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The Velvet Underground, Lou Reed, John Cale, Nico (2ème partie)
par edogawa le 19 Octobre 2007 dans Art et Culture / Musique
8 commentaires


Survol rapide de la carrière de quelques mythes de l'histoire du rock

John Cale

John Cale est un lugubre personnage. Né au Pays de Galles, il se fait très vite repérer, pour deux raisons : 1) Il écrit une mini symphonie pour la BBC durant son enfance (c’est un musicien prodige) et 2) C’est un garçon plutôt étrange, allergique au Rugby (dans une région où l’on passe pour une tarlouze si l’on n’aime pas ce sport) mais suffisant frappadingue et imprévisible pour qu’on le laisse tranquille. Il vit dans la campagne galloise primitive et comprend vite que la seule manière de donner de l’ampleur à sa vie et à ses ambitions de musicien est de la quitter pour New York, ce qu’il fait assez jeune. Il s’acoquine alors avec des musiciens d’avant-garde – John Cage, LaMonte Young – mais ne peut résister à la tentation rock : il rencontre Lou Reed et ils montent le Velvet Underground dont l’histoire, contée sur ce forum mais dans un autre temps, a eu largement le temps de prendre la poussière (poussière d’ange, serais-je tenté de dire).
John Cale est viré du Velvet en 1968. Il sort sont premier disque, « Vintage Violence », trois ans plus tard. Complètement anecdotique. Puis peu après « Church Of Anthrax », avec Terry Riley, à peine plus intéressant. Il sort encore « The Academy In Peril », sorte de musique classique minimaliste et répétitive. Mais le plus intéressant est pour tout de suite, dans les lignes qui viennent (un peu de patience, voyons !).
En 1973, John Cale sort « Paris 1919 », une sorte de disque pop avec des cordes, en apparence calme et serein mais la folie n’est jamais très loin. En fait ce disque résume parfaitement le personnage John Cale : costume impeccable et classe mais en dessous un type capable d’égorger un poulet vivant sur une scène (ça c’est pour plus tard). Le disque fait partie de ces chefs-d’œuvre dans le fond bien méconnus mais qui se bonifient avec le temps. L’un des trois essentiels de John Cale.
Puis il sort sa trilogie rock. Il a rebranché sa guitare et nous balance « Fear », « Slow Dazzle » et « Helen Of Troy ». Il s’entoure de musiciens rock (dont certains de Roxy Music) et invente quasiment le punk avant l’heure. Ses thèmes de prédilection – la folie (il pose en camisole de force sur « Helen Of Troy »), la paranoïa, la mort – transparaissent dans chacun de ses titres. A son sommet créatif (si l’on excepte les années du Velvet), il compose ses grands classiques : « Fear Is A Man’s Best Friend », « Buffalo Ballet », « Mr. Wilson » (en hommage à Brian Wilson, le leader fou des Beach Boys), « Pablo Picasso », « Leaving It Up To You » (sur l’assassinat de Sharon Tate, le morceau a d’ailleurs longtemps été interdit), etc. Les années 70 viennent de basculer dans leur seconde partie. C’est le temps des premiers jeans troués, des premières épingles à nourrice. En Angleterre, Malcolm McLaren crée les Sex Pistols, le premier boys’ band de l’histoire de la musique, qui prendra fin dans la poudre et le sang. Au même moment (un peu avant même), un club mythique de New York, le CBGB, donne sa chance à de jeunes groupes ou artistes révolutionnaires : Patti Smith, Richard Hell, les Ramones, Television, Suicide, Blondie, Talking Heads, Mink DeVille plus quelques autres – excusez du peu ! La tendance est donc aux cheveux courts. John Cale, qui fait tout à l’envers, s’est laissé poussé les siens. Son groupe de tâcherons graisseux est sur la même longueur d’onde. Conséquence : il est cruellement oublié lorsqu’il s’agit de trouver des parrains au mouvement punk naissant (alors que son frère ennemi Lou Reed est porté au pinacle). Quelle injustice ! Mais John Cale est extrême, souvenez-vous-en. Un soir, lors d’une tournée en Angleterre, il commence à interpréter « Heartbreak Hotel », une reprise d’Elvis Presley. Face à lui, ça pogote dans tous les sens. Un public de crêtés lui fait face, qui n’arrête pas de l’insulter et de lui cracher dessus, goûtant peu visiblement à son groupe de bouseux. John Cale, qui a senti venir le coup (ça fait plusieurs soirs de suite que la scène se répète), se saisit d’un poulet vivant, le déchiquette et balance la tête ensanglantée sur les premiers rangs : c’est le silence total. Tout à coup, la violence n’est plus feinte et les petits punks en sont éberlués. Cet étrange épisode est un peu le prologue de la période de vie la plus sombre et tourmentée de John Cale, qui durera cinq ou six années.

