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Critique : "Les Ephémères", d'Ariane Mnouchkine & la compagnie du Théâtre du Soleil
par luluth le 23 Août 2007 dans Art et Culture / Divers
6 commentaires


Mes impressions sur l'un des plus grands spectacle de cette année, "Les Ephémères" d'Ariane Mnouchkine & La compagnie du Théâtre du Soleil...

Ariane MNOUCHKINE & La compagnie du THEATRE DU SOLEIL
Les Ephémères

Tournant la page épique et tumultueuse du « Dernier Caravansérail », Ariane Mnouchkine et le théâtre du soleil se lancent comme par opposition au caractère débridé de leurs précédentes créations dans le monde du théâtre de l’intime. « Les Ephémères », où le théâtre de la vie quotidienne, la mise en scène de l’instant volubile et profond, trop volatile souvent pour s’ancrer dans les mémoires. « Les Ephémères », ou l’éternelle sarabande des scènes de l’existence, et qui vont et se défont au gré du temps passant et de l’inattendu.

Le spectacle est un patchwork de séquences du quotidien faisant vivre (ou revivre) au spectateur diverses blessures et douleurs pourtant constitutives de la vie d’un être humain. Tout commence chez une jeune femme qui vient de perdre sa mère et dont la maison est en vente. Un homme arrive, il est père de quelques jours et négocie les lieux dont il vient de tomber amoureux. L’accord est conclut, on sert le champagne, la femme est consternée et l’homme ivre de joie. L’une passe et fait le deuil de sa mère, l’autre bâtie une nouvelle famille… pas de concept, seulement l’image : tout passe et tout vient, et l’on reverra plus loin ce même homme à son tour dépité. La saynète donne le la du spectacle : ainsi iront et s’en iront une trentaine de séquences de vie, tissant au fil des heures des liens et résonances entre elles. Résonances dans la forme d’abord, « horizontales », par les multiples scènes de disputes conjugales, de divorces et de « retours en maison natale » ; mais aussi résonances dans le temps « verticales », par le lien entre les scènes de recherche du passé et les flash-back de scènes vécues durant la guerre…

Mais si « Les Ephémères » est un ensemble de scènes brèves proches de l’ordinaire, il n’est pour autant un spectacle de l’anecdote. Car si courtes et banales peuvent-elles paraîtrent, ces scènes touchent à la sensibilité de chacun dans la mesure où elles ne traitent que de drames récurrents et importants dans la construction d’un être et d’une vie. En cherchant les traces du passé, en voulant fouler à nouveau la terre natale, en entrant chez l’étranger ou en accueillant à bras ouverts celui qui paraît étrange, au lieu de renoncer et de rester enfermer dans le quotidien, c’est soi-même que l’on cherche, découvre et construit. Car la misère, le malheur et la violence étalée au fil de ces scènes finissent toujours par devenir matière à se construire soi. Et c’est en cela que le spectacle n’est pas aussi peu engagé qu’on le prétend : la quête du passé, l’entretient du souvenir et le pas vers l’inconnu apparaissent ici comme sources d’épanouissement quand le monde réel continu d’oublier trop vite et de s’effrayer de l’étranger. Ce n’est pas une gentille utopie que le monde des « Ephémères », mais une évidence mise en espace : il en faut peu pour embellir une existence morne et s’enrichir soi. Ce n’est pas par mièvrerie que la joie l’emporte à chaque fois, mais pour servir cette idée.

C’est le naturalisme que choisit Mnouchkine pour nous montrer ces passages de vie. Mais plutôt que de reconstituer un décor entier comme le ferait le cinéma, ce sont des fragments du monde qui circulent sur scène, fixés sur des disques roulants, déambulants et tournoyants sur eux-mêmes, poussés par des acteurs. Alors la magie du théâtre s’opère : un studio nous est donné et nous imaginons l’immeuble entier ; une simple fenêtre s’ouvre sur tout un monde ; un arbre suffit à décrire le jardin. Ce n’est cependant pas une simple variante autour du sempiternel jeu entre scénographie de théâtre et imagination du spectateur qui s’opère, c’est l’introduction des qualités du cinéma dans le théâtre: par la permanence du mouvement des disques-décors, travellings, gros plans et plans d’ensemble s’enchaînent devant les spectateurs, déjà disposés en un dispositif bi frontale, de sorte que chacun garde une vision très singulière du spectacle. Les effets sont saisissants : un spectateur se verra ainsi caché d’un instant de violence par le dos d’un imposant buffet et retrouvera le sensation de la caméra qui se déplace pour ne laisser que le son de l’acte, tandis qu’un autre subira la même image de plein fouet. Le cinéma moins la caméra et c’est le théâtre qui s’enrichit au lieu de se dénaturaliser : qui peut encore dire que le théâtre souffre d’une image trop statique et d’un manque de variété dans les points de vue ?

Quand à la musique, ce n’est probablement pas le meilleur spectacle pour contempler les talents de Lemêtre. L’univers sonore se veut sobre et probablement unificateur, à en juger par les répétitivité des thèmes musicaux. Le musicien à beau enchaîner flûtes, viole de gambe et autres instruments exotiques, passant avec une évidence ahurissante du pizzi à l’archet, la musique lasse petit à petit et fini même par devenir oppressante : non pas de cette oppression artistique qui convient naturellement à nombre de saynètes, mais de cette fatigue qui tâche le plaisir et se mute en délectation du silence à chaque fois que les instruments se taisent. Voilà un bien maigre défaut pour un si beau spectacle.

Six heures de bonheur. Toutes les émotions y passent, les glandes lacrymales ne tardent pas à se relâcher et la première heure n’est pas passer que l’on sort déjà les mouchoirs. Et ce n’est pas caricature ou sensiblerie que de noter cela, il est réellement difficile de vouloir contenir ses émotions devant une telle beauté, à moins d’y être totalement insensible. « Les Ephémères » n’est pas pour autant un spectacle triste, mais une hymne à la joie et au souvenir.




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