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Furyo - Merry Christmas Mr Lawrence
par Menear le 8 Janvier 2006 dans Art et Culture / Ciné, DVD
2 commentaires


Rassemblant David Bowie et Ryuchi Sakamoto au casting, Furyo présente une relation ambiguë en plein univers militaire et carcéral.

Lorsque deux cultures diamétralement opposées se trouvent confrontées dans un huis-clos militaire en plein Japon autoritaire et disciplinaire des années 1940, cela donne Furyo. Au milieu de tout cela, deux hommes personnifient à merveille cette étrange relation, et donnent à ce film, inspiré d’une nouvelle de Sir Laures Van Der Post, une profondeur fascinante…



C’est en 1983 que Furyo sort en salle, réalisé par Nagisa Oshima qui, n’ayons pas peur des mots, est alors l’un des réalisateurs japonais les plus reconnus sur la scène internationale. Il connaît alors un succès commercial certain et le fait de retrouver deux grands chanteurs à l’affiche n’y est pas étranger. D’un côté se trouve le charismatique et énigmatique David Bowie, alors au sommet de sa carrière internationale (lorsqu’il sort l’album « Let’s Dance »), de l’autre Ryuchi Sakamoto, véritable rock star au Japon et qui n’avait jusqu’alors pas tenté l’expérience cinématographique. Ce pari plutôt risqué s’avéra donc payant même si le rôle de Jack Celliers avait été destiné à Robert Redford en première intention.
En plus de ces deux têtes d’affiche se trouve également ce qu’on peut considérer comme l’acteur principal, Tom Conti, sur qui repose une grande partie de l’intrigue et de l’intérêt même du film. Il est en effet, le lien entre les Japonais et les occidentaux, du fait de sa qualité d’interprète. Nous retrouverons également un certain Takeshi Kitano dans le casting, jusque là connu comme acteur comique à la télévision, interprétant un soldat japonais somme toute assez étrange mais ô combien important. Enfin, dernier acteur majeur de ce long métrage, le lieu même du huis-clos, un camp de prisonniers d’où l’on ne sort pas et qui se transforme peu à peu en un réel monde miniature comportant ces propres codes et lois à respecter.

Tout commence donc dans ce camp, où les militaires japonais détiennent bon nombre de soldats occidentaux, anglais pour la plupart. Son responsable est le capitaine Yonoi (Ryuichi Sakamoto) qui impose à tous une discipline intransigeante. C’est d’ailleurs lui qui obtient la non-exécution du soldat Jack Celliers (David Bowie) et qui le fait venir dans son camp au cours de son procès. Débute alors une relation ambiguë entre les deux hommes, les regards sont souvent traîtres et les attitudes mystérieuses. C’est comme cela que commence l’intrigante et secrète fascination de Yonoi à l’égard de Celliers. Celui ci est soigné avec attention et soin, bénéficiant ainsi d’un traitement de faveur évident. Le capitaine Yonoi le suivra alors de plus en plus près, n’hésitant pas, par exemple, à venir s’assurer de sa bonne condition en plein milieu de la nuit. La prochaine étape dans cette relation sera le remplacement du capitaine anglais Hicksley (interprété très « britanniquement » par Jack Thomson) par Celliers lui-même afin de diriger les soldats prisonniers dans le camp.
Mais si la nouvelle dont est tiré le film ne laissait que de vagues sous-entendus concernant l’ambiguïté de cette relation Oshima décide lui de l’amplifier, dès lors que lui apparaissent ses deux acteurs vedettes. Le thème de l’homosexualité est alors évoqué de façon très habile, de façon sous jacente et détourné. Les émotions passent alors par un regard furtif ou un geste inattendu mais rien n’est exprimé clairement. Le choc des cultures que personnifient ces deux hommes se traduit alors par une sorte de « Je t’aime moi non plus », les émotions s’enchaînant en passant de la surprise à la curiosité, de l’intérêt militaire à l’intérêt affectif, de l’amour à la haine. Mais pour rien au monde ces émotions se traduisent en paroles ou en attitude significative, l’acte le plus franc et physique se résumant à une simple bise.
Oshima choisit donc, à travers ces personnages, d’illustrer le rapport Orient/Occident en les opposants et les attirants dans le même temps. Une tentative osée mais extrêmement intéressante, d’autant plus que le thème principal du film est bel et bien le choc entre ces deux cultures.



