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Les énergies marines
par LucasIsCalling le 6 Avril 2007 dans Art et Culture / Divers
12 commentaires


Je me pose sur le sable. Une silhouette se dessine à l'horizon, puis vient me rejoindre. "Je peux m'asseoir près de toi ?" -- version librement réinterprétée d'une après-midi passée au soleil, à ressentir les échos ancestraux des puissances de la mer...

(...)

- Attends. Je n'ai plus mon bracelet. J'ai d√Ľ le laisser sur la plage, je reviens !

Avant que je n'aie pu lui dire quoi que ce soit, il s'était déjà mis à courir en direction de la mer.

- Euh... je l'ai ! Tu me l'as donné tout à l'heure !

Le vent qui s'était levé à nouveau depuis quelques temps rendait mes paroles inaudibles, les renvoyant vers les terres. Le temps de faire quelques pas dans sa direction, sa silhouette disparaissait déjà derrière les dunes.

(...)



***


Un mardi de RTT au mois de mai. Temps au beau fixe, 20¬įC, une grande plage quasi d√©serte en ce d√©but d‚Äôapr√®s-midi de semaine. Pas de vacances scolaires, encore peu de touristes, l'espace pour moi tout seul, ou presque.

J'étais à peine posé sur le sable depuis une dizaine de minutes qu'une silhouette que je n'avais pas vue auparavant semblait se rapprocher, longeant d'abord les vagues puis bifurquant dans ma direction.

Au fur et à mesure qu'il avançait, il devenait plus discernable. Arrivé à ma hauteur, il me sourit spontanément.

- Je peux m'asseoir près de toi ? demanda-t-il simplement.

Il était beau mec.


***


L'endroit o√Ļ je me trouvais n'√©tait pas renomm√© pour faciliter les rencontres entre hommes, ou en tout cas, pas √† ma connaissance. C'√©tait une b√™te plage, comme il y en a des kilom√®tres dans le secteur, orient√©e plein ouest vers l'oc√©an, avec un cordon dunaire tout du long. Et je voulais juste prendre l'air et le soleil, sans la pression des plages d√©di√©es.

Il s'√©tait donc assis tranquillement √† 2 m√®tres de moi. Sa pr√©sence paraissait naturelle, elle ne semblait pas surjou√©e, ni cacher quelque chose. On parlait, de tout et de rien. Il avait une vingtaine d'ann√©es. Ses cheveux mi-longs, boucl√©s, ch√Ętains, √©taient mouill√©s. Il avait le teint mat, une peau color√©e, les yeux bleu clair. Il portait un jean et une chemise sur un t-shirt blanc.

On évoquait des sujets variés, il jouait avec une herbe des dunes. Nos regards se croisaient régulièrement. Puis il y eut une pause dans la conversation.

- Bon, et tu fais quoi de ton après-midi ? lançai-je, pour reprendre.
- En fait, ça va te sembler particulier, ce que je vais te dire.
- Je t'écoute !
- C'est comme si... j'attendais quelqu'un.
- Sur la plage ?
- Ben oui.

J'eus malgré moi un air faussement surpris.

- Et tu as trouvé ?

Il sourit et prit son temps avant de répondre. Il tourna la tête dans ma direction.

- Je crois que oui.


***


Il s'était rapproché.

- Tu me fais rire ! dit-il d'un ton malicieux et les yeux pétillants.
- C'est une technique de drague comme une autre, répondis-je l'air volontairement macho pour bien exagérer.

Il sourit franchement pour me faire comprendre qu'il savait que je racontais n'importe quoi. Il resta quelques secondes ainsi, à me fixer, sans vouloir bouger, sans briser la proximité qui était en train de se créer. J'étais indiscutablement sous son charme.

Puis son visage s'approcha lentement, il ferma les yeux et il posa ses l√®vres sur les miennes. Elles avaient un l√©ger go√Ľt sal√©. Il d√©posa ainsi plusieurs baisers, un peu maladroitement, mais sans timidit√©.

