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La déportation homosexuelle, grande oubliée de l'Histoire?
par jedi69 le 1 Août 2005 dans Art et Culture / Divers
18 commentaires


Les homosexuels ont été déportés par les nazis, cependant la marche vers la reconnaissance de cette déportation n'est pas encore terminée.

Les quelques réactions sur la déportation homosexuelle dans un des topics m'a donné envie d'écrire cet article car je participe à la journée du souvenir de la déportation depuis quelques années déjà.

Rappel historique

Entre 1933 et 1945 des milliers d'homosexuels ont été déportés dans les pays annexés ou occupés par le régime nazi. C'est certes bien peu de chose en comparaison des millions de juifs déportés et exterminés dans les camps, mais cela a existé et pourtant cette déportation est le plus souvent la grand oubliée de l'histoire.

La population des détenus dans les camps de concentration est fortement hiérarchisée selon les catégories correspondant aux raisons d'internement et selon les fonctions remplies au sein du camp. Les "opposants politiques", les "races inférieures", les "criminels", les "asociaux". Les homosexuels étaient classés parmi les asociaux et étaient donc les moins considérés dans les camps.



Les homosexuels nouvellement arrivés sont immédiatement intégrés à des commandos de travail spéciaux chargés d'exécuter des tâches particulièrement dures et humiliantes. Heger décrit un commando spécial composé d'homosexuels et de quelques juifs. Son but était de construire une butte de terre destinée à retenir les balles derrière les cibles du champ de tir. Rapidement les SS préféraient tirer sur les déportés. Ce commando dura environ quinze jours mais il y eut plus de quinze morts. Proportionnellement au nombre de déportés, ce commando, pour le temps qu'il dura, fut bien plus meurtrier que celui de la carrière d'argile.

Les nazis pratiquent aussi des expériences qui ne concernent que les homosexuels et qui ont pour objectif de guérir l'homosexualité. Injections d'hormones, greffes de glandes, castrations, lobotomies furent entre autres tentées. Certains purent être "libérés pour bonne conduite" (ceux qui acceptaient volontairement la castration par exemple), mais en fait de libération ils étaient envoyés dans les rangs des divisions disciplinaires.

Les témoignages concernant les gais dans les camps sont rares mais concernant les lesbiennes, la situation est pire encore et pourrait laisser penser qu'elles ont été épargnées dans cette tentative d'extermination. Il n'en est rien. Les lesbiennes sont plus discrètes et ne mettent pas en péril la pureté du sang allemand (on peut toujours les violer) ; ce sont les raisons qui expliquent que les nazis n'aient pas mené, comme ils l'ont fait à l'égard des gais, une politique systématique d'extermination des lesbiennes. Mais celles qui étaient connues des nazis n'ont pas échappé aux camps où elles portaient le triangle noir des asociaux.

Les raisons de cette occultation

Il n'existe que très peu de témoignages de déportés pour homosexualité, car à leur retour ils les homosexuels étaient toujours considérés comme des criminels. En France, la loi de 1942 lancée par Pétain pénalisant l'homosexualité devient l'article 331 du code pénal. Plus grave seront les décisions prises sous De Gaulle ; en 1960 l'amendement Mirguet classe l'homosexualité "fléau social" et donne au gouvernement le droit de légiférer par décret pour la combattre. Il faudra attendre 1982 pour que l'article 331 soit abrogé par François Mitterrand.

La réalité de cette occultation

A ce jour un seul déporté pour homosexualité a obtenu une carte de Déporté (et encore c'est une carte de déporté politique qu'il a reçu), il s'agit de Pierre Seel, dont Jean le Bittoux a recueilli le témoignage pour son livre : "Moi, Pierre Seel, Déporté homosexuel".

Les livres d'histoire ne font pratiquement jamais mention de cette forme de déportation.

De plus, lors des cérémonies officielles du souvenir de la déportation (le dernier dimanche d'avril), les déportés homosexuels sont copieusement ignorés. N'étant pas conviées aux cérémonies officielles de nombreuses font une cérémonie en marge de la cérémonie officielle, mais doivent pour cela attendre le départ des officiels. Souvent les gerbes déposés par les association homosexuelles étaient jetées ou piétinées par les anciens combattants. Cela dit la situation évolue.

Cette occultation est inacceptable, comme le disais André Sarq : " Chaque assassinat d'un homosexuel par un nazi s'est doublé d'un assassinat (occultation, négation) de sa mémoire par les familles, les politiques, l'histoire officielle. Il y a bien eu pour chaque homme deux meurtres. Et je suis incapable de distinguer lequel l'emporte dans l'ignoble."

Les premiers résultats historiques et une évolution vers une reconnaissance

Il aura fallu attendre le 26 avril 2001 pour que l'état français reconnaisse officiellement les persécutions subie par les homosexuels à cette époque par la voix de son premier Ministre Lionel Jospin "Il est important que notre pays reconnaisse pleinement les persécutions perpétrées durant l'Occupation contre certaines minorités - les réfugiés espagnols, les Tziganes ou les homosexuels. Nul ne doit rester à l'écart de cette entreprise de mémoire".

Le 15 novembre suivant, un rapport de la Fondation pour la mémoire de la déportation précisait que 210 personnes au moins ont été victimes de déportation pour homosexualité (dont 206 d'Alsace et de Moselle). Leur nombre réel est sans doute bien supérieur mais le colonel Claude Mercier, signataire du rapport, constate lui-même qu'il n'est pas certain "d'avoir eu accès à toutes les archives du monde combattant comme des Archives de France".

Et en 2002, le Président de la République, Jacques Chirac, déclarait que "le devoir de mémoire n'ignore pas les souffrances que les homosexuels ont endurées".

J'assiste aux cérémonies de Lyon depuis 2002. Cette année là, malgré cette reconnaissance officielle les forces de l'ordre tentent de nous empêcher de passer pour notre cérémonie officieuse, alors que ce n'était pas le cas les années précédentes même si la situation n'étais pas rose non plus. Il aura fallu l'intervention des plusieurs élus (adjoint, maires d'arrondissements) pour que les forces de l'ordre cèdent. Le drapeau français a été décroché en plein milieu de la cérémonie provocant le dégoût et la colère parmi les militants et les quelques élus qui étaient restés. En 2003, pas d'opposition particulière de la police mais toujours une cérémonie à part. En 2004, 2 représentants d'associations sont invités à la cérémonie officielle et 4 dans les salons de l'hôtel de ville pour le buffet. Au cours de son discours, le maire évoque la déportation de homosexuels. Cette année, 5 représentants de nos associations étaient invités à la cérémonie officielle et à la mairie (j'en faisais partie). Aucune mention de cette déportation dans le discours de maire, et l'an des représentants des anciens combattants affirme dans son discours qu'il n'existe que deux types de déportés : les déportés pour des raisons politiques et pour des motifs religieux.

Lyon est l'une des rares villes ou les homosexuels sont intégrés aux cérémonies officielles.

Cette année également les assises de la mémoire gaie, consacrées à la déportation, sont inaugurées au CHRD (Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation) grâce à l'adjointe à l'intégration des citoyens malgré une très forte opposition des associations d'anciens combattants.

Bref les choses évoluent, mais le combat n'est pas terminé.





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