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The Velvet Underground, Lou Reed, John Cale, Nico (1ère partie)
par edogawa le 13 Décembre 2005 dans Art et Culture / Musique
10 commentaires


Survol rapide de la carrière de quelques mythes de l'histoire du rock

J’ai découvert la musique du Velvet Underground et de ses membres (Lou Reed, John Cale, Nico) aux alentours de mes 18 ans et ce groupe (et ces artistes) a eu une influence capitale sur la suite de ma vie. Subitement je me rendais compte que le rock n’était plus uniquement une histoire de révolte adolescente. Pour la première fois dans le monde de la musique, la veine réaliste était clairement choisie par quelqu’un. Lou Reed, « le poète du New York de la perversion » (dixit Frank Zappa), venait de choisir une autre voie. En plein flower power (on est à la fin des années 60), il choisissait de parler d’un autre monde, la plupart du temps oublié, un monde caché et souterrain, que lui brandissait à la face de tout un chacun ; ses héros : des junkies, des travelos, des putes, des largués de tout poil – bref un panorama complet de tout ce que New York compte de freaks. Pour ma part, je me découvrais homosexuel (disons que je commençais à l’admettre) et je n’étais pas loin de m’imaginer comme un des freaks décrits. J’étais très timide (et me sentais donc particulièrement vulnérable par rapport à mes attirances sexuelles). Lou Reed, de son côté, pouvait s’avérer, dans ses interviews, d’un cynisme terrifiant. Et en affirmant sa bisexualité (il n’était donc pas si différent de moi) sans la moindre gêne, il m’a donné une force et une confiance en moi qui m’ont permis – entre autres choses - d’avancer à grand pas vers celui que je suis aujourd’hui. Bref la musique a constamment guidé l’être qui écrit ces lignes (certains s’en seront presque doutés je parie). Le Velvet Underground a juste eu un peu plus d’importance que les autres groupes/artistes.


The Velvet Underground


Le groupe prend naissance à New York au milieu des années 60. Il est composé de Lou Reed (guitare/voix/songwriting), John Cale (piano/basse/violon), Sterling Morrison (guitare), Maureen Tucker (batterie jouée debout). Rapidement la formation est repérée par Andy Warhol (là j’ai intérêt à ne pas dire de conneries sinon Captain va me tomber dessus). Le groupe s’installe à la Factory de l’artiste et joue (improvise) pendant la projection de ses films expérimentaux. Le peintre d’origine tchèque a l’idée de présenter le mannequin allemand Nico au groupe (sorte de déesse à la beauté irréelle). Tout est en place pour l’accouchement d’un premier album qui passera complètement inaperçu avant de devenir peut-être le plus mythique de l’histoire du rock. Sous la houlette de Warhol qui aurait produit le disque (bien que n’y connaissant rien, on peut imaginer que c’est en fait John Cale qui a fait le travail), le groupe enregistre en quelques jours le fameux album à la banane, dont la pochette est signée Warhol. Le disque ne remporte aucun succès mais est totalement neuf. Le groupe a pris le parfait contre-pied du mouvement flower power. On tient là une sorte de manifeste anti-hippie parfaitement réussi. Le groupe est tout de noir vêtu, lunettes de soleil comprises. Les différents titres de l’album parlent de drogue (« Heroin », « I’m Waiting For The Man »), de sado-masochisme (« Venus In Furs »), de mort (« The Black Angel’s Death Song »), sans oublier les trois titres chantés par Nico (« All Tomorrow’s Parties », « Femme Fatale », « I’ll Be Your Mirror ») qui invente la musique gothique avant l’heure. Le mot culte semble avoir été inventé pour ce disque qui influencera quarante ans de musique rock subversive. Le punk, le grunge, la new-wave, le noise, les groupes à guitares d’aujourd’hui (White Stripes, Strokes, Libertines, etc.) doivent tous beaucoup à Lou Reed et sa bande.
Les ventes sont catastrophiques, Nico est rapidement virée. Andy Warhol, de son côté, n’est plus trop intéressé par son joujou : il laisse tomber le groupe. Le deuxième Velvet, « White Light/White Heat », le plus radical, est sur le point de sortir. L’influence de John Cale l’extrémiste n’a jamais été aussi importante sur la musique du groupe (ce qui a son importance puisqu’il sera bientôt viré). L’album sort en 1968, il contient de nouvelles merveilles dont un morceau terrifiant de près de 18 minutes, « Sister Ray », dinguerie primitive et bruitiste (enregistrée en une seule prise) et qui traumatisera, au hasard, un groupe comme Sonic Youth qui bâtira quasiment sa carrière sur ce simple titre.
Nouveau bide, pire encore que le premier disque. John Cale est viré, le groupe entre en studio pour enregistrer le calme « The Velvet Underground » qui ne contient, c’est bien simple, que des classiques. Ce disque mérite 10/10, de « Candy Says » (sur un travesti de la Factory, qui figure d’ailleurs en couverture du deuxième album de Antony & The Johnsons) à l’étrange ritournelle « After Hours » chantée par Maureen Tucker en passant par le poignant « Pale Blue Eyes » et l’inquiétant et bizarre « The Murder Mystery » (douze ans après l’avoir entendu pour la première fois, je n’ai toujours rien compris à ce titre).
Comme il se doit, ce disque n’est pas remarqué. Mais le groupe doit le savoir maintenant : il n’aura jamais de succès de son vivant, il était né pour disparaître rapidement et devenir culte par la suite. La fin de vie du Velvet n’est pas très glorieuse. Le groupe embauche un nouveau musicien, Doug Yule, pour remplacer John Cale, et il sort un nouveau disque, « Loaded », à la production passe-partout et donc décevante mais qui contient de nouveaux classiques du rock (« Rock’n’Roll », « Sweet Jane », « Lisa Says », etc.). Puis c’est la déprime pour Lou Reed, il est viré par l’agent du groupe, ce qui s’apparenterait à virer Jimi Hendrix de son groupe The Jimi Hendrix Experience. Un dernier disque sans intérêt sort qui n’a jamais été réédité. Depuis de nombreux live (certains passionnants) et autres albums de raretés ont rejoint les bacs des disquaires. Au pire, ils contiennent toujours de grands moments.



