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The Velvet Underground, Lou Reed, John Cale, Nico (3ème partie)
par edogawa le 7 Avril 2008 dans Art et Culture / Musique
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Rapide portrait de la chanteuse Nico, qui se fit connaître au sein du mythique Velvet Underground

Les thèmes de prédilection du Velvet Underground étaient la drogue, les pratiques s-m, la mort. Lou Reed, avec « Berlin », a sorti l'un des albums les plus glauques de l'histoire du rock. John Cale, avec sa trilogie rock, avec « Music For A New Society », a exploré le monde de la folie, qui aurait bien pu l'engloutir. Eh bien le croirez-vous ? La vie de Nico, sa musique, sont encore allés un pas plus loin dans la noirceur. Tout avait pourtant commencé dans le calme et la beauté. Oui la beauté, car Nico, du temps de sa splendeur, était l'une des plus belles femmes de la planète.
Le début de carrière de Nico est tourné vers le monde du mannequinat. Auparavant, à titre informatif, elle était née quelque part en Allemagne, un jour d'octobre 1938, sous le nom de Christa Päffgen. A Paris, à la fin des années 50, elle pose pour différents magazines, dont « Vogue ». Puis elle signe un contrat avec Coco Chanel. Mais pour ce qui nous intéresse ici – à savoir la musique –, tout ceci reste anecdotique. Plus intéressant par contre : Nico commence à jouer de petits rôles au cinéma, elle prend même quelques cours. Que l'on ne s'y méprenne pas cependant : si elle est engagée pour jouer dans « La Dolce Vita » de Fellini, ce n'est pas grâce à ses talents d'actrice. A cette époque (nous sommes au début des années 60), elle rencontre un peu tous ceux qui comptent (ou compteront) : Serge Gainsbourg, Bob Dylan, Brian Jones des Rolling Stones, Alain Delon (avec qui elle aura un enfant, Ari, qu'il ne reconnaitra jamais, mais qui sera élevé par ses parents), etc. Mais la rencontre décisive, la rencontre qui fera basculer sa carrière naissante, se fera un peu plus tard, elle se présentera sous les traits d'un fils d'émigré tchèque du nom d'Andy Warhol.
Nico passe ses journées à la Factory de l'artiste, elle joue dans les films expérimentaux que lui et Morrissey réalisent. Puis un jour, elle croise la route d'un petit groupe fraîchement monté et encore parfaitement inconnu, que Warhol a pris sous son aile : The Velvet Underground. Le peintre a l'idée de l'intégrer à son nouveau joujou et de la faire chanter sur quelques morceaux : miracle, la magie opère instantanément! Le premier 33 tours du Velvet Underground, le fameux album à la banane, sort en 1967. Nico chante sur trois titres : « Femme Fatale », « I'll Be You Mirror » et « All Tomorrow's Parties ». Les deux premiers sont des ballades, le troisième est un morceau plus rock, dissonant presque, avec ses parties de guitare parfois proches du free. La voix grave et froide de Nico y fait merveille. Mais c'est un bide. Et Nico est rapidement éjectée de la formation. Quelle importance ? La légende est lancée, et elle reste intacte en 2008.
Nico, encore peu sûre d'elle, maladroite presque, entre en studio pour y enregistrer un album folk joli comme un coeur, qui se nomme « Chelsea Girl ». Bob Dylan, Tim Hardin, Jackson Browne, sans oublier Lou Reed et John Cale bien sûr, lui ont composé quelques titres. C'est mignon, ravissant même, un peu tristounet là ou il faut, mais malheureusement gâché par une production saccharinée, dont les responsables croiront bon de rajouter ici et là des cordes et une flûte assez abominable – Nico s'y opposera en vain. Retenons tout de même les très émouvants « These Days », composé par Jackson Browne, et « Winter Song », composé par John Cale.

