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Tiresia de Bertrand Bonello
par ExMembre10 le 26 Décembre 2007 dans Art et Culture / Ciné, DVD
2 commentaires


Tiresia, où la transphobie moteur d'une tragédie. (Attention, spoÿÿle!)

En 2003, Tiresia avait fait sensation à Cannes. Une fois sorti en salle, il tomba vite dans l'oubli inexplicablement, et disparut assez vite des mémoires volatiles des cinéphiles.
Chose étrange.

Car Tiresia est une petite merveille.

S'ouvrant sur de lents plans de magma, sur la musique (sublime) de Beethoven, nous sommes d'emblée dans le style du film : une violence calme et puissante, qui dépasse l'homme.

Un homme, pour qui l'original n'est qu'une esquisse, la perfection ne pouvant exister que dans la copie, le factice, kidnappe une transsexuelle brésilienne, Tiresia, se prostituant au bois de Boulogne. Il veut qu'elle vive avec lui. Enfermés dans une cave, Tiresia et son geôlier tisent des liens complexes dans ce huis clos.
D'abord révoltée, Tiresia ne développe aucune haine pourtant à l'encontre de son bourreau. Tandis que lui, l'observe, voyeur, au travers de la cellule, lorsqu'elle fait sa toilette et que se dévoile un corps entre deux, hermaphrodite, elle le voit, le comprend, l'aime même. Mais il ne supporte pas ce corps organique et mouvant, se virilisant peu à peu, privé de son traitement, loin des statues qu'il adule. Elle connait cette fascination mêlée de révulsion, le trouble identitaire, la disparition des croyances si claires entre ce qui est et ce qui n'est pas qu'elle, trans, provoque. Elle n'a pas de haine envers lui, seulement une grande tristesse pour cet être sur le fil.

Puis, alors qu'il a la possibilité de la faire rester femme en allant chercher son traitement, la violence survint, semblable à celle des tragédies grecques. La violence insoutenable, sans phare. Il lui crève les yeux, et après un trajet en voiture qui semble interminable, l'abandonne dans les bois.

Recueillie par une jeune fille dans un petit village, aveugle, lui viennent des dons d'oracle. Vêtue d'une robe de toile, le crane rasé, elle donne ses prophéties, Pythie des temps modernes. Après le drame, c'est la résilience. Sans haine, elle accepte, elle aime. Sans vue, elle n'accorde plus d'importance au choix d'un sexe, reste dans l'intermédiaire, sublimée, être d'amour universel. Mais une fois de plus, elle trouble. Elle voit l'avenir, elle ne l'influence pas. Elle comprend, mais n'a pas de choix si ce n'est celui d'accepter. Au religieux infiniment troublé par ses oracles, elle explique qu'elle n'a pas choisi de devenir ce qu'elle est.
Encore une fois, la réponse au trouble, à la remise en question de tout ce que cet homme croyait acquis, l'autre vision de cette aveugle, se solde par la violence: plutôt que d'accepter la remise en question qu'elle provoque, il la tue.

Lent, sobre, austère, tissé de silence, ce film révèle le mécanisme de la transphobie: Tiresia efface les repère, trouble les croyances, les « cases », entre homme en femme, entre nature et artifice, entre choix et acceptation. Par sa simple existence, cet être sans haine déchaine le trouble. Et par deux fois, ce trouble déraille: elle est punie dans la violence la plus extrême de ne pas « jouer le jeu », de préférer la vérité aux mensonges confortables.

Lent, sobre, austère, et plein de violence insoutenable. Aussi sublime qu'il soit, c'est peut être le talon d'Achille de ce film: qui acceptera de suivre Tiresia dans ces ténèbres? Tiresia peut-il toucher ceux qui face au trouble, réagissent par la destruction? N'est il pas condamné à ne toucher que ceux qui comprennent déjà? A quoi bon un film sur la transphobie s'il n'ouvre les yeux qu'à ceux qui les ont déjà ouvert?




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