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« L'art contemporain est nul » - Partie 1
par 4minutes33 le 19 Février 2013 dans Art et Culture / Divers
37 commentaires


De l'idée d'un dogmatisme qui, lui, n'a rien de contemporain. Je ne pensais pas devoir découper mais en fait si. Donc d'abord on va parler théorie de l'art, pas de jolies images ici, désolée. Par contre, dans la partie 2 je me lâche promis!

« L'art contemporain est nul » ; c'était le 30 mais 1996, dans Libération. Jean Baudrillard décomplexe le public et la critique et donne une légitimité aux détracteurs de l'art contemporain. 17 ans après, le public a vieilli, s'est renouvelé et parle moins bien : « l'art contemporain c'est de la merde ».

« L'art contemporain c'est de la merde », clair, net et précis. Phrase entendue un soir d'hiver dans un bar de la bouche d'une fille pas très sobre et pas très jolie. Et là, je ne sais pas ce qui m'a pris, j'ai demandé pourquoi, pourquoi ? La sanction tombe, l'art contemporain c'est de la merde, c'est moche, incompréhensible, ça nous prend pour des idiots, c'est juste pour l'argent, ça n'a plus aucun sens et esthétiquement c'est vraiment n'importe quoi. Bref, l'art contemporain est nul.

Prenons les problèmes un par un, déjà quand j'entends ce genre de phrases je me pose une question : qu'est ce que la personne entend par « contemporain » ? Parce que, voyez-vous, l'histoire de l'art, comme toute discipline qui se respecte, et je la respecte, a quand même certains codes. Et le découpage des périodes en fait partie. Le soucis c'est qu'autant on classe bien l'antique, le médiéval et le début du moderne (et encore pour ce dernier), autant il y a un gros flou en ce qui concerne le contemporain. En fait, dans ma discipline, le contemporain commence en 1886, date de la dernière exposition impressionniste. Voilà. C'est que ça vous étonne n'est ce pas ? Donc on me répondra que ce n'est plus très contemporain parce qu'on trouve peu d'artistes produisant à cette époque qui sont encore en vie, et oui je vous l'accorde. Donc il y a un second découpage, qui parlera plus aux néophytes, mais qui n'est pas non plus très précis (et pour cause puisqu'il n'a rien de défini par les historiens) qu'on pourrait situer vers....1950 ? Ça vous va 1950 ? C'est joli, ça tombe juste, ça fait bien et pratique Mais du coup, on a comme un soucis vous et moi, parce qu'avant 1950 ça devient quoi pour vous ?... Ah oui, l'Art Moderne.

Mais là je vous arrête tout de suite, parce que l'Art Moderne, en fait, c'est Hyacinthe Rigaud ou Joshua Reynolds par exemple. Alors mettre Wassily Kandinsky et Klee avec Rigaud et Reynolds, c'est quand même s'arranger beaucoup avec l'Histoire. Mais on n'est pas là pour parler de l'Art Moderne, les rois, les paysans, les scènes de genre, les vanités et les portraits (vous voyez la différence que j'essaye subtilement de vous glisser là non?), on est là pour l'Art Contemporain (celui qui est nul oui ! Ah vous suivez donc!). Mais bon je sens que je manquerais d'honnêteté intellectuelle si j'englobais le début de l'ère contemporaine puisque l'acception commune n'y fait pas référence.

Mettons nous donc d'accord vous et moi, pour cette date de 1950. Parce qu'elle est ronde, jolie et pratique donc ! J'aurais pu prendre 1960 aussi, c'est rond et pratique. Certains autres arguent même qu'il faudrait prendre à partir de 1980. Au nom de quoi (à part du leur) ? On ne sait pas. Et comme clairement, tout le monde y va de sa petite date selon ce qui l'arrange, je ne vois pas pourquoi je me gênerais. Ça sera donc 1950.

1950 : c'est quand même un petit peu le moment où on a dit que la capitale de l'art avait déménagé de Paris à New York. Et oui, l'Europe devient ce « vieux » continent, tout juste bon à adapter les concepts américains en les européanisant, avec un petit peu de retard, et avec un peu moins de subversion. On pourrait se battre sur ma dernière phrase, je veux dire on pourrait vraiment se battre et certains l'ont fait. Mais je suis libre aussi d'y aller de ma petite phrase subversive histoire de montrer mon propos : les européens ont été vexés, et ne s'en sont pas remis. À notre décharge, le dogmatisme nationaliste ne date pas de 1950. Des petits malins y ont pensé avant vous, et mieux encore ils ont essayé de le théoriser, surtout en 1800. Et dans la catégorie « il y en a qui ont essayé, mais ils ont eu des problèmes » : Séroux d'Agincourt. Bon, notre pauvre Séroux, ce n'était pas le premier et pas le seul, je ne sais pas pourquoi je vous le jette en pâture là. Mais pour sa défense, il était héritier d'une pensée de l'histoire de l'art qui a baigné quasiment directement dans un dogmatisme qui s'accouplait très bien avec un sentiment nationaliste.

Saviez-vous que l'Histoire de l'Art avait deux papas ? Winckelmann (Johann Joachim, si vous voulez vous faire mousser en soirée) et Vasari (Giorgio). Alors on ne va pas rentrer dans la bataille de qui est le père biologique et qui a adopté et si l'un a plus de droits que l'autre (après Vasari a vécu 200 ans avant Winckelmann, donc je dis ça je dis rien...mais bon!). Toujours est il que ces heureux parents ont théorisé les premiers une certaine idée de l'Histoire de l'Art en 1500 et 1700 (vous ai-je dit que j'aimais les dates rondes ? Et quand elles ne le sont pas je les arrange). C'était les premiers, wikipedia n'existait pas et donc ils ont fait avec ce qu'ils avaient. Vasari était Italien, pour lui les maîtres Italiens de son époque et un peu avant avaient atteint la perfection, point. Winckelmann, 200 ans après, nous apprend que la perfection, en réalité, ce sont les grecs.

