucieux de son image, de son bien-être et du reste du monde : il roule désormais en Smart diesel, porte des T-shirts Von Dutch roses, mange macrobiotique, se fait le maillot avec ses copines et ne manque pas un seul épisode des aventures de Carrie Bradshaw. Les mots clubbing, happy-hours, manucure et fashion ne lui sont plus étrangers. Le shopping est tendance et il est hype d’écouter David Gayta. Faut dire que son modèle, l’ethnosociologue David Beckham, a instauré un nouveau standard : la metrosexualité. Il ne s’agit pas ici de se frotter les parties génitales contre les utilisateurs du RER aux heures de pointes. Non, être metrosexuel, c’est prendre soin de soi, passer des plombes dans la salle de bain, travailler son look afin de véhiculer une image soignée et in. Sois belle et accepte ta part de féminité. Tel est le mantra que se répète notre spécimen chaque matin devant son miroir de quatre mètres par trois en s’étalant des hectolitres de crèmes exfoliantes Goudier achetées chez Marionnaud. En voyant ça, on se dit que l’hétérobeauf a changé d’avis sur les problèmes sociaux des homos. Qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas parce qu’il est plus maquillé qu’un camion volé et roule du cul qu’il a l’esprit ouvert sur les questions sociétales des LGTB. Pour lui, la Gay Pride reste un rassemblement de follasses, le mariage est une hérésie et l’adoption totalement abracadabrantesque. Qu’on ne vienne donc pas lui parler de droits, d’égalité ou de normalité. Les tarlouzes ont ptêtre inventées la mode et le disco mais c’est pas pour autant qu’on doit leur filer nos droits.


Comme vous venez de le lire, l’hétérobeauf n’a pas échappé aux lois impitoyables du darwinisme. Son code génétique a évolué, subissant de profondes mutations – oui, un peu comme les X-Men. Il est passé du stade primaire de macho plus viril qu’une butch à celui de tapette finie en moins de quarante ans !

Le constat ? Les hétérobeaufs sont devenus plus fiottes que les pédés.
La moralité ? On n’est pas dans la merde !




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