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"Du gore, du cul, de la romance et un poil de reflexion"...interview avec LOGAN
par captain le 16 Septembre 2009 dans Art et Culture / Livres
13 commentaires


à l'occasion de la sortie de Porky 3, Logan, dessinateur et scénariste, nous accorde une interview exclusive, où l'on parle herméneutique, culture pop et bicoulis.

A peine à t'il été informé de la sortie du tome 3 du comic "Porky" chez H&O, que captain a fait détourner son Yacht blanc vers Miami, résidence secondaire de Logan, le très cordial auteur de cette bande dessinée, qui a bien voulu interrompre quelques instants son cours de ski-nautique pour répondre sans chichi à des questions audacieuses, sous un parasol, autour d'une bouteille de champagne*









tu sors environ un "Porky" tous les deux ans...c'est si long que ça à
faire, tu mènes de front plein d'autres projets, ou bien en fait tu fais
ça en cachette après le boulot sur ton temps libre (parce qu'en réalité
tu es neurochirurgien et tu fais des BD de Q pour rigoler) ?


Bah, en fait je suis lent part nature. Non pas que l'exécution d'une page de bd me prenne réellement du temps mais j'ai une nette tendance à me disperser entre deux planches. Je me perds souvent sur des ébauches de projets dont certains ne verront probablement jamais le jour. Je m'essaye à l'animation, à la 3D mais sans aucun résultat concret. Alors, je reviens à mes planches... J'essaye de réduire le délai entre chaque tome mais c'est un peu difficile. J'ai une nette tendance à psychoter dans mon coin et à douter sans cesse, ce qui n'est pas évident pour la motivation. Ceci dit entre deux "Porky", il y a maintenant un épisode de "Deimos" à faire et j'ai deux projets concrets à mener en parallèle. Un artbook de 24 pages pour Class Comics et un autre projet qui devrait s'appeler "Butch Cannon" dont j'ignore encore en quel format il sera réalisé.


d'ailleurs, comment devient on dessinateur érotique professionnel ?
est ce qu'à l'instar de Guy Degrenne, tu dessinais déjà des bicoulis
dans les marges de tes cahiers d'écolier ?


J'ai commencé par copier mes super-héros favoris, sur les marges de mes cahiers. Et puis, j'ai ajouter les bites par la suite. Notamment sur Wolverine. En dessinant ces personnages je me doutait qu'il manquait quelque chose. La bosse des slips sur les collants (propre à la mode 70-80' du super-héros) n'était pas assez proéminente à mon gout. Alors je me suis mis à retirer peu à peu les costumes pour voir se qui pouvait bien s'y cacher. Et là... Bingo ! J'avais la réponse aux questions fondamentales qui me taraudaient !


à propos de bicoulis : j'ai l'impression qu'ils sont de plus en plus
gros dans chaque tome. Tu n'as pas peur qu'à force de surenchère, ça
finisse par devenir un peu ridicule, et donc de perdre certains lecteurs
en route par défaut de la "suspension d'incrédulité" ?


Non, enfin. C'est un fantasme récurrent chez moi. La faute à Tom of Finland sans doute. Et puis l'univers des comics est généralement over the top donc pourquoi ça ne s'appliquerait pas à la taille des bites ? Tout est amplifié dans un comics de super-héros; les bastons, les muscles, les enjeux, les uber-bad guys, les bites...J'ai conscience que certains lecteurs se sentent limite agressés par la taille des engins mais moi je trouve ça fun, et de toutes façons qu'ils se rassure la courbe d'expansion s'arrête avec Porky 3. La limite est atteinte avec la dernière page de cet épisode. Je ne pourrait pas faire plus gros ! Et puis en parlant de suspension d'incrédulité... Quand on avale le fait qu'un type vole dans les airs pourquoi ne pas avaler une bite aussi démesurée soit elle... enfin façon de parler !


Au sujet de Porky 3 : comme dans le film "crash" de
Cronenberg, l'un des dialogues les plus importants de l'histoire se
déroule pendant une scène porno très poussée, mais si on lit le
dialogue, on ne peut pas s'exciter sur les images, et si on regarde les
images, ben on ne fait plus attention aux dialogues ! ça t'amuse, ou
c'est pour faire genre intellectuel ?


