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Cyndi Lauper au Bataclan
par Shoryuken le 21 Octobre 2008 dans Art et Culture / Musique
8 commentaires


RĂ©cit d'un moment magique

Lundi 20 octobre 2008. Il est presque 19 heures. Le soleil d’automne, fatigué d’avoir chauffé la capitale toute la journée, s’en va lentement mourir à l’horizon, laissant les réverbères prendre le relais. Les voitures rugissent sur les grands boulevards du onzième arrondissement tandis que les rues sont prises d’assaut par une foule chamarrée : cadres et employés sortant du travail, mères de familles avec landaus, touristes espagnols, préados en skate-boards, serveurs attendant le rush devant leurs restaurants, rabbins et j’en passe. Et puis il y a ce rassemblement compact situé au 50 boulevard Voltaire qui fait exploser mon gaydar. Des pédés. Des pédés, partout. Et aussi des lesbiennes. Et encore des pédés. Ils sont là, éclipsant presque totalement les quelques hétéros présents, attendant que la salle du Bataclan ouvre ses portes. Je les observe, les dévisage, laisse errer mon regard de paires de fesses en graciles silhouettes avant de reporter mon attention sur ma montre : ça fait quasiment 30 minutes que je suis là. Fredouille, qui a eu la gentillesse de m’inviter au concert, ne tarde pas à arriver. Nous nous installons dans la longue file d’attente qui s’étend maintenant rue Oberkampf.

Une bonne vingtaine de minutes plus tard, nous pénétrons dans la petite salle du Bataclan. C’est donc dans cet ancien théâtre que je vais découvrir Cyndi Lauper. Oui, découvrir. Car je l’admets sans honte : je ne connaissais pas grand-chose de la new-yorkaise. Pour moi, Cyndi Lauper, c’était cette rouquine coiffée en pétard et habillée comme un clown qui scandait à qui voulait l’entendre que les filles veulent juste s’amuser. C’était dans les années 80, j’étais encore jeune et je trouvais ça drôle. Par la suite, j’avais écouté – et aimé – certains autres de ses tubes mais j’en étais resté là. Jusqu’à hier soir.

Il est vingt heures lorsque les lumières s’éteignent. La première partie est assurée par un trio de donzelles à peu près aussi hétéros que la plèbe devant laquelle elles se produisent. Ce sont les Robots In Disguise. Leur zic est un mélange de rock vaguement garage et d’electro dance-floor saupoudré ça et là de quelques passages assez groovy. Le chant assuré par la gratteuse et la bassiste fonctionne de façon aléatoire, ayant parfois du bon mais bien souvent du mauvais. En dépit de leurs bonnes intentions pour chauffer le public, la température ne monte pas vraiment. La faute à des compositions inégales et trop répétitives. Et niveau son et éclairage, c’est l’horreur : la gestion des spot lights est confiée à Jacquouille ( jour-nuit-jour-nuit-jour… ) et le volume sonore est beaucoup trop fort et bourré de parasites. Heureusement pour nous, leur prestation ne dure qu’une demi-heure.

La lumière revient et nous permet de constater que la salle est désormais bondée. Commence alors une attente de 30 longues minutes pendant lesquels les roadies font les balances. Ca et là éclatent plusieurs vagues d’acclamations et des cris de fans réclamant Cyndi. L’impatience grandissante éclate lorsque la salle est de nouveau plongée dans l’obscurité…

La chanteuse apparaît alors sous un déluge assourdissant d’applaudissements, de hourras et de déclarations d’amour. Simplement vêtue d’une élégante robe noire à manches amples et chapeautée d’un melon assorti, la belle commence alors son spectacle. Et dès la première chanson, l’ambiance explose ! La foule se met à chanter, à taper dans les mains et à sauter ! Faut dire que la pop rock de l’américaine est des plus efficaces – il suffit de quelques notes pour être absorbé. Même le profane que je suis se met aussitôt à bouger et à reprendre avec la salle les refrains accrocheurs. Car ce n’est pas ce qui manque dans le set varié que nous offrent la blonde et ses zicos : chaque morceau est une tuerie absolue, un implacable appel à la danse. Tout au long de son show, Cyndi alterne intelligemment pop, rock, électro, folk et répertoire jazzy avec une facilité déconcertante. Qu’il s’agisse d’anciens morceaux - typiquement made in eighties - comme She Bop, I Drove All Night et l’excellent All Throught The Night ou bien de compositions plus récentes comme l’imparable Into The Night Life et les très électro Rocking Chair ( composé avec Basement Jaxx ) et Echo, la belle assure comme pas possible et le public, tout acquis à sa cause, la suit de façon délirante. La folie gagne le Bataclan tout entier lorsque les zicos entament les premières notes de Girls Just Want To Have Fun et que les Robots In Disguise rejoignent la scène pour prêter leurs voix aux backing vocals déjà assurés par le bassiste et la choriste. Le morceau, culte, n’en finit pas d’exploser. Cyndi et sa choriste partent alors dans un incroyable duo et électrisent encore davantage la foule qui n’en finit pas de chanter et de s’émerveiller. Une tuerie monumentale !

Si tout est purement jouissif – il n’y a absolument aucun déchet, aucune mauvaise chanson – c’est dans le registre acoustique et intimiste que Cyndi Lauper excelle. Seule sur scène dans la lumière d’un projecteur, sa slide guitare posée devant elle, la star revisite certains de ses tubes. C’est tellement beau que c’est à vous en filer des frissons – je pense surtout à Time After Time et True Colors – qui clôt magistralement le concert.

Mais Cyndi Lauper n’est pas qu’une voix époustouflante qui s’étend sur trois ou quatre octaves, comme me le dit fredouille entre deux chansons. C’est aussi une bête de scène débordante d’énergie ! Il est hallucinant de voir cette femme de soixante printemps sauter et courir d’un bout à l’autre de la scène. On reste béat lorsqu’elle bondit sur le podium du claviériste ou sur la grosse caisse du batteur avant de se mettre à danser comme une possédée. Ceci dit, elle n’hésite pas non plus à s’effacer derrière ses musiciens, les poussant même au centre de la scène. Enfin, Cyndi Lauper, c’est cette femme adorable qui parle comme un Looney Tunes et prend le temps de papoter et de rigoler avec son public. Cyndi Lauper, c’est ça et tellement plus encore.

Alors quand les lumières se rallument définitivement après une bruyante standing ovation, on se demande si on n’a pas rêvé, si l’heure et demi écoulée était bien réelle. On regarde autour de soi, on constate que presque tout le monde est en sueur, comblé au dernier degré d’avoir chanté, dansé et communié avec la star. Alors on se pose inéluctablement la même question que ceux qui nous entourent : quand est-ce qu’elle revient ?




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