- J'attendais ce moment depuis longtemps, murmura-t-il après avoir fait une pause de quelques secondes.

Je ne savais pas vraiment quoi r√©pondre. De toutes fa√ßons je n'avais pas envie de parler, je voulais encore go√Ľter ses l√®vres. Mes doigts caressaient lentement sa joue. J'√©tais noy√© dans le bleu de ses yeux, sans pouvoir m'en d√©tacher. Nous nous embrass√Ęmes √† nouveau de nombreuses fois, sans un mot, concentr√©s.


***


Le vent était tombé, on ne sentait plus qu'une légère brise. Le soleil était toujours haut dans le ciel. Les vagues maintenaient un bruit de fond permanent qui amplifiait l'espace.

- C'est bizarre, quand je suis arrivé, il y avait quand même un peu de monde sur la plage. Des gens qui se promenaient, un type avec un chien, tout ça. Et maintenant nous sommes complètement seuls.
- On va dire que ça tombe bien, répondit-il sans insister.

Il contemplait l'horizon. Il s'était assis entre mes jambes. Il avait pris mon bras et l'avait posé contre son torse, comme pour me signifier de me rapprocher de lui.

- Nous avons toute la mer rien que pour nous, conclut-il.


***


- Tu crois aux sirènes ? me demanda-t-il alors que nous étions appuyés l'un contre l'autre.
- Ben je sais pas... En même temps, les sirènes, c'est des filles, donc bon...

Il se mit à rire, tout en ajoutant un "c'est clair !".

- Je crois que je préfèrerais la version masculine... Ca existe ?
- Ouais. Les ondins.
- Ah oui. Va pour un bel ondin vigoureux et bien b√Ęti, alors.
- Hmm.

Il semblait ne pas se satisfaire de ma réponse.

Il se redressa et porta ses mains √† son cou. Il d√©grafa un collier fait d'une fine cha√ģne dor√©e sur laquelle √©tait attach√©e une forme marine, deux vaguelettes superpos√©es, bleut√©es et √©maill√©es, puis me le montra sans rien dire. Ses grands yeux √©taient fix√©s sur moi. Mon regard passait du bijou √† son visage, cherchant une indication, un indice, mais il ne disait rien. Il √©tait satisfait de son effet.

- Tu es verseau, peut-être ?

Il eut un petit sourire en coin. J'en déduisis que j'étais loin de la réponse.

- On dit que les ondins vivent dans les oc√©ans, qu'ils font partie des √©l√©ments et m√™me qu'ils les contr√īlent. Ils n'ont que rarement de contacts avec les humains qui sont des gens cruels et sans piti√© envers les peuples des mers. Mais si tu croises un ondin un jour, tu ne pourras plus jamais l'oublier. Ils ont en eux une √©tonnante capacit√© √† s√©duire, un peu comme les sir√®nes.
- Ben comme ça...

Sa voix avait pris de l'ampleur lorsqu'il avait prononcé ces mots, ses sourcils s'étaient mêmes froncés à un moment. J'hésitais entre passer à autre chose, car le sujet paraissait être important et sensible pour lui, ou lui demander de préciser sa pensée. Finalement il interrompit ma réflexion en me demandant de l'aider à remettre son collier, ce que je fis.

Il se reposa contre moi et se mit à nouveau à regarder la mer. Ses doigts se mêlèrent aux miens. Ses cheveux étaient secs désormais. Nous restions silencieux, serrés l'un contre l'autre.


***


- Je connais même pas ton prénom.
- Mais si, tu le connais, me répondit-il d'un ton rassurant.
- Ben non... Il y a deux heures, je savais même pas que tu existais.
- Réfléchis !

J'étais gêné et quelque peu surpris. Soit j'avais raté un épisode, soit il se moquait gentiment de moi. Mais le ton posé qu'il employait indiquait que je devais manifestement être au courant.