C'est pour faire intello. Noooon... Mais la parenté avec Cronenberg est flatteuse, c'est aussi un de mes héros personnels. Ceci dit je n'avais pas repéré ce détail, vis à vis de Crash. Mais tu as tout à fait raison. Ca donne un côté schizophrénique à la lecture et ça me plait bien. La vérité c'est que pour faire avancer une intrigue complexe, je suis obligé d'entremêler action et cul en même temps. si je devais faire avancer le scénario entre deux scènes pornos, ce serait un peu laborieux et pas très intéressant. Le fait d'inclure les scènes de cul dans le cadre de la narration les rend complètement justifiables et renforce leur intérêt. Et puis j'aime travailler sur la narration et trouver de nouvelles approches pour raconter une scène est un de mes passe temps favori.
Pour en revenir à Cronenberg, je partage son obsession pour la transformation de la chair. Je crois que ça se voit un peu (et peut être que les bites monstrueuses en sont la conséquence directe.) En fait j'avait un projet de one-shot sur le sujet. L'histoire tournait autour d'un laboratoire classé secret défense ou on conduit des expériences sur des militaires volontaires. Un croisement entre "Doom", "Society" de Brian Yuzna et "Le Festin Nu". Mais je crois que c'est un peu extrême comme concept et je ne suis pas sur qu'il y ait un public pour des ébats entre des créatures génétiquement altérées.Peut être en ferais-je une version uniquement numérique.
Le déclencheur fût la tagline de Vidéodrome : Gloire à la nouvelle chair ! Ca m'a frappé comme un uppercut cette phrase. Je crois qu'il faudra que je traite de ce sujet à un moment ou à un autre.


Mais alors...en fait tu es un GEEK ! Plus sérieusement, ce genre de thématique fait énormément penser aux Mangas, notamment à Junji Ito ( l'auteur de "Spirale" ou du "Mystère de la chair") chez qui les corps sont également très malmenés, déformés, ou au film "Testuo" de Shinya Tsukamoto. Une autre de tes sources d'inspiration, peut-être ? En tous cas, peut-être que ce projet pencherait plus vers le fantastique/horreur que vers l'érotisme...tu n'as pas de projets "tous publics" dans tes tiroirs ?

Si j'en ai plein. Mais je fais des choix en fonction du temps que j'ai et tu sais à quel point je suis lent. Alors, j'ai toujours un projet qui remonte à la surface pour un temps (en ce moment c'est un comics de super-héros français, auto-produit) avant de rejoindre le fond de mes placards. Junji Ito a été un très belle découverte. Avec le "Domu" de Katsuhiro Otomo, c'était la preuve qu'on peut faire peur ou au moins installer un malaise durable à la lecture d'une BD. J'aimerais faire ça un jour, mais mon style graphique n'est pas adapté. Trop rond et pas assez réaliste, à mon goût.







De toutes façons, aujourd'hui, entre les prothèses, les pacemakers, la chirurgie esthétique, le piercing et les appareils dentaires, tout le monde est plus ou moins cyborg, tous les "défauts" peuvent être à peu prés corrigés, alors que paradoxalement, Porky, avec son embonpoint, a quand même un physique assez "vintage"...c'était pour mieux le transformer par la suite, ou juste pour le plaisir de créer un personnage différent des habituels bellâtres de la BD gay ?

C'est vrai que la plupart de mes personnages ont des physiques ultra-vintages. Pour Porky, c'était un choix conscient. A la fois parce que je le trouve personnellement excitant et c'était aussi un moyen de dire "FUCK" à ce qui est admis comme étant beau et sexy. Ensuite, ça créait un vrai contraste avec son alter-ego, Porky 2.0. Pour les autres personnages, il y a là un mariage entre mes inspirations comics et l'idée que je me fait d'un beau mec.


Porky 3 est vachement gore, j'ai même trouvé ça plus effrayant que
le "Pornomicon". Tu aimes l'horreur, le hard rock, les comics, ça fait
pas très tapette tout ça ! Tu penses quoi des clichés sur les gays ? Tu
as déja été confronté à ce genre de réflexions ?