Lou Reed


« Le poète du New York de la perversion » donc (j’adore cette expression), commence sa carrière par la petite porte. De nombreux titres composés du temps du Velvet lui restent sur les bras. Il embauche quelques musiciens virtuoses (Dieu que ce mot ne fait pas bon ménage avec l’idée que l’on peut se faire du Velvet), dont un membre de Yes (l’horreur !) et sort son premier album éponyme. Production léchée et donc immonde mais grandes chansons, forcément (puisqu’elles datent, pour la plupart, du temps du Velvet). Mais là n’est pas le plus intéressant. D’ailleurs l’album passe inaperçu.
Lou Reed, à deux doigts d’arrêter sa carrière, est sauvé in-extremis par le glam-rock et David Bowie. Accompagné de son guitariste Mick Ronson, il va produire le fameux deuxième album du bougon, le bien-nommé « Transformer » qui contient le seul tube de Lou Reed de toute sa carrière : « Walk On The Wild Side », qui décrit sur un ton humoristique le côté sauvage des fameux freaks que la ville de New York compte peut-être d’une manière un peu plus abondante qu’ailleurs. Carrière enfin lancée ? Ca serait bien mal connaître le caractère un peu particulier de notre poète adoré. C’est en effet pile poil à cet instant que Lou Reed va tout mettre en œuvre pour saborder sa carrière comerciale naissante : il a décidé de sortir l’album le plus déprimé de l’histoire du rock.
« Berlin » est son chef-d’œuvre à ne pas mettre entre toutes les oreilles. C’est une sorte de concept-album qui raconte la descente aux enfers d’un couple, dont la femme est une junkie battue par son mari et à qui on retire les enfants (on a droit à de véritables pleurs et cris d’enfants sur le disque). Bien sûr tout cela se termine dans la mort. Le plus époustouflant peut-être avec cet album, c’est la qualité des textes du Lou. Particulièrement concis, ils sont juste parfaits. Notre cabochard préféré, à cette époque, semble représenter à lui tout seul la somme de tous les freaks qu’il n’a jamais cessé de décrire dans TOUS ses morceaux : plus que la peau sur les os, une blancheur de mort, les cheveux teints en blond platine, il n’hésite pas alors à s’auto parodier dans une sorte de grand cirque rock’n’roll et fait mine de s’ingurgiter des seringues remplies d’eau sur scène. Grandiose, pathétique. Il est au sommet créatif de sa carrière, il est au fond du gouffre psychiquement. Il ne se nourrit quasiment plus qu’exclusivement de pilules en tous genres.
« Entre deux ronflements », de son propre aveu, Lou Reed enregistre la bâclé « Sally Can’t Dance ». Cet album anecdotique contient néanmoins deux perlouzes absolues : la ballade mélancolique « Ennui » et l’électrique « Kill Your Sons » (où Lou Reed raconte des séances d’électrochoc qu’il a subies, alors qu’il avait 15 ans, après que ses parents ont appris que leur fils avait – enfer et damnation ! – des tendances homosexuelles).
Les « live » « Rock’n’Roll Animal » et « Lou Reed Live » sortent à cette période (le premier avant « Sally Can’t Dance, le second après) et c’est un nouveau virage musical : ces deux disques bourrés de testostérone flirtent avec le metal. Les guitares sont grasses, lourdes, les solos bavards. Le mythique « Heroin » (du temps du Velvet), passe à près de 13 minutes. Naturellement ces disques ont trouvé leur public (pas forcément le même que celui du Velvet) et sont parmi les plus connus du chanteur.
