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Le gay savoir : les petits cours d’histoire des arts 4 : Léonard de Vinci
par zphyr le 30 Mai 2011 dans Art et Culture / Divers
14 commentaires


Comment en cherchant la beauté universelle, faire d'une icône trans, une référence picturale mondiale.

Les petits cours d’histoire des arts gays*
Il s’agit ici de porter un regard (donc forcément subjectif) sur les œuvres d’artistes soit avérés gays, soit dont la charge érotique ou sensuelle masculine est suffisante pour s’offrir une lecture orientée vers l’homosexualité. Les partis-pris non homologués par les éminents spécialistes et biographes sont entièrement assumés !

* : Mesdemoiselles les lesbiennes, les arts plastiques ayant été jusqu’à peu un des bastions du sexisme et de la misogynie (reléguant au passage des artistes majeures comme Sonia Delaunay dans les champs décoratifs pour ne pas à en subir la concurrence !), les auteurs sont désolés de ne pouvoir traiter très majoritairement que d’artistes masculins.


4. A la recherche de la beauté universelle, celle qui n’a pas de genre.

Léonard de Vinci n’est sûrement pas le mystérieux personnage aux codes secrets que l'on aime fantasmer, et outre son écriture en miroir (évidente pour un gaucher) il n’y a rien à décrypter chez lui, pas même son homosexualité puisque nous en avons la preuve. Par contre contempler son œuvre ouvre des perspectives sur la représentation des genres et c’est ce qui en fait l’unicité et sans doute pas tout à fait consciemment, son immense célébrité.
Léonard est né à Vinci, petit village de la région de Florence, le 15 avril 1452. Quand il eût 20 ans, c'était le plein âge d'or de la Renaissance. La Florence de Laurent de Médicis était une ville d'impiété et de luxe tapageur. La jeunesse dorée, oisive, ne pensait qu'au plaisir et à la beauté : « Les jeunes gens chics portent alors les cheveux longs, coupés en frange sur le front et bouclés au fer, un bonnet ou un turban, souvent de teinte vive, un pourpoint ajusté, des chausses collantes montant jusqu'à la taille et munies d'une braguette parfois soulignée jusqu'à l'obscène... » (Machiavel). Et voilà qu’en 1476 Léonard à vingt-quatre ans a été traduit en justice, avec trois autres garçons, pour sodomie.



De fait, il est facile de vérifier que toute sa vie Léonard a eu des relations homosexuelles. Il adopta vers 40 ans un gamin turbulent, voleur et sale mais très beau : Salaï (Gian Giacomo Caprotti de son vrai nom), et fit de lui un petit prince véritable tableau vivant, qui resta à ses côtés jusqu’à sa mort malgré de nombreuses frasques.

Salaï n’a pas été le seul beau garçon amant de Léonard. Outre quelques élèves, dont Le Sodoma (un cas intéressant dont nous parleront ultérieurement) et un fils d’aristocrate : Francesco Melzi qui en est devenu le disciple et le secrétaire, ce qui pour un garçon de sa classe sociale est très surprenant. Là encore la relation n’a pas été vraiment ambigüe.

Mais voyons les (trop rares) tableaux que Léonard a laissés. Comme les artistes de sa génération, il croyait que la connaissance et l'art allaient pouvoir dominer la nature. L’esthétique comme la science se mettaient à refaçonner les villes, les palais, mais aussi la nature dans les jardins des princes, et, pensaient ces artistes, régir le corps humain, en tout cas ses proportions. Le corps de l’homme étant au centre de la perfection naturelle, pourquoi ne pas en jouir ?

L’homme de Vitruve : la quadrature du cercle résolue par la chair.

Alors que chez Uccello, le corps humain devient froid et géométrique se pliant à la perspective et que chez Michel-Ange il s’oppose avec force à ces structures (voir article prochain), il participe ici à cette harmonie implacable en adoucissant au maximum la rigueur de construction. Dans La Cène la perspective et la symbolique mathématique (jeu des 3 et 4) organisées autour d’une symétrie implacable sont tout à coup assouplies par les corps des apôtres (pourtant regroupés par trois) et surtout par celui offert presque lascif du Christ. Certains des personnages semblent en être troublés, en tout cas charmés et plus rien de solennel n’anime la composition. Si le cadre est dur à force d’austérité, l’humain est tendre et désirable.




Il est difficile d’analyser ce qui aurait pu être son chef-d’œuvre : La bataille d’Anghiari fresque qu’il laissa inachevée et qui fut détruite : nous n’en avons que deux copies d’après carton et original :





On y admire cependant cette force virile, violente et l’enchevêtrement des corps humains et chevalins dégage un érotisme du chaos tandis que les croupes des chevaux viennent temporiser les corps à corps. Leur forme peut rappeler des formes érotiques (glands de phallus ?). Toutefois si érotisme il y a dans cette composition, il n’est sûrement pas volontaire. Il en est autrement pour les œuvres achevées.
Dans le Saint-Jean-Baptiste du Louvre où l’on reconnaît Salaï, l’extraordinaire féminité du visage et la sensualité du corps surprend et trouble. Si on le compare à celui de Sainte-Anne dans La vierge à l’enfant, on est stupéfait de la ressemblance. Le corps dénudé prend une douce lumière et le bras loin de diriger le spectateur indique, plutôt mollement la croix et le ciel, mettant dans ce geste assez de volupté pour que le message biblique s’estompe. Alors, le personnage par son sourire entendu invite sûrement plus au paradis de la chair qu’à celui du ciel…

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Nous touchons enfin à l’extrême originalité de l’œuvre de Léonard : considérons à la lumière du Saint-Jean-Baptiste, le chef d’œuvre des chefs d’œuvres : La Joconde. Posant devant un chaos de rochers et de fleuves, elle est elle aussi, toute de douceur et de passivité.





Mais cette image sage, conventionnelle au premier abord, fascine par ses bizarreries. Le regard qui semble nous fixer finalement se pose au-delà du spectateur, le sourire qui n’en est pas un à moins qu’il vienne de mourir dans l’instant, et l’identité de cette personne ne cesse de troubler. Léonard a peut-être commencé cette œuvre dans le cadre d’une commande (ce n’est pas vérifié) mais le fait est qu’il conserva la toile pendant de nombreuses années, ne cessant d’y travailler jusqu’à sa mort en France. Et les conservateurs du Louvre dans une sublime intuition (?) ont posé en dialogue ce tableau avec le Saint-Jean Baptiste.
Car oui, la Joconde est ambigüe dans son genre, à l’instar de son voisin. Est-elle vraiment une femme ? Ôtons-lui ses cheveux long et sa robe, n’a-t-on pas un visage de jeune homme ? Beaucoup d’artistes contemporains se sont amusés à jouer de cette androgynéité, tels Roman Cielewicz et Marcel Duchamp (épelez les lettres du titre pour savourer la finesse et le raffinement de son humour).




L’œuvre de cet homme gay, qui n’en fit pas mystère, est mondialement célèbre parce qu’en fait elle pose l’homme et la femme comme une chose bien semblable voire interchangeable. Le problème de genre n’en est pas un nous dit Léonard par ses œuvres, l’important est d’aimer la beauté. Celle-ci n’est ni féminine ni masculine, elle s’offre quelques rare fois à nous et il est important d’en jouir.




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