- Comment penses-tu que je m'appelle ?
- Je sais pas...
- Comment voudrais-tu que je m'appelle ?
- Bah disons... Benjamin... ça t'irait bien.
- Ben tu vois Lucas, quand tu veux !
- Tu t'appelles Benjamin ?! Et comment tu connais mon prénom ?!

Il se retourna, me sourit, et m'embrassa longuement pour toute réponse.


***


- J'ai envie de me baigner, me dit-il après m'avoir embrassé à nouveau. Pas toi ?
- Hein ? Mais l'eau est froide... On n'est qu'au mois de mai...
- T'inquiète.

Il se leva. Tout en restant pr√®s de moi, il enleva sa chemise et son t-shirt, d√©voilant un torse mince et finement dessin√©. Sa peau √©tait h√Ęl√©e sans montrer de limite ou de zone plus claire. Il se tenait debout ainsi, et me fixait en souriant. Je parcourais du regard ce corps qui, manifestement, voulait s'offrir √† moi. Et il √©tait carr√©ment bien foutu.

- Allez, viens... J'en ai envie...

Il me tendit la main.

Sans que je puisse me contr√īler, je perdais progressivement mes rep√®res. Mon esprit semblait s'√™tre brusquement ralenti et le monde environnant √©tait soudainement devenu sec, aigu et surexpos√©. J'avais l'impression que la t√™te me tournait.

Une force incroyable m'appelait √† lui √† travers cette main tendue, et je n'y pouvais rien. Mes pens√©es se remplissaient d'images o√Ļ je nous voyais nus, peau contre peau, √† nous embrasser dans les vagues, √† nous enlacer, comme si nous √©tions envelopp√©s d'une douceur liquide et protectrice. Je me serais nourri de sa fra√ģcheur. J'avais d'un coup tr√®s soif, la plage me paraissait hostile, dure, brute, cassante. Je ressentais un √©norme besoin de fluidit√©, de l√©g√®ret√©, de bulles d'air dans l'eau, ou de gouttes d'eau dans l'air, je ne savais pas. J'avais trop chaud, le vent devenait assourdissant et br√Ľlant. Je voulais me couler contre lui, le sentir glisser contre moi, √©chapper √† la pesanteur, nager, puis le retrouver un peu plus loin, et recommencer. Tous mes sens paraissaient exacerb√©s. Et puis la beaut√© de son torse en pleine lumi√®re √©tait fantastiquement attirante. Il s'√©tait volontairement positionn√© de telle fa√ßon que le soleil faisait ressortir tous les reliefs de son corps, jouant harmonieusement avec la couleur ambr√©e de sa peau. Il √©tait devenu en un instant le centre du monde, rendant flou et accessoire tout l'univers environnant. Je n'avais qu'√† saisir cette main. Mon salut ne se trouvait qu'√† quelques dizaines de m√®tres, et il m'y emmenait.

J'avais la plus grande peine à faire la part des choses, j'étais dans un état quasi second. De toute évidence, ma réflexion était altérée. Cependant, quelque chose de logique et de lourd me retenait assis, immobile, me forçant à lutter pour ne pas céder, sans que je puisse vraiment comprendre pourquoi, tellement le fait de rester était autrement plus difficile qu'aller dans l'eau. Et puis n'importe quel pédé normalement constitué aurait sauté sur une occasion pareille. Son corps rayonnait de désir, le message était très clair ; mais quelque chose, quelque chose me repoussait. C'était trop facile, trop prévu, trop évident. Trop animal. Dangereux. Surtout dans l'état dans lequel je me trouvais.

- Je...
- Tu n'as rien à craindre, viens.

Ses yeux brillaient. Il se baissa et m'embrassa √† pleine bouche. Mes gestes √©taient lents, et sa langue me parut fra√ģche et encore plus agr√©able qu'auparavant. Sa peau sentait fortement l'iode. Tout en m'embrassant, il essayait de me tirer √† lui, mais ma volont√© fut un peu plus forte.


***


Nous étions sur le sentier qui menait au parking.