Jusqu’au début des années 80, il sort peu de disques, exceptés quelques live (« Sabotage » le bien nommé, « Even Cowgirls Get The Blues ») bien crades et jusqu’au boutistes. Puis en 81, en plein mouvement new-wave (sur lequel Reed et Cale ont eu là aussi une influence plus que capitale ; d’ailleurs c’est bien simple, toute musique sortant quelque peu des sentiers battus porte le sceau du Velvet), il enregistre un disque largement méconnu, « Honi Soit » (en français dans le texte). Cet album est loin d’être son meilleur. Certains titres sont même limite embarrassants. Un étrange morceau, « Wilson Joliet », figure pourtant au cœur du disque. Sur un rythme binaire et assez banal, un morceau rock mille fois entendu vient glisser sur les oreilles de l’auditeur. On se dit : « Ouais, sympatoche, et après ? ». Eh bien après, c’est la troisième minutes qui commence à se consumer. Et John Cale avec ! Le ténébreux gallois pique la plus spectaculaire crise de sa carrière. Sa voix dérape, il se met à pousser des hurlements, puis, tout au bout du morceau, à compter comme un malade, dans le désordre. On entend encore un « twenty-four » en toute fin de course, puis plus rien. L’auditeur en frissonne. John Cale serait-il vraiment passé de l’autre côté, cette fois-ci ? Le disque suivant ne laissera pas beaucoup de doutes. En 82, Cale sort effectivement l’un des disques les plus terrifiants de l’histoire de la musique. Au bout du rouleau, lessivé, proche de la crise de nerf, il s’enferme chez lui, seul. L’idée est d’enregistrer un disque dans des conditions extrêmes. John Cale reste éveillé des jours et des nuits entiers avant de se mettre à composer. Aussitôt l’enregistreur allumé, la musique doit sortir. Cela créé beaucoup de déchets, cela permet aussi de sortir des idées venues semble-t-il de nulle part. Et de toute façon, il sera toujours temps de faire le tri plus tard. La première partie est douloureuse. Les morceaux sont lents, la voix de Cale est constamment sur le fil. Ici ou là apparaissent des cris, des pleurs, des sons étranges, des bruits de tôles que l’on frappe. D’une certaine manière, la deuxième partie rassure, elle n’est qu’effroyablement triste ; mais au moins la tristesse est-elle un sentiment que l’on connaît tous, alors que l’on se demande encore ce qui s’est passé durant les quatre premiers morceaux. Bref cet album, toujours en vente libre aux dernières nouvelles, se nomme « Music For A New Society » (quel titre ! on peut d’ailleurs se demander quelle société aimerait vivre dans un monde avec une telle musique). Au moment où Lou Reed ronronne en sortant des disques pathétiques et limite guillerets (satanées années 80), son frère de rue est donc à deux doigts de se noyer définitivement. Mais une bouée de sauvetage, miraculeusement, passait par là. John Cale la saisit, il vient de comprendre qu’il ne pourra jamais aller plus loin. Ce qu’il y a de bien, lorsque l’on touche le fond du gouffre, c’est que l’on ne peut que remonter (ou au pire stagner, ce qui est déjà mieux que rien). Dès cet instant, la carrière de Cale va donc se stabiliser et les expériences extrêmes s’estomper.
De 82 à 88, Cale sort un unique disque, « Artificial Intelligence », où il se confronte à une sorte d’electro-pop. Il faut bien l’avouer : c’est plutôt un foirage. Mais un foirage qui contient une merveille : « Dying On The Vine », l’un de ses plus beaux titres, toutes périodes confondues. Puis en 89, définitivement régénéré, Cale retrouve ses racines galloises et enregistre le très beau « Words For The Dying », où il met en musique, accompagné par un orchestre symphonique et un chœur d’enfants, des poèmes de Dylan Thomas (poète gallois). Ce n’est certes pas très joyeux (Cale n’est pas exactement un boute-en-train), mais l’agitation du passé semble bien révolue.
Au début des années 90, Cale enregistre le merveilleux « Songs For Drella » avec Lou Reed, en hommage à Andy Warhol. J’en ai déjà parlé mais tant pis, j’en remets une couche : ces deux types, lorsqu’ils jouent ensemble, créent une alchimie unique et magique. Ils ont beau se détester, ils sont étrangement semblables. Lou Reed, l’Américain, était bien sûr plus dans l’outrance, le grand-guignol, flirtant avec les limites de son corps, tandis que John Cale, l’Européen, plus intello oserais-je dire – mais tout aussi lugubre –, était plus dans une exploration interne, jouant avec les limites de sa raison. Ca n’empêche : ils s’étaient reconnus tout de suite, en ce milieu des années 60, peu avant de fonder le Velvet, pour le bonheur de milliers d’auditeurs à travers le monde (j’en suis, bien sûr).
En 1992, enfin réconcilié avec son passé, Cale se met seul face à son piano pour quelques tires, saisit sa guitare pour quelques autres, et donne un magistral concert qui sera bien heureusement enregistré, et qui sortira sous le titre « Fragments Of A Rainy Season ». La porte d’entrée est là, pour tous ceux qui aimeraient connaître la musique de Cale. Il reprend tous ses classiques, il est habité de la première à la dernière seconde. L’un des dix essentiels de ma vie, qui m’accompagnera jusqu’à ma tombe.
Cale a sorti trois disques depuis cette époque, la semi-bouse « Walking On Locusts », qui contient notamment le très émouvant « Some Friends » en hommage à Sterling Morrison, le guitariste du Velvet récemment décédé (nous sommes en 1996). En 2003, il revient en pleine forme avec l’excellent « HoboSapiens », ce qu’il a fait de plus convainquant depuis « Words For The Dying » (si l’on excepte l’album en duo avec Lou Reed et le live « Fragments »). Puis en 2005, il nous sert « Black Acetate », sa dernière livraison à ce jour et une grosse déception pour moi. Ces dernières années, il y a encore eu des musiques de film à la pelle (pas vraiment la partie de l’œuvre la plus passionnante du ténébreux gallois) et une reformation du Velvet anecdotique. De mon côté, tout comme pour Lou Reed, j’ai enfin pu le voir en concert, au début de 2006, dans une petite salle de ma ville. J’étais dans une sale période, mes démons aux trousses et pas très beau à voir, ce type (plus d’autres choses, quand même), m’a fait rebondir. L’espace d’un instant, j’étais retourné douze ans en arrière, lorsque j’écoutais « Fragments For A Rainy Season » ou « Music For A New Society » en boucle, seul dans ma chambre, sauvé par cette musique qui me permettait de rêver à une autre vie que celle que je vivais.




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