Lou Reed speed freak absolu ou bord de la rupture, magnifique zombi dont on ne sait plus réellement s’il est vivant ou déjà mort mais à son sommet créatif va entreprendre le plus spectaculaire suicide commercial de toute l’histoire du rock (oui Lou Reed a pris l’habitude d’être le plus dans tout ce qu’il entreprend) : il sort en 1975 « Metal Machine Music », double album de bruit blanc parfaitement inaudible dont le haut fait d’arme est d’avoir réussi à faire danser le crabe domestique du légendaire rock-critic Lester Bangs. Naturellement c’est un bide. Les magasins de disques n’ont jamais eu autant de retours de fans mécontents de ce qu’ils leur avait refourgué (imaginez la scène du pauvre vendeur se faisant insulter, comme si le contenu du nouveau Lou Reed lui incombait).
Puis notre star préférée semble se calmer quelque peu. Lou Reed tombe amoureux d’un travesti nommé Barbara et sort coup sur coup deux albums lorgnant vers la pop : l’excellent « Coney Island Baby » (qui contient quand même le terrifiant « Kicks », qui raconte l’histoire de quelqu’un recherchant constamment le grand frisson et qui le trouve au final dans le meurtre) et la demi-crotte « Rock’n’Roll Heart ».
Notre star préférée semblait se calmer, ne l’oubliez pas (surtout que ce n’est que quatre lignes plus haut) et tout ça n’était qu’illusion. L’année 1978 est entamée et Lou Reed, en plein mouvement punk, sort un disque rempli de fiel, de morgue (et de morve), complètement torché, entre le sublime et le pathétique. Cette merveille s’appelle « Street Hassle » et sent la sueur et le stupre, un peu comme pour rappeler à tous ces nouveaux morveux crêtés ce qu’ils lui doivent. C’est un nouveau chef-d’œuvre.
Passons les dix années qui s’en suivent pour ne retenir que le merveilleux « The Blue Mask » (sorti en 1982). Le reste, malheureusement, n’est que peu digne d’intérêt (et peu digne tout court de la part du Lou). Bref les désastreuses années 80 sont passées par là et n’ont pas oublié de régler son compte à Lou Reed qui ne sortira quasiment rien de bon jusqu’au magique « New York » (1989), album de la rédemption et du grand pardon. Cet album ne renoue pas seulement avec ses premiers albums solos, il renoue carrément avec l’ambiance des albums du Velvet (devenu depuis lors la définition même du mot culte) : trois accords, des textes bien engagés et vachards et une production à nouveau bien primitive. Le vieux renard a pas mal changé physiquement, quelques kilos (bienvenus) ont fait leur apparition, sa peau est maintenant bien burinée, sa voix toujours plus grave.
Les années 90 (et les années 2000 pour le moment) sont constamment dignes. Les excès sont loin derrière, seule dorénavant la musique compte. Lou Reed retrouve John Cale pour un album hommage à Andy Warhol (« Songs For Drella », du surnom donné à Andy, mix entre Dracula et Cinderella ») qui retrouve continuellement la magie du passé. Ces deux là se sont profondément détestés (et peut-être se détestent-ils encore) mais cela ne change rien : mettez-les ensemble et ils vous sortiront une merveille de disque ; il y a des alchimies comme ça qui ne s’expliquent pas et c’est probablement mieux comme ça. Une chose est sûre en tout cas : Andy Warhol est bel et bien enterré après ce disque (et plutôt deux fois qu’une).
La galette suivante, « Magic And Loss », est un immense disque complètement sous-estimé. Lou Reed vient de perdre deux proches et décide, en leur hommage, de sortir un concept-album qui tourne autour d’un seul thème (mais quel thème !) : la mort. Tout y est sublime (et admirablement pudique et digne) mais il est bien connu que personne ne souhaite regarder la grande faucheuse en face. Le sommet de ce diamant se nomme « Harry’s Circumcision » et je ne résiste pas à mettre le texte de cette chanson (avec traduction à l’appui) :