- Attends. Je n'ai plus mon bracelet. J'ai d√Ľ le laisser sur la plage, je reviens !

Avant que je n'aie pu lui dire quoi que ce soit, l'esprit encore embrumé par ce qui s'était passé auparavant, il s'était déjà mis à courir en direction de la mer. Pourtant, je sentais distinctement le bracelet dans une poche de ma veste.

- Euh... hey ! Benjamin, je l'ai ! Tu me l'as confié tout à l'heure !

Le vent qui s'√©tait lev√© √† nouveau depuis quelques temps rendait mes paroles inaudibles, les renvoyant vers les terres. Lui courait, courait, courait, d'une foul√©e rapide et l√©g√®re √† la fois, press√© de reprendre son bien. Je d√©cidai de le rejoindre plut√īt que de rester plant√© l√† √† l'attendre sur le sentier. Le temps de faire quelques pas, sa silhouette disparaissait d√©j√† derri√®re les dunes.

Je marchais dans sa direction, essayant tant bien que mal de remettre en ordre tout ce que nous venions de vivre. Il flottait comme un parfum de surnaturel autour de ces moments pass√©s ensemble. Je mettais cette perplexit√© sur le compte de la fra√ģcheur de notre tendresse mutuelle et du coup de sang qui avait suivi, et je m'interdisais int√©rieurement de me poser davantage de questions, malgr√© les sensations tr√®s particuli√®res que j'avais eues. La seule chose qui comptait, √† cet instant pr√©cis, c'√©tait d'√™tre avec lui. J'avais physiquement besoin de sa pr√©sence, et au fur et √† mesure qu'il s'√©loignait, j'avais l'impression que le manque grandissait.

Je parcourais les derniers m√®tres du sentier qui traversait le cordon dunaire pour revenir l√† o√Ļ nous avions pass√© une bonne partie de l'apr√®s-midi. En franchissant la mont√©e, progressivement, la mer redevenait visible, la plage se d√©couvrait, l'immensit√© plane de l'oc√©an reprenait sa place dans le paysage et l'horizon n'√©tait plus qu'aquatique. Je cherchais mon compagnon du regard.

A ma grande surprise, je n'arrivais pas √† le localiser. Il n'y avait personne de visible sur la plage, ni √† gauche, ni √† droite, ni dans l'eau, ni c√īt√© terres. Je montai rapidement sur une petite dune avoisinante, puis sur une autre un peu plus √©lev√©e, pour prendre de la hauteur et discerner un mouvement ou une ombre. Sans succ√®s.

Il avait disparu.


***


Cela faisait une bonne demie heure que je l'attendais, assis sur la dune, pensant qu'il pouvait revenir, qu'il s'agissait d'un jeu ou qu'il testait ma patience pour quelque raison que ce soit. En vain.

J'avais l'esprit parfaitement clair, d√©sormais. Le vent s'√©tait renforc√©, les vagues √©taient plus fortes et s'√©crasaient bruyamment sur la plage en gros paquets d'√©cume blanche. Je remarquai sans vraiment y faire attention une s√©rie de pas assez espac√©s qui semblaient partir tout droit vers le large depuis le d√©bouch√© du sentier. Mais cela n'avait aucune r√©alit√© plausible, ni m√™me un quelconque int√©r√™t. Mon regard se perdait dans l'infini, des images de lui plein la t√™te, et un go√Ľt de sel restant sur la langue. J'avais un peu froid. Un frisson me parcourut l'√©chine.

Je voulus toucher le bracelet qu'il avait tenu √† me donner un peu plus t√īt. C'√©tait un ensemble compos√© de maillons m√©talliques grossiers, clips√©s les uns dans les autres, termin√©s par une plaque sur laquelle √©taient grav√©es deux vaguelettes superpos√©es qui ressemblaient au motif de son pendentif.

Je plongeai la main dans la poche. Je n'en sortis qu'une banale poignée de sable, qui se dispersa dans une rafale de vent.




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