|
|
 |
|
|
|
|
Un Roman d'amour, enfin aux éditions gaies et lesbiennes de cy jung
|
|
 |
|
Un Roman d’amour ; enfin ! Auteure : cy jung Editions gaies et lesbiennes 22.05.08
Les éditions gaies lesbiennes publient sous une couverture citronnée criarde et représentative de ce que l’on attend de plus sirupeux en matière de littérature lesbienne le dernier roman de cy jung : « Un roman d’amour, enfin ». Houlah. J’veux du rose, pas du peep show du vécu, j’veux du chewing gum et du cul… Nooon. Pourtant, c’est cy jung, je devrais le savoir que je vais me faire avoir… aller, je le savais un peu.
Or donc me voila lancée, et aussitôt déroutée. Le prénom de l’héroïne change toutes les deux lignes. On ne comprend pas, s’agit-il de la même femme ? De qui nous parle-t-on ? Est-elle suffisamment intangible pour que son nom ait si peu d’importance ? Pourtant, il semblerait qu’on l’aime, et que tout le roman tourne autour de la grande question de savoir ce qu’est l’amour, mais pas l’amour de romans à deux sous, l’autre, le vrai, celui que l’on croise sans être certain que c’est lui, celui qui interroge autant sur lui que sur nous même, celui qui torture et qui questionne avec ses limites et ses bassesses, ses beautés fulgurantes et ses rires intérieurs aussi: « Suis-je vraiment amoureuse ? Suis-je assujettie à mon amour ? Faut-il par amour renoncer à ma liberté ? Est-ce que j’aime encore si dans la rue mes yeux en suivent une autre ? Le quotidien va-t-il étouffer la passion ? Et le sexe dans tout ça ? » etc.
L’histoire se poursuit en un ballet surréaliste comme si de rien n’était avec ce prénom qui change immanquablement toutes les trois phrases et nous propulse dans le temps, au-delà des modes et des pays, d’Yvette à Ellula, de Jacqueline à Nefert en passant par Lutèce ou Nafissatou, comme si toutes les femmes sous toutes les latitudes, se trouvaient confrontées à ces questions lancinantes, à ces incertitudes évaporées par un baiser et ressurgies au détour d’un carrefour dans n’importe quelle ville du monde.
Le processus reste déroutant et on ne peut s’empêcher de se demander si la psychologie du couple va progresser ou si au contraire le solipsisme patent va finir par enliser l’héroïne qui est souvent plus aux prises avec elle-même et ses propres blocages qu’avec son amante intangible. Les questions se percutent et se retournent. L’esprit se dévoile dans toute la complexité de ses méandres. Autre chose est tout à fait perturbant dans ce livre, c’est que pour la première fois… j’ai pu deviner à travers l’écriture le handicap visuel de l’auteure. Le changement de nom se fait à « l’aveugle », comme si le visage de celle qui fait face à l’héroïne importait moins que l’avancement tâtonnant de ses réflexions intérieures. Et paradoxalement alors que tout se croise dans un ballet incertain, où l’on poursuit sa route sans réellement savoir avec qui, si c’est avec une femme ou toutes, si c’est avec soi-même ou avec l’autre, le tout prend des allures de jeu Oulipien.
On rit de se retrouver, de lire certaines réactions improbables et pourtant du type de celles qu’inexplicablement il nous est arrivé d’avoir ou de subir de la part de l’autre. Cette déviance du texte est tout à fait perturbante car elle rend presque l’ensemble énigmatique à la façon d’un puzzle, ou d’un casse tête. C’est pour ma part la première fois que j’ai un livre qui bouscule cette clause toute simple qui veut qu’un personnage garde son nom dans un roman et les possibilités littéraires qui en découlent sont tout à fait particulières. Au fil de la lecture on ne peut s’empêcher de vouloir conquérir une clef savoir vers quoi l’auteure nous mènera au terme de la lecture… et je ne saurais que trop vous conseiller d’aller le chercher vous-même, et d’arpenter un peu avec elle le chemin de l’écriture et de la vie, sans savoir vers quoi, ni pourquoi.
« Au fur et a mesure que nous approchons de notre coït annoncé, notre pas ralentit ; du moins, il me semble. J’y vois le signe d’une envie de retarder le moment où les sens vont exploser, goûter au maximum la montée du désir qui, chaque fois qu’il donne l’impression de déborder, passe une sorte de stade qui lui permet d’être encore contenu dans le corps là où l’esprit a déjà arraché sa culotte » p. 18-19, Cy jung, Un Roman d’amour ; enfin !
« De temps à autre, je lève le nez à la demande de Pia. Elle réclame mon avis. Je le lui donne avec plaisir ; cela me détourne de mes pensées noirâtres. J’aime quand elle cherche en mon regard à être belle. Cela me donne de l’importance ; cela me fait m’aimer moi-même. C’est toujours utile de s’aimer soi-même ; ce soir, plus que d’autres, tant ma mauvaise humeur persiste. Aglaé répond à mes avis d’un sourire qui ‘enveloppe telle une pelisse et me protège des rigueurs de l’hiver. Il fait froid à l’intérieur de moi. Je suis si faible que son amour est mon seul rempart face aux agressions extérieures. Je suis au chaud dans ma misère. Aline ne m’en sortira pas. J’aurais bien aimé pourtant, qu’elle se chargeât du dedans » p. 32, Cy jung,Un Roman d’amour ; enfin !
|