Tout dans Furyo est présent pour rappeler l’opposition de deux mondes. Le contexte, bien évidemment, où le monde secoué par la seconde guerre mondiale est réellement séparé en deux et, comme je le disais plus haut, la confrontation de deux cultures opposées dans ses moindres détails mais qui s’attirent l’une et l’autre tout de même. Et pour rallier ces deux mondes si différents il faut un lien, ici interprété par Tom Conti en la personne de Mr Lawrence. Il est le seul à réellement être entre ces deux mondes. Etant bilingue, il est le traducteur du camp, celui qui est amené à participer à toutes relations entre japonais et occidentaux. Il tente également d’effectuer un rôle de médiateur, prenant la défense tour à tour de l’un ou de l’autre camp. L’épisode du « Gyo » en est d’ailleurs significatif, lorsqu’il essaie de faire comprendre aux autres prisonniers britanniques le principe de ce cérémonial nippon. Mais malgré ce lien, l’incompréhension demeure et il n’y a aucun échange entre ces deux mondes, juste une confrontation qui repose sur l’impossibilité pour chaque « rang » de comprendre l’autre, c’est tout du moins ce que semble déplorer Nagisa Oshima. Il l’illustre alors parfaitement lors des différentes coutumes de chacun, la cérémonie du Hara Kiri d’un côté, ou les chants funèbres de l’autre. Une vision plutôt pessimiste de cette confrontation culturelle donc, qui s’allège pourtant lorsque les rôles sont inversés et que Mr Lawrence rend visite au sergent Hara dans sa cellule, la barrière de la langue est alors effacée (le soldat japonais s’exprimant alors dans un anglais compréhensible) et on sent alors une réelle osmose entre les deux personnages…


Enfin, en choisissant la guerre comme toile de fond Nagisa Oshima dépeint un tableau réaliste de l’univers carcéral militaire. La violence, tant physique que verbale, est omniprésente et les scènes de torture, d’exécution, de suicide ou, encore d’humiliation sont fréquentes. Le réalisateur nous livre alors un portrait peu flatteur de son peuple, dans ce contexte là tout du moins, et critique de façon évidente une discipline stricte, parfois invraisemblable qui semble reposer sur un code d’honneur inadapté à cette nouvelle époque. La réalisation du film va d’ailleurs dans ce sens, montrant tant la barbarie des exécutions, tant les réactions de dégoût devant la cérémonie du Hara Kiri de la part des occidentaux.
Le choix du huis-clos est d’ailleurs aussi très intéressant, le camp représentant ainsi sans doute le monde militaire en général. Celui ci n’est alors que souffrance, peine et violence. La seule manière de s’en échapper est alors la pensée, le rêve, comme lorsque Celliers évoque avec tristesse et nostalgie son jeune frère, personnification probable de son innocence perdue. Le monde du souvenir est alors rempli de couleurs jusqu’alors inconnues dans cet univers militaire terne et triste. Le gris, le beige et le vert sale et délavé laisse alors la place à des couleurs beaucoup plus chatoyantes, ce qui saute aux yeux lors des différentes scènes se déroulant dans le jardin de la jeunesse de Celliers.



Furyo n’est ainsi pas un énième film de guerre traitant de la deuxième guerre mondiale, c’est un long métrage riche et pertinent. Les thématiques sont nombreuses et bien exploitées, et le casting est tout simplement parfaitement adapté à l’intrigue et aux messages du film. Furyo est donc un film à voir, au moins pour apprécier cette confrontation personnifiée de deux mondes si différents.




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