Harry’s Circumcision


Looking in the mirror Harry didn't like what he saw
The cheeks of his mother the eyes of his father
As each day crashed around him the future stood revealed
He was turning into his parents
The final disappointment

Stepping out of the shower Harry stared at himself
His hairline receding the slight overbite
He picked up the razor to begin his shaving
and thought oh I wish I was different

I wish I was stronger I wish I was thinner
I wish I didn't have this nose
These ears that stick out remind me of my father
and I don't want to be reminded at all
The final disappointment

Harry looked into the mirror thinking of Vincent Van Gogh
and with a quick swipe lopped off his nose
And happy with that he made a slice where his chin was
He's always wanted a dimple
The end of all illusion
Then peering down straight between his legs
Harry thought of the range of possibilities
A new face a new life no memories of the past
and slit his throat from ear to ear

Harry woke up with a cough the stitches made his wince
A doctor smiled at him from somewhere across the room
Son we saved your life but you'll never look the same
And when he heard that, Harry had to laugh
Although it hurt Harry had to laugh
The final disappointment

La Circoncision De Harry

Devant le miroir, Harry n’aimait pas ce qu’il voyait
Les joues de sa mère, les yeux de son père
Chaque jour s’écrasait autour de lui, révélant la forme du futur
Il se transformait en ses parents
La déception ultime

En sortant de la douche, Harry se contempla
Le crâne qui se déplume, les petits bourrelets
Il prit le rasoir et entreprit de se raser
En songeant – oh, comme j’aimerais être différent
J’aimerais être plus fort, j’aimerais être plus mince
J’aimerais avoir un autre nez
Ces oreilles décollées me rappellent mon père
Et je ne souhaite pas le moindre souvenir
La déception ultime

Harry se regarda dans le miroir en pensant Ă  Van Gogh
Et d’un geste brusque, il élagua son nez
Puis, satisfait de lui, il trancha à l’endroit de son menton
Il avait toujours voulu avoir une fossette
La fin de toute illusion

Puis baissant les yeux sur son entre-jambes
Harry songea à l’éventail des possibilités
Un nouveau visage, une nouvelle vie
Aucun souvenir du passé
Et il coupa sa gorge d’une oreille à l’autre

Harry se réveilla en toussant, les points de suture lui faisaient mal
Un médecin lui sourit d’un vague endroit de la pièce
Fiston on t’a sauvé la vie, mais tu ne seras plus jamais le même
Quand il entendit ça, Harry eut envie de rire
Quand il entendit ça, Harry eut envie de rire
Bien que ça lui fit mal, Harry eut envie de rire
La déception ultime

Depuis 1996, les albums de Lou Reed contiennent au minimum un immense titre digne des classiques passés (« NYC Man » sur « Set The Twilight Reeling », « Ecstasy » sur « Ecstasy », « « Who Am I » sur son dernier « The Raven »). On en est là pour le moment. Et j’ai enfin pu le voir en concert pour la première fois l’été passé dans le cadre d’un festival (pour un concert qui ne m’a pas du tout déçu – j’avais un peu peur, je l’avoue – malgré un lumbago qui me faisait paraître plus vieux et plus cassé que le vieux Lou en personne).





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