Vous allez me demander pourquoi je vous parle de ça alors que je suis censée vous parler d'art contemporain ? Et bien, parce que ces pensées là, on est toujours en plein dedans ! Qu'on ai une pensée nationaliste, qu'on se réfère à une période comme à l'apogée de l'art, ou qu'on assène qu'après une certaine date, « l'art c'est de la merde » (et l'art ça peut être de la merde en fait, enfin ça peut en être vraiment ! Mais on verra ça plus tard), on est toujours dans un certain dogmatisme. Si certains savaient ce qui avait été fait avant eux, ils tourneraient peut-être leur langue 77 fois dans leur bouche avant de se taire. Parce que les dogmatismes en histoire de l'art (comme ailleurs), ça a quand même donné ce qu'on a fait de pire : création de la notion de chef d'oeuvre, classification des genres, nationalisme, ethnocentrisme, réécriture de l'histoire de l'art, vision téléologique.

Je ne résiste pas à une petite anecdote, on connaît tous Émile Mâle, au moins de nom, très grand professeur qui a rejoint la Sorbonne, il va avoir une carrière magnifique, c'est la quintessence du savant français de renommée internationale. Émile Mâle est un historien de l'art qui a fait un travail tout à fait passionnant. Mais à un moment de sa carrière, il a dérapé dans des circonstances très précises qui sont celles de la première guerre mondiale. En 1917, il écrit L'Art allemand et l'Art français du Moyen-Age. C'est un livre sur l'art allemand mais qui est complètement orienté vers la deuxième partie: le vandalisme allemand. Chapitre 1, la Cathédrale de Reims, chapitre 2: Soissons. En substance et parce que je sens que vous perds, Émile Mâle nous explique en quoi l'art allemand n'est pas un art créateur. Et par exemple, le Gothique n'est pas né en Allemagne mais en France. Le livre s'ouvre sur les temps très anciens, le Ve siècle et les invasions barbares. Il touche à un problème crucial de l'identité française: entre Celtes et Germains. Ce débat a eu lieu pour savoir si la monarchie n'était pas directement issue des invasions germaniques. Les Gaulois seraient devenus les paysans et les envahisseurs seraient devenus ceux qui oppriment. L'idée de remonter aux invasions barbares, c'est l'idée de remonter à cette question toujours un peu en tangente: le clivage latin-germain.

Le deuxième élément qui est engagé (et c'est là que ça devient drôle) c'est de rappeler que les germains étaient déjà des barbares au VIIe siècle et que cette barbarie ils l'ont dans le sang. Le génie germanique s'est évanoui selon Émile Mâle, ce qui a nourri l'art en Allemagne sont des éléments italiens, français. Et arrive la seconde partie où il est question de la cathédrale de Reims où il explique pourquoi les allemands se sont acharnés. Cette cathédrale génère une véritable passion car c'est c'est une espèce de construction parfaite. On peut bombarder de manière chirurgicale mais certainement pas les œuvres d'art. C'est quelque chose qui transcende l'Histoire et qui devrait échapper aux guerres, mais les allemands s'attaquent à quelque chose qui dépasse même les français. De plus, Mâle instille l'idée que les allemands ne sont pas pris à Reims par hasard. Il va démontrer dans le livre que les inventeurs du gothique sont évidemment les français et que l'Allemagne a été à l'école de la France et en particulier à l'école de Reims. L’Allemagne « essaya de l'imiter », mais les allemands ne furent pas capable d'égaler le Sourire de Reims.

Là, je sens que vraiment je vous ai perdu, vous vous dites : mais pourquoi elle me raconte ça ? Mais parce que tout dogmatisme se vaut et que le votre n'est pas moins terrible que celui de Mâle. Des historiens bien plus intelligents que les petits malins dans les bars aujourd'hui ont essayé de faire coller l'histoire de l'art à leur idée à eux, et bien personne n'a réussi. Parce qu'au final, l'histoire de l'art c'est avant tout l'histoire des formes !

J'aurais pu prendre d'autres exemples, j'aurais pu développer sur l'ethnocentrisme aberrant qu'on a encouragé pendant des siècles et le ridicule que ça a amené dans nos histoires de l'art. Oui parce que classer l'art africain quand on est si peu objectif, c'est quand même difficile ! Mais tous les chemins mènent à Rome (et on remarquera la merveilleuse transition) : et ici le tout est de se libérer d'une idée comme quoi il y aurait eu un moment où l'art était à son apogée et que depuis c'est la décadence. Ou alors que si la création ressemblait à ça avant, c'était pour arriver à ça après, et qu'avant donc on est dans quelque chose qui ne vaut pas le coup d'être apprécié ou étudié puisque que ce n'est que le brouillon. Bref, on a vu que l'historicisme à outrance dans une telle discipline, ça ne servait qu'à se tromper (et à paraître ridicule après coup, mais c'est un moindre mal). Chacun peut donc se battre pour son bout de viande, pour une raison ou une autre, ou alors on peut parler de ce qui nous intéresse vraiment : les œuvres.

Et ça, ça sera dans une deuxième partie, je vous laisse le temps de digérer. Ensuite on aura : « l'art contemporain, c'est de la merde, la preuve : mon petit frère de cinq ans peut faire la même chose », ou comment on peut aussi parler de la forme parce que je sais faire aussi et qu'en plus il y aura de jolies images !




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