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Le gay savoir : les petits cours d’histoire des arts 3 : Le Concert Champêtre
par Ray Steam le 20 Avril 2011 dans Art et Culture / Divers
15 commentaires


Tentative d’analyse de l’un des plus célèbres et des plus mystérieux tableaux du Louvre.

Le Concert Champêtre (vers 1510)

Longtemps attribué à Giorgione, le Concert Champêtre serait maintenant de la main de Titien, après d’âpres débats et beaucoup de polémiques. Pourtant les deux peintres ont travaillé ensemble, à Venise, l’un étant l’élève de l’autre. Giorgione serait mort subitement de la peste, en 1510, à trente-trois ans. Titien avait alors vingt ans.

La vie de Giorgione est mal connue, en faisant l’un des peintres les plus mystérieux de la Renaissance italienne, et laissant courir l’imagination des biographes et des auteurs. Le roman « Les Mémoires de Giorgione », écrit par Claude Chevreuil, lui prête, en dépit de sa fidélité à sa maîtresse, de nombreuses aventures homosexuelles, paraît-il à la mode chez les artistes de cette époque. Comme il ne signait pas ses tableaux, son œuvre lui est rarement attribuée de manière certaine. Il est probable que bon nombre de ses toiles, inachevées à sa mort, aient été terminées par Titien.

C’est l’une des hypothèses concernant l’attribution du Concert Champêtre.



Ce tableau nous paraît maintenant bien étrange. Les interprétations de cette scènes sont innombrables, des plus simples aux plus savantes. Certains auteurs y voient une allégorie de la poésie. Il représente deux personnages masculins assis, pendant que deux femmes nues occupent le devant de la scène. Ces figures féminines paraissent un peu irréelles. Certains y voient des muses : Calliope et Polymnie, par exemple, muses de la poésie épique et lyrique. L’une des muses se détourne de la scène, et semble soit avoir rempli une carafe, soit verser de l’eau dans un bassin, geste absurde en apparence mais qui rappelle le signe du verseau, symbole du temps qui passe et de la brièveté des plaisirs. L’autre, de dos, tenant une flûte, semble se concentrer sur l’un des deux personnages masculins. Ceux-ci ne les regardent pas, ne les voient pas. Tentons de faire comme eux, et concentrons-nous sur les deux jeunes hommes.

La première chose qui frappe est leur différence d’habillement. Celui de gauche est très richement vêtu, ses effets sont voyants, ses cheveux bruns sont lisses et portent une coiffe. Il provient manifestement de la ville, probablement de Venise. Tout le contraire de son compagnon de gauche : nu-tête, nu-pieds, ses effets sont ternes en comparaison de ceux de son voisin, la coiffure blonde est ébouriffée. Le rouge du vêtement de l’un contraste avec le vert de la tunique de l’autre. Ces deux jeunes gens ne sont pas du tout du même milieu. L’un est probablement le fils d’un riche bourgeois, ou un jeune aristocrate, citadin, éduqué et cultivé. L’autre est plus sauvage, un garçon de la campagne ou un berger, la scène pastorale à sa droite, dans le fond du tableau évoquant peut-être sa profession.

Mais qu’est-ce qui pourrait bien rapprocher deux personnages d’extraction si différente ?

La musique, apparemment ... Le riche personnage joue du luth, instrument fragile et coûteux qui contraste avec la simple flûte pastorale, pendant que le jeune berger écoute attentivement. La scène en devient encore plus étrange. Pourquoi un riche aristocrate donnerait-il des leçons, ou jouerait un morceau de musique à une jeune personne de son âge, mais manifestement d’une toute autre condition ?

Dans son film, « Un Souvenir d’Arcadie », Alain Jaubert passe en revue diverses interprétations de cette scène. Ainsi, il aurait notamment été proposé de voir dans ce tableau une illustration du Banquet de Platon. Les deux aspects de l’amour seraient symbolisés par les deux jeunes gens, opposés par leur habillement. Les deux femmes nues représentant les deux natures de Vénus, déesse de l’amour : céleste et terrestre. D’autres auteurs soutiennent que le Concert Champêtre illustrerait la légende d’Orphée, rapportée par Ovide : ayant perdu Eurydice à tout jamais, Orphée se serait consacré à l’amour des garçons. Un fragment de la légende raconte qu’Orphée s’éprend du jeune Calaïs, suscitant la colère des femmes de Thrace qui le mettent à mort.

La réponse tient peut-être dans la présence des deux muses. Muse de la poésie épique, Calliope est suivant certains mythes la mère d’Orphée, qui charmait les bêtes sauvages avec sa lyre. Muse de la rhétorique, Polymnie est parfois considérée comme la mère d’Eros, dieu de l’Amour.

La scène prendrait tout son sens. Amour et musique pourraient bien être les clefs de ce tableau. Sous nos yeux, c’est de séduction, de jeu amoureux qu’il s’agit alors. Utilisant la musique et peut-être la parole, le riche jeune homme charme l’autre, silencieux et attentif. Le visage du jeune aristocrate est caché dans l’ombre, on ne voit pas son expression, ses intentions sont masquées. On devine néanmoins son regard, porté sur le visage du jeune berger. Ce dernier écoute, attentivement, penché vers son voisin, les yeux baissés vers le luth. Les deux visages sont rapprochés, le moment est intime.

Beaucoup plus tard, Edouard Manet donnera de cette scène son interprétation la plus célèbre dans son « Déjeuner sur l’Herbe ». Il n’y sera plus question de musique, d’amour, de jeunes bergers, ni de muses. Les deux femmes nues seront très réalistes, et le visage des deux bourgeois enlaidi par leur barbe. Il était impossible à Manet de voir dans la toile alors attribuée à Giorgione une scène de séduction amoureuse entre deux jeunes hommes. Son tableau fit scandale, contrairement au Concert Champêtre, copieusement admiré et recopié au Louvre, et suscitant encore pour longtemps de nombreuses interrogations …




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