C'est vrai que c'est plus gore et troublant que le Pornomicon. En fait le Pornomicon est plutôt léger et coloré en comparaison, malgré la thématique Lovecraftienne. Disons que j'ai construit un scénario plus solide pour Porky et qu'en découlent des choses plus personnelles que pour le Pornomicon, qui est du coup plus parodique qu'autre chose.
Pour le reste tu as mis dans le mille. Je ne lutte pas littéralement contre les clichés gay. Je ne m'inclus juste pas dedans. C'est vrai que je me suis toujours senti décalé par rapport au milieu gay. Je hais la techno, je lit pas Tétu, les bars gay me fatiguent et je ne kiffe ni Dalida, ni Freddy Mercury et encore moins Madonna. Je lis Mad Movies, je regarde des films d'horreur, j'écoute du Death, du Doom metal et du Stoner rock et mes héros sont David Lynch, Mike Patton et Mike Mignola.


Pourtant, le "milieu gay disco-folasse" tel qu'en parlent les chaines de télé hertziennes, c'est un truc ultra-minoritaire qui concerne trois rues à Paris; et une communauté comme les Bears, supposés êtres des "vrais mecs" par opposition aux gays efféminés, est finalement aussi stéréotypée...

Oui, j'ai conscience d'être assez beauf en disant ça. Mais si ça concerne 3 rues de Paris, ça concerne aussi la plupart des bars gay des villes de province. Et j'ai habité dans un certains nombre. Pour les bears, c'est vrai que voir une grosse brutasse se dandiner sur du Mylène Farmer, ça me donne autant envie de le rejoindre sur la piste de danse que de diner avec Jeffrey Dahmer... Mais j'avais inclus le milieu Bear dans le milieu gay, quand je disais m'en sentir décalé... Je veux dire, j'apprécie énormément de les mater en passant devant le Bear's Den, mais une communauté aussi cloisonnée inscrit dans une autre communauté elle même cloisonnée... Je m'y sens complètement étranger. Ceci dit, la plupart de mes potes gay (et j'en ai peu) sont tous des geeks hors-milieu. Et je suis quasiment sûr qu'un gay qui lit mes comics est au moins à 25% geek. D'ailleurs, toi même avec tes connaissance sur Cronenberg et Tetsuo, je me demande si tu ne le serais pas aussi un peu beaucoup , hein... Avoue !

Pour résumer le sujet, je n'ai rien d'autre que ma sexualité en commun avec le milieu gay (et ma nette tendance à faire ma mauvaise). Mais je ne réagis pas contre pour autant. En fait je fuis toutes les communautés, gamers, syndicats, partis politiques, associations... C'est quasiment pathologique chez moi.

Ceci dit, Porky est un peu à la croisée de plusieurs genre et influence. Il y a du gore, du cul, de la romance (bon façon Logan, faut pas déconner non plus...je fais pas du Brokeback Mountain) et un poil de réflexion (Porky est avant tout un ado et j'entends bien creuser ce filon là, en me remémorant ma propre expérience en tant qu'ado.) Porky fait tout ce que je n'ai jamais osé. Pour le côté gore, c'est venu naturellement dans l'histoire mais ce ne sera pas une constante de la série. Il faut dire que l'intrigue m'y a mené naturellement, avec ce bad guy qui revient de l'au-delà pour tourmenter la famille Foley. Je crois qu'on peux y voir également l'influence d'un autre de mes héros : Clive Barker. Après tout, le Controleur fait un peut Cénobite sur les bords.


D'ailleurs, le rêve de Porky est de devenir dessinateur de comics ! ...mais si tu dessines avant tout tes propres fantasmes,tu es quand même dans une position vachement sincère par rapport à ton travail. Un acteur porno peut penser à autre chose pendant qu'il tourne, toi tu es dans la posture inverse : même si tu ne t'exhibes pas physiquement, tout le monde sait ce que tu as dans la tête ! Comment tu assumes ça vis à vis de ton entourage ?


Vis à vis de mon mec, ça va, il sait ce que j'ai dans la tête. Pour le reste de mon entourage, disons que ma famille a un accès ultra-limité a mon travail et j'ai suffisement confiance aux autres pour ne pas être gêné. Mais tu as raison, il y a des éléments dans Porky qui sont très proches de moi. Cependant comme personne ne me connait, je ne me sens pas particulièrement exposé.




Porky 3, éditions H&O Comics. dans toutes les bonnes charcuteries.


*le premier paragraphe de cette interview est fictionnel. Toute ressemblance avec Jonathan et Jennifer Hart est une pure coincidence. Merci infiniment à Logan pour l'iconographie !





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