Nico, dont l'innocence s'effrite petit à petit, décide de prendre sa carrière en main. Elle se met à l'harmonium, étrange instrument qui la suivra durant toute sa carrière, sorte d'extension de son âme, et elle se met à composer des morceaux qui ne ressemblent à rien. Derrière des arrangements tantôt folk moyenâgeux, tantôt dissonants, la belle blonde devenue brune, le visage soudain émacié – la drogue commence à faire son apparition –, pose une voix grave, majestueuse et comme en apesanteur. Son deuxième album solo, « The Marble Index », sort donc en 1969, et John Cale, fidèle allié qui la suivra jusqu'à sa mort, le produit, et joue dessus de nombreux instruments. Que s'est-il passé en moins de deux ans ? Que peut-il bien se produire dans une vie pour inventer, du jour au lendemain semble-t-il, une telle musique ? Nico, Walkyrie désespérée, s'est embarquée pour des contrées inexplorées jusqu'à ce jour. Nous révèle-t-elle ses obsession, ses fantasmes ? Si c'est le cas, alors l'on se dit que l'on est bien au chaud dans sa petite vie : tout est d'une noirceur terrifiante sur cet omni (objet musical non identifié), sans espoir, sans possibilité de retour, limite glauque parfois (ça sera définitivement le cas durant les années 80). Nico s'est retirée, seule, sur un bas-chemin, a copulé avec la Mort, et a mis au monde une cathédrale gothique sidérante de beauté.
Avec le recul du temps, on pourrait dire que « The Marble Index » constitue le premier chapitre d'une trilogie regroupant encore « Desertshore » en 1970 et « The End » en 1974. « Desertshore » est une bande son d'un film, « La cicatrice intérieure », du réalisateur expérimental français Philippe Garrel, dans lequel Nico joue. Accessoirement, c'est aussi son chef-d'oeuvre. Le fidèle John Cale a été appelé, et Nico entame ce très court album (moins d'une demi-heure, mais rien à jeter) par un titre à vous glacer le sang et les os : « Janitor Of Lunacy ». La déesse déchue est seule face à son harmonium, et donne à boire et à manger aux gothiques – quelle horreur! – en herbe pour les trente années à venir. Plus loin, c'est « Abschied », où le violon crissant de Cale croise le fer avec l'harmonium ténébreux de Nico : beau à se damner! Puis le très dissonant « Mütterlein » anticipe, avec quinze ans d'avance, ce que sera le contenu du ravagé « Music For A New Society » de Cale. Coincé à l'exact milieu de ce disque, une comptine : « Le Petit Chevalier », chantée maladroitement par Ari, le jeune fils de Nico (quoi doit avoir six ou sept ans au moment des faits); à l'écoute du morceau, on imagine aisément les cauchemars qui ont dû être les siens suite à cet enregistrement.
« The End » le bien nommé sort quatre ans plus tard : c'est un nouveau chef-d'oeuvre. Visiblement, Nico ne s'est pas requinquée durant ses quatre années d'absence : de l'avis de nombreux fans, il s'agit là de son disque le plus jusqu'au-boutiste, véritable ode à la Mort, glorifiée avec une vigueur – comment ça je dis des conneries ? – digne des sportifs les plus robustes. Vous l'aurez compris, ce disque est morbide. Et contient une reprise du classique des Doors, mille fois plus dérangeante que l'originale. Quant à moi, je l'ai écouté en boucle, à vingt ans, seul dans ma chambre, au grand désespoir de ma mère qui devait craindre un jour de me retrouver les veines ouvertes. Il faut dire aussi que je lui avais fait écouter, à la même époque, le premier album de Suicide, et plus particulièrement le terrifiant « Frankie Teardrop ». Bref, je vomissais mon homosexualité et la musique constituait ma seule échappatoire.
Puis Nico se tait, trop occupée à courir derrière les dealers des villes où le destin la pousse. Elle tourne bien quelques films, elle fait quelques concerts avec un groupe de tacherons, mais c'est à peu près tout. Son physique, bien sûr, s'est modifié : la beauté froide et distante au regard de glace, divine statue digne des plus grands poèmes de Baudelaire, a fait place à une silhouette carbonisée, les cheveux sombres lui collant à la peau et de grands yeux noirs flippés lui mangeant la moitié du visage. Son souhait commence pourtant à se réaliser : tout au bout de la route, qui n'est plus qu'une ultime ligne droite, la Mort, dorénavant visible, lui lance quelques oeillades.
En 1981, Nico sort « Drama Of Exile » : John Cale n'y participe pas et c'est son seul foirage. Quoique. J'en connais qui lui trouve un charme certain, à ce disque bizarroïde, rempli de synthés vintage bip-bipants et de sonorités discoïdes. Certes ils sont en voie de disparition, mais les amateurs de ses premiers disques – dont je suis – ne sont pas vraiment en train de se démultiplier non plus. Il faut noter une reprise d'un classique de Bowie, « Heroes », ainsi que du « Waiting For The Man » (qui lui va comme un gant) du Velvet Underground.
Nico, spectre errant, morte déjà depuis un bout de temps, entre une dernière fois en studio en 1985, avec le fidèle John Cale, le seul peut-être à l'avoir comprise jusqu'au bout. Et le résultat est à la hauteur de toutes les espérances : « Camera Obscura » est une merveille new-wave, bourrée de boîtes à rythmes cheap et de percussions tribales. Nico, agonisante, balance « Tananore », « Fearfully In Danger » ou « My Heart Is Empty » : il faut avoir le coeur bien accroché. Il existe des disques du matin, des disque du soir; celui-ci est un disque pour jamais, à éviter absolument en cas de dépression avancée. En son centre, cependant, un titre nu irradie d'une lumière phénoménale : Nico reprend le classique « My Funny Valentine », uniquement accompagnée par un piano et une discrète trompette, et c'est bouleversant. Mais le sommet se nomme « Konig ». « Konig », qui clôt le disque, est un diamant noir issu des sessions de « Desertshore » : Nico y soliloque avec son harmonium, c'est glaçant et ça rappelle « Janitor Of Lunacy » (qui ouvrait « Desertshore »). La boucle est bouclée!
Nico meurt en 1987, à Ibiza, d'une bête chute de vélo : hémorragie cérébrale dira-t-on. Aujourd'hui, le mouvement gothique se réclame d'elle – la pauvre – mais ceci mis à part, sa musique reste encore largement méconnue. Les lauriers, de toute façon, étaient pour le Velvet, ce qui n'est que justice : Lou Reed, John Cale, Sterling Morrison, Maureen Tucker et Nico ont introduit la perversion dans un monde de candeur absolue, et permis l'avènement de ce que l'on appellera, plus tard, le rock alternatif.





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